Faits vécus : La participation active des femmes d’origine ethnique au Canada

Emily Beckett

Les familles immigrantes représentent plus d’un cinquième de la population canadienne (22 %) et contribuent de manière unique et diversifiée à la vie dans les milieux de travail et les collectivités au pays((Pour en savoir davantage : Coup d’œil sur la diversité familiale au Canada (février 2018))). Malheureusement, certaines d’entre elles ne bénéficient pas d’une pleine inclusion sociale; par conséquent, leurs talents, leur voix et leurs points de vue sont souvent négligés.

Afin d’accroître la conscientisation quant à la réalité de ces familles et pour favoriser leur inclusion, l’Institut Vanier de la famille a conclu un partenariat avec l’initiative New Canadian Media (NCM) dans le cadre d’une série d’articles sur la participation active des femmes d’origine ethnique en Ontario (Ethnic Women Are Full Participants in Ontario). Axés sur la situation des femmes immigrantes au Canada, ces textes mettent en relief leurs réalités diverses, notamment sur les questions touchant l’établissement au Canada, l’exploration professionnelle et le cheminement de carrière, la santé mentale, les soins familiaux, les liens intergénérationnels, la violence familiale, etc.

Vous trouverez ci-dessous le résumé de certains des articles de cette série ainsi que les liens pour y accéder (la liste complète des articles figure sur le site Web de New Canadian Media).

 

Ethnic Women Are Full Participants in Canada (en anglais seul.)

Summer Fanous

Cet article de Summer Fanous sur la participation active des femmes d’origine ethnique au Canada souligne les nombreux jalons franchis par les femmes pour faire entendre leur voix au Canada et ailleurs. Malgré des progrès importants, il persiste encore des obstacles à l’emploi et au leadership pour plusieurs femmes, et le statut d’immigrant risque d’accentuer ces difficultés. L’auteure signe le premier d’une série d’articles pour donner voix au chapitre aux femmes immigrantes au Canada afin de favoriser les progrès constants à cet égard.

 

Adapting to a New Country (en anglais seul.)

Sukaina Jaffer

Dans cet article sur l’adaptation à un nouveau pays, Sukaina Jaffer relate le parcours de plusieurs femmes immigrantes en Ontario, qui ont dû s’adapter à leur nouvelle vie. La transition et l’intégration à un nouveau pays supposent un certain nombre d’ajustements et de mesures d’adaptation complexes et diverses, qui tiennent notamment à la disparition d’un cadre culturel familier, à certains écarts climatiques importants pour les arrivants de régions plus tempérées, ainsi qu’aux obstacles culturels liés à la langue et au logement. Selon l’auteure, les cercles sociaux et le soutien sont souvent insuffisants, ce qui mine le bien-être financier des immigrantes nouvellement arrivées au Canada, comme en témoigne l’une d’entre elles, qui évoque ses difficultés à ouvrir et à administrer un centre de massothérapie à Toronto. Sukaina Jaffer souligne par ailleurs que l’information disponible s’avère bénéfique aux immigrants, tout comme l’accès à des ressources, à des programmes et à un réseau social dans leur nouvelle collectivité.

 

Getting Ahead: Taking the First Career Steps (en anglais seul.)

Jennilee Austria

Jennilee Austria signe cet article sur l’amorce d’une carrière professionnelle pour les immigrants en recherche d’emploi au Canada, en s’intéressant à quelques-uns des obstacles qui les guettent. Plusieurs immigrants doivent s’en remettre à des « emplois de survie » pour pourvoir à leurs besoins et à ceux de leur famille, puisque certains employeurs refusent parfois de les embaucher faute d’« expérience canadienne » suffisante, sans égard à la formation et à l’expérience professionnelle acquises dans leur pays d’origine. Comme en témoignent les données de recherche, la difficulté de concilier les acquis et l’accès à l’emploi est fréquente parmi les immigrants : en 2011, parmi les femmes immigrantes de 24 à 35 ans ayant un diplôme d’une université hors du Canada ou des États-Unis, 43 % occupaient un poste nécessitant seulement des études secondaires (ou moins). Jennilee Austria constate que les programmes de mentorat ont joué un rôle central pour faire tomber divers obstacles pour les immigrants, en leur facilitant l’accès à des réseaux professionnels et en offrant aux participants la possibilité d’acquérir certaines compétences de « savoir-être » éventuellement utiles en milieu de travail.

 

Being Brown and Depressed (en anglais seul.)

Aparna Sanyal

Dans cet article sur la dépression et le racisme, Aparna Sanyal relate son expérience éprouvante en lien avec la maladie mentale, et raconte le manque généralisé de soutien ainsi que les microagressions raciales dont elle a été victime durant son intégration. L’auteure évoque la difficulté de trouver un emploi sûr à bon salaire dans son domaine, qui lui aurait procuré au surplus un milieu de travail stimulant et satisfaisant. Les sentiments d’isolement et d’aliénation sur les plans personnel et professionnel ont contribué à aggraver sa dépression chronique. Malgré ses nombreux symptômes, les professionnels de la santé de même que les policiers qu’elle a rencontrés ne lui ont proposé que peu de soutien ou de ressources pour faire face à ses difficultés.

 

Grandparents at Home: A Blessing

Asfia Yassir

La cohabitation au sein de ménages multigénérationnels est plus fréquente parmi les immigrants que chez leurs homologues nés au pays (comme l’illustre le document Coup d’œil sur la diversité familiale au Canada). Dans cet article sur la présence bénéfique des grands-parents à la maison, Asfia Yassir met en relief les avantages de vivre sous le même toit que des aînés de la famille, en soulignant que les grands‑parents qui sont en mesure de s’occuper des tout-petits contribuent à alléger les frais de garde incombant aux parents. Du reste, dans le cas des nouveaux arrivants qui pourraient se sentir isolés, les grands-parents offrent aussi une présence rassurante et une source de répit. Même si les aînés nécessitent souvent plus de soins et de soutien que les autres membres de la famille, les immigrants considèrent en général que leur présence représente somme toute un avantage plutôt qu’un fardeau.

 

Ontario’s Caregivers: Double the Work, Half the Benefits (en anglais seul.)

Shan Qiao

Les membres de la famille sont souvent les premiers à fournir ou à superviser les soins et, dans certains cas, à en payer la note. Dans cet article sur le fardeau qui incombe aux aidants ontariens en dépit de certains compromis, Shan Qiao expose la situation de plusieurs femmes immigrantes ayant assumé une charge de soins auprès d’un membre de la famille, en soulignant que le fardeau accru à la maison risque aussi de peser sur le budget et de limiter le temps disponible à l’aidant pour se consacrer à d’autres responsabilités. Occuper un emploi à l’extérieur du foyer s’avère non seulement bénéfique pour les aidants sur le plan financier, mais aussi du point de vue affectif et psychologique. L’article illustre le cas d’une femme qui a tiré parti des programmes et des ressources du réseau de soins de santé pour assumer un rôle plus large que celui d’aidante auprès de son mari. Shan Qiao s’intéresse par ailleurs au double rôle qui revient aux femmes au sein de la famille lorsqu’il s’agit des soins. À l’instar de l’une des femmes citées dans cet article, de nombreuses autres se trouvent dans l’impossibilité d’assumer une pleine charge de soins auprès d’un membre de la famille.

 

Understanding the Roots of Abuse (en anglais seul.)

Tazeen Inam

Dans ce texte visant à mieux comprendre les racines de la maltraitance, Tazeen Inam évoque diverses réalités et statistiques relativement à la violence familiale dans les ménages d’immigrants au Canada, ainsi que les obstacles qui se posent à cet égard. Le nombre de femmes victimes d’homicide est en forte hausse depuis le début de 2018, alors que cinq femmes ont été tuées récemment en seulement six jours en Ontario. Que ce soit à cause de la dépendance financière, de la barrière linguistique ou d’une méconnaissance des ressources communautaires, certaines femmes immigrantes éprouvent plus de difficultés à bénéficier des ressources et d’un environnement sécuritaire, et sont parfois plus vulnérables aux situations de violence. Les récits de cas vécus sont susceptibles d’atténuer certains traumatismes et de consolider l’estime de soi chez les personnes ayant vécu des situations similaires.

 

La série Ethnic Women as Active Participants in Ontario propose une vingtaine d’articles, qui sont disponibles à partir du site Web de New Canadian Media.

 

Pour en savoir davantage au sujet de la diversité familiale et des familles immigrantes au Canada :

 


Emily Beckett est une auteure professionnelle et habite à Ottawa (Ontario).

Publié le 26 juin 2018




Recherche en bref : La réalité scolaire pour les enfants des familles de militaires

Emily Beckett

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Le Canada compte plus de 64 000 enfants au sein des familles de militaires(( Heidi Cramm et autres, « L’état actuel de la recherche sur les familles des militaires » dans Transition (19 janvier 2016). Lien : https://bit.ly/20IAr8u)), et plusieurs d’entre eux sont confrontés à une importante mobilité. D’après certaines études, les familles des militaires déménagent de trois à quatre fois plus souvent que leurs homologues civils((Kerry Sudom, « Quality of Life among Military Families: Results from the 2008/2009 Survey of Canadian Forces Spouses » dans Director General Military Personnel Research and Analysis, Chief Military Personnel (août 2010). Lien :  http://bit.ly/2b8Hp3U)). Or, même si la plupart des familles des militaires manifestent une grande capacité d’adaptation et beaucoup de résilience lorsqu’elles sont confrontées à une réinstallation, plusieurs recherches récentes ont permis de constater que les déménagements récurrents risquent de nuire au bien-être de la famille((Pour en savoir davantage : Coup d’œil sur les familles des militaires et des vétérans au Canada)).

Près des trois dixièmes (27 %) des conjoints des militaires interrogés disent avoir dû déménager au moins quatre fois à cause des impératifs de la vie militaire((Sudom, 2010)).

Les réinstallations fréquentes peuvent bousculer la vie de famille à plusieurs égards, et certaines études suggèrent que les perturbations les plus marquées du point de vue des jeunes se font sentir à l’école et dans les activités parascolaires((Pamela Arnold et autres « Needs of Military-Connected School Divisions in South-Eastern Virginia » dans Old Dominion University, Center for Educational Partnerships (septembre 2011), lien : https://bit.ly/2EQGs9F; Angela J. Huebner et autres, « Parental Deployment and Youth in Military Families: Exploring Uncertainty and Ambiguous Loss » dans Family Relations, vol. 56, no 2 (avril 2007), lien : https://bit.ly/2qT6zrH; Kristin N. Mmari et autres, « Exploring the Role of Social Connectedness among Military Youth: Perceptions from Youth, Parents, and School Personnel » dans Child and Youth Care Forum, vol. 39, no 5 (octobre 2010), lien : https://bit.ly/2vm4aey.)). Les parents des familles de militaires sont d’ailleurs conscients de ces effets : plus de la moitié des conjoints de militaires interrogés (54 %) s’accordent pour dire que « les enfants des militaires sont désavantagés par la méconnaissance de la réalité des militaires dans les écoles civiles publiques »((Sanela Dursun et Kerry Sudom, « Impacts of Military Life on Families: Results from the Perstempo Survey of Canadian Forces Spouses » dans Director General Military Personnel Research and Analysis, Chief Military Personnel (novembre 2009). Lien : http://bit.ly/1pbjBgC.)). Toutefois, des travaux de recherche ont aussi montré que le milieu scolaire de l’enfant permet souvent de faciliter la transition et, par conséquent, de favoriser le bien‑être des jeunes dans les familles des militaires.

Heidi Cramm, Ph. D., et Linna Tam-Seto, doctorante, ont réalisé une recension des écrits (School Participation and Children in Military Families: A Scoping Review, en anglais seul.), où elles s’intéressent à l’impact de ces transitions sur le bien-être des enfants et des jeunes des familles de militaires, particulièrement en ce qui concerne leur réalité scolaire. Après avoir passé en revue quelque 112 articles spécialisés, les deux chercheuses ont constaté que certaines réalités communes aux familles des militaires finissent souvent par nuire à la qualité et au degré de participation des enfants dans les activités scolaires ou parascolaires, que ce soit à cause de l’éloignement d’un parent en déploiement, d’une réinstallation, des risques associés aux missions militaires des parents, ou des perturbations de la dynamique familiale pendant ou après un déploiement. Même si la vaste majorité des articles recensés dans le cadre de cette initiative reflètent la situation en contexte américain, il semble que les familles des militaires au Canada partagent à peu près la même réalité et les mêmes préoccupations, comme en témoignent les Résultats de l’évaluation des besoins de la communauté des Forces armées canadiennes (FAC) de 2016((Prairies Research Associates, Résultats de l’évaluation des besoins de la communauté des FAC de 2016 (septembre 2017). Lien : https://bit.ly/2Jj2pBE)).

Se réinstaller progressivement dans une nouvelle collectivité

Les enfants des familles de militaires qui fréquentent une nouvelle école n’éprouvent pas nécessairement des difficultés scolaires, mais l’état actuel de la recherche montre qu’il leur faut néanmoins de quatre à six mois à chaque déménagement pour s’habituer complètement à leur nouvelle réalité scolaire. Bien que ces situations soient temporaires, les interruptions successives risquent d’entraîner des incidences à long terme en limitant les possibilités plus tard dans la vie de ces élèves, notamment quant à leur capacité de prendre des risques ou de relever des défis.

Axées surtout sur la réalité aux États-Unis, les études recensées par Mmes Cramm et Tam-Seto révèlent que les difficultés des élèves en transition semblent surtout associées à la durée des déploiements (nombre total de mois d’absence des parents en mission), au degré de résilience, de même qu’à la santé mentale du parent qui prend le relai du conjoint en mission. Ces travaux de recherche mettent aussi en relief les difficultés de réinsertion dans la routine et la structure familiale qui touchent parfois les militaires au terme d’un déploiement. D’après les données probantes, ces effets négatifs s’intensifient en fonction du nombre de mois de déploiement. Il sera particulièrement important d’en tenir compte dans le portrait de la situation des familles des militaires au Canada.

La vie militaire : des répercussions sur le parcours scolaire et l’accès aux mesures de soutien

Les travaux de recherche examinés par Mmes Cramm et Tam-Seto mettent en relief diverses incidences sur le rendement scolaire des élèves (majoritairement américains) qui déménagent d’un territoire à l’autre (ex. : déficits ou dédoublements dans les apprentissages). Différents facteurs entrent en ligne de compte selon les régions, notamment en ce qui concerne les normes en vigueur, les crédits exigés ou encore l’âge d’entrée à la maternelle. Les chercheuses ont aussi constaté que le niveau de stress à la maison durant un déploiement et au cours de la période de réinsertion qui s’ensuit influence souvent le comportement à l’école et la dynamique en classe, alors que ces élèves vivent parfois des difficultés sur le plan affectif, des problèmes de concentration ou d’anxiété, ou des relations conflictuelles avec leurs pairs. L’enquête sur l’évaluation des besoins de la communauté des FAC ne précise pas si la mobilité est la principale cause des difficultés qu’éprouvent les enfants des répondants, mais 13 % d’entre eux avouent que ceux-ci ont manifesté des problèmes comportementaux ou affectifs à l’école durant l’année précédente. D’autres recherches seront nécessaires pour compléter le tableau et mieux comprendre la situation des familles des militaires au Canada.

En 2016, plus d’un septième (13 %) des militaires des Forces armées canadiennes interrogés affirmaient que leur enfant avait éprouvé des problèmes comportementaux ou affectifs à l’école durant l’année précédente.

D’après certaines études, l’adaptation comportementale et affective influencerait le rendement scolaire des jeunes (ex. : comportement, présence, attitude vis-à-vis de l’école ou de l’approche éducative). On peut penser que les difficultés associées au changement d’école sont encore plus grandes pour les élèves ayant besoin de ressources éducatives spécialisées((Cramm, 2016)). À ce chapitre, 8,2 % des familles des FAC interrogées ont des enfants ayant des besoins spéciaux((Heidi Cramm, « L’accès aux soins de santé pour les familles des militaires ayant un enfant touché par l’autisme » dans Transition (6 novembre 2017). Lien :  https://bit.ly/2yzsPO1)), et plusieurs d’entre elles nécessitent des ressources et des mesures de soutien. Or, chaque déménagement complique l’accès à de tels services.

Les nombreux parents des familles de militaires qui ont un enfant atteint d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA) sont confrontés aux mêmes difficultés que toutes les autres familles où quelqu’un a des besoins particuliers : non seulement doivent-ils trouver les ressources adéquates dans le dédale du système d’éducation et du réseau de soins de santé, mais ils sont aussi confrontés à la difficulté d’obtenir une évaluation et un diagnostic((Cramm, 2017)). Or, les familles restent parfois des mois voire des années sur une liste d’attente pour recevoir enfin un diagnostic. Dans un tel contexte, certaines familles de militaires sont contraintes de repartir à la fin d’une affectation avant même d’avoir eu accès à des soins ou à des services.

En fait, plusieurs ressources éducatives spécialisées ne sont pas accessibles sans diagnostic. Mmes Cramm et Tam-Seto ont constaté que l’école freine parfois l’accès à certaines ressources en présumant que les difficultés scolaires de l’élève sont uniquement liées au mode de vie des militaires ou qu’elles sont temporaires en lien avec le déploiement d’un parent. À l’inverse, certains intervenants privilégient des ressources éducatives spécialisées pour pallier des déficits d’apprentissage qui sont en réalité liés aux réinstallations et nécessiteraient des mesures moins ciblées. Dans le réseau scolaire américain, plusieurs se sentent mal outillés pour pouvoir bien cibler les élèves des familles de militaires qui méritent un traitement auprès de spécialistes cliniques.

Consolider les collectivités malgré l’importante mobilité

D’après les études consultées, l’importante mobilité entrave souvent la capacité des enfants des familles de militaires à nouer et à entretenir des relations personnelles et à s’intégrer à un cercle social avec les enfants de leur âge. Il n’est pas rare que leurs homologues civils ne comprennent pas la réalité que supposent ces déménagements successifs ou le déploiement d’un parent – ou qu’ils n’y soient pas sensibles –, ce qui teinte leurs relations avec les enfants des militaires. Néanmoins, les interactions entre les jeunes des familles militaires et non militaires sont fréquentes, puisque de nos jours 85 % des familles des militaires au Canada vivent à l’extérieur d’une base, c’est-à-dire dans les collectivités civiles (comparativement à seulement 20 % vers le milieu des années 90)((Cramm, 2017)).

Mmes Cramm et Tam-Seto ont constaté que les enfants des familles de militaires qui vivent en milieu civil aux États-Unis sont particulièrement vulnérables à l’isolement et à la solitude, et il s’agit là de données importantes puisqu’il existe des liens nets entre le bien-être et l’adhésion à un cercle social solide, d’après les études((Maire Sinha, « Rapports des Canadiens avec les membres de leur famille et leurs amis » dans Mettre l’accent sur les Canadiens : résultats de l’Enquête sociale générale, no 89-652-X au catalogue de Statistique Canada (dernière mise à jour au 30 novembre 2015). Lien : https://bit.ly/2FCPTtI)). En outre, l’état actuel de la recherche laisse entrevoir que le sentiment d’appartenance communautaire est souvent déterminant pour la santé mentale et la résilience((Statistique Canada, « Appartenance à la communauté » dans Gens en santé, milieux sains, no 82-229-X au catalogue de Statistique Canada (janvier 2010). Lien : https://bit.ly/2rercj2)).

La mobilité risque également d’entraver la participation à certaines activités parascolaires pour les jeunes des familles de militaires. Par exemple, il pourrait être trop tard pour un jeune qui emménage avec sa famille et qui souhaiterait se joindre à une équipe de soccer, alors que la période d’entraînement est peut‑être terminée et que l’équipe a été complétée avant le début de l’année scolaire. Certaines équipes de sports d’élite ou d’autres programmes de leadership hésitent parfois à recruter les élèves des familles de militaires de crainte d’avoir à les remplacer s’ils doivent déménager à nouveau.

D’après le rapport de 2016 sur l’évaluation des besoins de la communauté des FAC, près des trois dixièmes (29 %) des répondants qui considéraient le bien-être de leurs enfants comme leur principal souci durant l’année précédente disent avoir besoin d’aide dans leurs démarches pour assurer le bien-être de leurs enfants (ex. : mise en forme, gestion du stress, consolidation des liens familiaux). Dans certains cas, les parents dont le conjoint est en déploiement ne sont pas en mesure d’aller reconduire leurs enfants aux activités parascolaires ou d’assumer toutes les responsabilités compte tenu des besoins accrus à la maison pour s’occuper des enfants (23 % de tous les répondants affirment avoir eu des problèmes liés à la garde des enfants, qu’il s’agisse de la qualité et de la disponibilité des services, de la distance à parcourir, du coût, etc.).

Les professionnels de l’éducation sont en position privilégiée pour faciliter les transitions

Les études montrent que les enseignants, les conseillers et d’autres professionnels de l’éducation sont en situation privilégiée pour faciliter la transition des jeunes des familles de militaires. La recension de certaines études aux États-Unis suggère que le milieu scolaire offre parfois un facteur « de protection » durant une réinstallation, et que les éducateurs sont susceptibles d’aider les élèves des familles de militaires en consolidant leur résilience et leurs mécanismes d’adaptation.

De fait, les déménagements sont déstabilisants en soi et perturbent les habitudes et la routine, si bien que plusieurs familles de militaires et leurs enfants dépendent largement du personnel et du milieu scolaire relativement au soutien socioaffectif. Parmi les parents des FAC qui considéraient le bien‑être de leurs enfants comme leur principal souci durant l’année précédente, plus du tiers des répondants (34 %) disaient avoir besoin de soutien affectif ou social. Les études tendent à montrer que l’implication éventuelle des familles dans la vie scolaire de leur enfant favorise souvent l’engagement et la réussite scolaires, diminue les risques de décrochage et augmente les chances de faire des études postsecondaires.

Toutefois, Mmes Cramm et Tam-Seto ont aussi constaté que plusieurs intervenants du milieu de l’éducation aux États-Unis se disent dépassés par l’ampleur des besoins de leurs élèves, si bien qu’il leur semble difficile de tenir compte des enjeux particuliers des familles des militaires (réinstallations successives, déploiement des parents, peur de voir leurs parents blessés ou tués dans le cadre d’un déploiement), de répondre aux besoins de ces familles et de communiquer efficacement avec elles.

Même si plusieurs des études et des rapports analysés et cités par Mmes Cramm et Tam-Seto portent sur la réalité vécue à l’étranger, leurs conclusions permettent néanmoins de mieux comprendre la situation des familles des militaires au Canada, qui ont en commun plusieurs « éléments stressants de la vie militaire » avec leurs homologues américains, entre autres l’importante mobilité, les périodes récurrentes d’éloignement ainsi que les risques((Ombudsman de la Défense nationale et des Forces canadiennes, « Sur le front intérieur : Évaluation du bien-être des familles des militaires canadiens en ce nouveau millénaire » dans Rapport spécial au ministre de la Défense nationale (novembre 2013). Lien : https://bit.ly/2Ktqtm2)). Les études recensées donnent à penser que les écoles et les professionnels de l’éducation ayant une bonne littératie militaire (conscientisation à l’égard de ces stresseurs et de la réalité des familles des militaires) peuvent jouer un rôle majeur pour faciliter la transition des jeunes. Au cours des prochaines années, il sera impératif de disposer d’études axées plus particulièrement sur le milieu scolaire en contexte canadien.

Des ressources et de l’information pour favoriser le soutien aux familles des militaires

Les initiatives visant à accroître la littératie militaire des professionnels de l’éducation ont un important rôle à jouer pour épauler les jeunes des familles de militaires ainsi que leurs proches, et plusieurs ont déjà exprimé le souhait d’avoir accès à des ressources pour les aider en ce sens. Divers outils existent déjà pour favoriser la création et la consolidation d’équipes de conseillers scolaires (et de collègues) bien au fait de la « littératie militaire » dans les écoles au Canada, afin de transmettre de l’information et des ressources ciblées à propos du mode de vie des militaires et des vétérans. À ce chapitre, le Cercle canadien du leadership pour les familles des militaires et des vétérans et l’Association canadienne de counseling et de psychothérapie ont publié en 2017 un guide intitulé Les conseillers et les conseillères en milieu scolaire travaillant auprès des familles des militaires et des vétérans.

Les familles des militaires et des vétérans sont fortes, diversifiées et résilientes, et leur contribution unique s’avère précieuse pour les collectivités du pays. Bon nombre d’entre elles sont confrontées à une importante mobilité, ce qui se répercute sur le bien-être des enfants et des jeunes dans l’entourage des militaires et, finalement, sur le mieux-être et l’efficacité des militaires eux-mêmes parmi les Forces armées canadiennes((Ombudsman de la Défense nationale et des Forces canadiennes)). Pour permettre à ces familles de prospérer au sein de collectivités et de milieux de travail inclusifs, il faudra accroître la conscientisation vis-à-vis de leur réalité et du « mode de vie des militaires », auprès des professionnels de l’éducation et des intervenants qui s’emploient à étudier, à servir et à soutenir les familles des militaires.

Pour consulter la version intégrale de l’étude :

Heidi Cramm, Ph.D., et Linna Tam-Seto, doctorante, « School Participation and Children in Military Families: A Scoping Review » dans Journal of Occupational Therapy, Schools, & Early Intervention (1er mars 2018). Lien : https://bit.ly/2qiWfcU

 

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Emily Beckett est une auteure professionnelle qui habite à Ottawa (Ontario).

Publié le 22 mai 2018

Cet article a été révisé par le colonel Russ Mann (retraité), conseiller spécial de l’Institut Vanier de la famille et ancien directeur des Services aux familles des militaires, en collaboration avec Heidi Cramm, Ph. D., et Linna Tam-Seto, doctorante.




Face à la mort : tendances émergentes entourant la mort et le processus de fin de vie au Canada

Emily Beckett

Au fil de l’histoire canadienne, la réalité associée à la mort et à la fin de la vie a évolué considérablement pour les familles et leur collectivité. D’une génération à l’autre, la progression des tendances sur les plans social, culturel et médical a contribué à redéfinir l’expérience des familles vis-à-vis de la mort, notamment parce que les causes de la mort ont changé, parce que les méthodes de la médecine et des soins en fin de vie ont progressé, et parce que les habitudes et les normes sociales entourant la mort n’ont cessé de se renouveler. En dépit de tout cela, les familles ont su s’adapter et réagir en trouvant des avenues nouvelles pour accueillir la mort de leurs proches, honorer leur héritage et célébrer leur vie.

Pour faire l’état de la situation au Canada en ce qui concerne la mort et la fin de la vie, l’Institut Vanier de la famille fait paraître une étude sous le titre Perspectives familiales : La mort et le processus de fin de vie au Canada, sous la plume de Katherine Arnup, Ph. D., auteure, conférencière et professeure à la retraite de l’Université Carleton. Cette nouvelle mouture s’inspire de la première édition de 2013 et propose d’amorcer le dialogue en explorant l’éventail des réalités que vivent les familles en lien avec la mort, et en les incitant à discuter de la mort elle-même et de la planification des soins de fin de vie. Malgré l’importance de ces questions pour le bien-être des mourants et de leur famille, plusieurs trouvent difficile d’aborder les enjeux de fin de vie avec leurs proches ou avec leurs fournisseurs de soins de santé. Celles-ci sont cependant de plus en plus présentes dans le discours public, alimentées par le vieillissement de la population et la légalisation de l’aide médicale à mourir, en juin 2016.

Il aura donc fallu briser ce silence pour que les familles de toutes les régions du pays commencent à voir et à accepter la mort autrement, et à y réagir différemment. Les gens trouvent de nouvelles façons d’accueillir leur condition de mortels, de faire face à la mort et de célébrer la vie de ceux qu’ils aiment, et ce, à la faveur de nouveaux vecteurs d’interaction et de communication qui passent par les réseaux sociaux et par le volet virtuel de nos vies. Or, tous ces changements impliquent des personnes, des familles et des collectivités qui, chacune à leur façon, entretiennent des liens d’interdépendance avec le paysage évolutif des politiques, et qui l’influencent à leur tour. L’examen attentif de quelques-unes des approches nouvelles et émergentes par lesquelles les familles du Canada réévaluent leur conception de la mort et redéfinissent la planification des soins de fin de vie laisse clairement entrevoir leur capacité de réaction et d’adaptation devant la mort dans la réalité d’aujourd’hui.

« Cafés mortels »

Parmi ces nouvelles approches pour mieux confronter la mort figure notamment l’émergence des « cafés mortels », qui sont de plus en plus répandus. En 2004, l’anthropologue d’origine suisse Bernard Crettaz avait lui-même organisé un premier « café mortel » sous la forme d’une petite rencontre pour discuter de la mort. Son concept a plus tard été repris et popularisé par le londonien Jon Underwood, qui a tenu son premier « café mortel » à sa résidence du quartier East Hackney, en 2011. Depuis, plus de 6 000 « cafés mortels » ont été organisés dans 55 pays. D’ailleurs, le nom de « café mortel » (death café) est d’usage exclusif aux personnes affiliées à l’organisme fondé par M. Underwood, mais d’autres rencontres du même genre se tiennent aussi en marge de cette initiative.

Il s’agit essentiellement de « démystifier » la mort et d’aider les gens à affronter leurs craintes grâce au dialogue, pour apaiser la peur que suscite la mort et briser le tabou sur ce sujet.

Un « café mortel » est une rencontre entre des inconnus qui se donnent rendez-vous par l’entremise du Web pour discuter de la mort autour d’une tasse de thé et d’un morceau de gâteau. Attablés en groupes de quatre ou cinq, les participants sont invités à échanger à partir d’une liste de sujets proposés. On y trouve des participants de tous âges, autant des jeunes que des aînés. Il n’y a pas de prérequis, mais la plupart des participants ont déjà côtoyé la mort dans leur entourage, ou ont eux-mêmes souffert d’une maladie grave. De fait, ces « cafés mortels » se déroulent sans trop de règles, à part l’interdiction de faire la promotion de biens ou de services, ou celle d’exprimer des opinions orthodoxes. Ce type de rencontre permet donc à chacun de confronter et de désamorcer ses propres craintes par rapport à la mort, et de porter un regard sur ses propres aspirations quant à son cheminement en fin de vie. Il s’agit essentiellement de « démystifier » la mort et d’aider les gens à affronter leurs craintes grâce au dialogue, pour apaiser la peur que suscite la mort et briser le tabou sur ce sujet.

Gérer la mort à l’ère numérique

Compte tenu de l’évolution rapide des technologies de communication et de la place qu’occupent les interactions en ligne dans les échanges et les relations entre Canadiens, il n’est pas surprenant que ces moyens technologiques influencent aussi les jalons importants de l’existence dont la mort fait partie, ainsi que l’illustre l’étude Perspectives familiales : La mort et le processus de fin de vie au Canada. Pourtant, l’omniprésence des médias sociaux comme Facebook et Instagram est encore récente, si bien que les normes, les attentes et le sentiment d’appropriation entourant la mort dans cette « ère numérique » ne sont pas encore ancrés. Par exemple, la recherche du mot-clé #funérailles sur Instagram mène à des résultats révélant que les gens se tournent vers divers moyens pour souligner, voire célébrer la vie de l’un des leurs récemment disparu. Toutefois, on pourrait aussi y trouver des preuves que l’on « dépasse les bornes » quant au respect de la vie privée du défunt et de sa famille, ainsi que de leurs sentiments. À la faveur d’un dialogue renouvelé à propos de la mort, il sera sans doute impératif d’aborder la question des limites et des moyens acceptables d’arrimer le deuil et la vie privée, malgré la place grandissante des réseaux sociaux.

L’omniprésence des médias sociaux comme Facebook et Instagram est encore récente, si bien que les normes, les attentes et le sentiment d’appropriation entourant la mort dans cette « ère numérique » ne sont pas encore ancrés.

L’application WeCroak (« on crève ») constitue une autre manifestation de l’utilisation des technologies au regard de la mort. Modernisant une tradition bhoutanaise, cette application s’active aléatoirement cinq fois par jour pour rappeler à l’utilisateur que la mort attend son heure… L’idée derrière ce concept est de ramener chacun à sa condition de mortel pour mieux apprécier la valeur de la vie.

Depuis quelques décennies, la pratique religieuse est en décroissance chez les Canadiens, si bien que ces derniers se tournent de plus en plus vers des lieux laïcs, notamment vers les salons funéraires, pour obtenir des services de fin de vie. Et si les individus ont tendance à se tourner vers les technologies pour mieux affronter la mort, c’est également vrai dans l’offre de services de ce genre. En effet, constatant que les Canadiens sont de plus en plus confrontés à la mobilité et à l’éloignement géographique, plusieurs services proposent désormais l’enregistrement ou la retransmission en direct des obsèques pour que proches et amis puissent aussi rendre hommage au défunt malgré l’éloignement géographique.

Accompagnatrices en fin de vie

À l’heure où une vaste majorité de Canadiens souhaiteraient pouvoir mourir à la maison, plusieurs font appel en ce sens à des accompagnatrices en fin de vie (on dit aussi accompagnatrices auprès des mourants ou « soul midwives ») pour favoriser une telle approche, que ce soit pour eux-mêmes ou pour un être cher. Comme l’illustre l’étude Perspectives familiales : La mort et le processus de fin de vie au Canada, ces accompagnatrices en fin de vie se rendent disponibles avant, pendant et après le décès afin de soutenir le mourant ainsi que sa famille tout au long du processus (un peu à la manière des sages-femmes pour les naissances). De fait, ces accompagnatrices ont principalement pour rôle de faciliter la situation de leur client et de sa famille en fonction de leurs propres volontés, que ce soit en participant à la planification ou à la coordination des soins de fin de vie, en fournissant du soutien affectif à la famille et aux amis endeuillés tout au long du processus, en contribuant à l’organisation du service funéraire, d’une célébration de la vie ou des rituels d’enterrement, ou encore en veillant à la préparation du corps.

La formation des accompagnatrices en fin de vie se fait surtout par la pratique (au contact d’autres accompagnatrices), mais certaines d’entre elles ont aussi une formation en soins infirmiers qui leur permet de fournir une aide médicale au mourant. Même si certains programmes de certification sont déjà offerts, aucun n’est encore officiellement reconnu par le gouvernement canadien.

Célébrations de la vie et prise en charge communautaire du deuil

Les Canadiens sont de moins en moins nombreux à s’identifier à une religion, et cet état de fait influence aussi leur façon de vivre le deuil. Alors que les générations précédentes organisaient généralement les obsèques à l’église ou en d’autres lieux religieux, un nombre croissant de familles rendent aujourd’hui leur dernier hommage à un être cher dans un cadre non religieux, comme des centres communautaires, des espaces sacrés laïcs, des restaurants, des arénas ou des résidences privées, qui ressemblent peut-être un peu plus à ce qu’incarnait la personne décédée. Plusieurs se détournent des hommages axés sur la perte et le deuil (ex. : funérailles, veillées mortuaires) pour privilégier plutôt des célébrations de la vie. Certains choisissent même de tenir des « obsèques en présence du mourant » pour lui rendre hommage de son vivant et célébrer son parcours de vie en présence de sa famille et de ses amis, qui ont ainsi l’occasion de lui témoigner leur appréciation et leur gratitude.

Plusieurs se détournent des hommages axés sur la perte et le deuil (ex. : funérailles, veillées mortuaires) pour privilégier plutôt des célébrations de la vie.

Enfin, ces changements touchent également les diverses avenues pour mener les défunts à leur dernier repos. L’éventail d’options tend à s’élargir, alors que certains se tournent vers des méthodes qui répondent mieux à leurs préférences, à leurs aspirations ou à leurs valeurs personnelles. On peut citer par exemple les inhumations écologiques (où le corps est enveloppé dans un linceul et directement mis en terre, ou enterré dans une simple boîte en pin afin de limiter les incidences environnementales), ou encore le recours à des urnes biodégradables pour favoriser la croissance d’une plante ou d’un arbre à partir des cendres, afin d’honorer la conscience environnementale du défunt ou son amour de la nature. Certains offrent même des vols spatiaux commémoratifs pour disperser une portion symbolique des restes d’une personne parmi les étoiles, sur la lune ou même au‑delà((Lauren O’Neil, « You Can Now Be Buried on the Moon – Even If You’re Not Rich » dans CBC News (25 août 2015). Lien : https://bit.ly/1isVd82))…

Au cours des prochaines décennies, la question de la mort et du processus de fin de vie occupera une place de plus en plus importante aux yeux des familles, des organismes et des décideurs au Canada, alors que les facteurs qui ont placé ces enjeux à l’avant-scène (ex. : vieillissement démographique, changements législatifs) sont susceptibles de se maintenir((Pour en savoir davantage : Institut Vanier de la famille, Coup d’œil sur le vieillissement de la population et les relations intergénérationnelles au Canada (juin 2017))). Même si la plupart des gens trouvent difficile d’aborder ces enjeux, l’importance de ces questions ne fait aucun doute. Il s’agit là d’une étape essentielle pour toute société qui souhaite confronter le déni et la peur que suscite la mort malgré son universalité.

« En somme, même s’il n’est pas vain de considérer la mort dans sa dimension médicale, on ne saurait occulter sa dimension humaine, sa dimension sociale, ni sa dimension personnelle pour chacun d’entre nous. Il faudra d’abord apprendre à accueillir la mort […] avant de pouvoir envisager une culture qui valorise véritablement la vie et le processus de fin de vie. »

– Katherine Arnup, Perspectives familiales : La mort et le processus de fin de vie au Canada 

 

Le document Perspectives familiales : La mort et le processus de fin de vie au Canada illustre l’évolution des questions entourant la mort et la fin de la vie au fil des générations au pays, en mettant en relief la réalité et les volontés des familles relativement à ces enjeux, le rôle de ces dernières dans les soins de fin de vie, de même que les incidences sur leur bien-être. À partir d’analyses sur les données et les tendances actuelles, d’entretiens avec des aidants et leur famille, ainsi que de ses réflexions personnelles à propos du bénévolat en résidence, l’auteure Katherine Arnup, Ph. D., brosse un tableau de la situation au sujet de la mort et du processus de fin de vie, en fonction des facteurs actuels et émergents qui modulent le contexte social, culturel et politique.

 

Téléchargez le document Perspectives familiales : La mort et le processus de fin de vie au Canada


Emily Beckett est une auteure professionnelle qui habite à Ottawa.

Publié le 9 mai 2018




Perspectives – L’anxiété de performance scolaire du point de vue de l’étudiant

Shweta Govilkar

Voici comment ça se passe bien souvent… À mon arrivée en classe de géométrie, je me sens à l’aise et confiante. Or, dès que commence la distribution des examens, voilà encore cet étau qui serre mon estomac. « Ça ira, ça ira… », me dit cette petite voix intérieure. Pourquoi s’inquiéter? J’ai bien étudié, j’ai fait tous mes devoirs et j’ai été attentive en classe. « Respire bien, ça ira. » Pourtant, en remettant l’examen, je suis assaillie par le doute. Et cette nausée qui revient…

Il me fallait absolument trouver le moyen de contrer cette anxiété récurrente à chacun de mes examens de mathématiques. J’ai fouillé sur le Web pour mieux comprendre le phénomène et pour trouver des moyens de mieux gérer cette anxiété. Au fil de mes recherches, la réponse s’est imposée : je souffrais d’anxiété de performance scolaire. J’en avais déjà entendu parler, mais sans y accorder une attention particulière. Cependant, maintenant que j’étais directement concernée, il ne faisait aucun doute qu’il fallait me renseigner davantage sur cette forme d’anxiété et sur les moyens d’y remédier. Et voilà qu’en peu de temps, mes notes sont passées d’environ 70 % ou 80 % à plus de 90 %. Je me suis alors posé la question suivante : si le contrôle de l’anxiété avait pu m’aider moi, combien d’autres étudiants pourraient aussi en bénéficier?

Selon le British Journal of Psychology, l’anxiété de performance scolaire est une réaction physiologique qui se manifeste chez le sujet sous forme de stress, d’anxiété et d’inconfort, avant ou pendant une épreuve d’examen((Bernice Andrews et John M. Wilding, « The Relation of Depression and Anxiety to Life-stress and Achievement in Students » dans British Journal of Psychology, vol. 95, no 4 (novembre 2004). DOI:10.1348/0007126042369802)). Nausées, maux de tête, mains moites et « boule dans l’estomac » figurent parmi les symptômes fréquents. Par ailleurs, le niveau de stress élevé peut aussi affaiblir le système immunitaire de l’étudiant, qui est alors plus sujet aux rhumes ou à d’autres maladies ou infections. Dans certains cas plus graves, l’anxiété peut même causer une crise de panique.

Les statistiques montrent que l’anxiété de performance scolaire touche environ 12 % des Canadiens et 30 % des Américains, mais il ne s’agit que des cas répertoriés : l’anxiété de performance scolaire n’est pas toujours facilement identifiable.

Les statistiques montrent que l’anxiété de performance scolaire touche environ 12 % des Canadiens et 30 % des Américains((Agence de la santé publique du Canada, « Troubles anxieux » dans Rapport sur les maladies mentales au Canada (octobre 2002). http://bit.ly/2nMktwV)), mais il ne s’agit que des cas répertoriés : l’anxiété de performance scolaire n’est pas toujours facilement identifiable. Selon les études, cette forme d’anxiété amputerait les résultats scolaires d’au moins 10 %((Gregory J. Cizek et Samantha S. Burg, Addressing Test Anxiety in a High-Stakes Environment: Strategies for Classrooms and Schools, Chapel Hill, NC Corwin Press (2006).)), soit suffisamment pour passer d’un A à un B.

J’ai donc décidé d’aborder la question avec mon conseiller en milieu scolaire pour voir comment sensibiliser la population étudiante à ce sujet. À la suite de cet entretien, j’ai voulu savoir à quel point cette situation touchait également mes camarades. Au fil de mes recherches, j’ai découvert un outil intéressant, soit le questionnaire « Nist et Diehl » qui permet de déterminer si une personne souffre d’anxiété de performance scolaire. Le questionnaire comporte une dizaine de questions portant sur la fréquence des symptômes du point de vue de l’étudiant (sur une échelle de Likert allant de 1 – jamais à 5 – toujours). Une fois tous les résultats additionnés, une note de 35 ou plus indique une tendance à l’anxiété de performance scolaire. Parmi la centaine de camarades que j’ai interrogés, 62 % manifestaient des symptômes d’anxiété de performance scolaire (tous genres et groupes socioéconomiques ou culturels confondus). Par conséquent, j’ai voulu savoir quelles étaient les causes exactes de cette forme d’anxiété.

Ceux qui fréquentent des étudiants du secondaire savent à quel point leur horaire est bien rempli. L’augmentation du nombre d’examens normalisés ne fait qu’accroître leur charge de travail. À cet égard, des études ont montré que la multiplication des examens normalisés au fil des ans contribue à accroître le niveau de stress, parfois au détriment de la santé mentale((Paul Heiser et autres, Anxious for Success: High Anxiety in New York’s Schools (novembre 2015). http://bit.ly/2nebCz5)). D’après une étude de l’organisme Council of Great City Schools, « l’étudiant moyen dans les écoles publiques des grands centres urbains aux États-Unis est contraint de passer quelque 112 examens normalisés obligatoires de la prématernelle jusqu’à la fin de la 12e année, soit huit par année en moyenne » [traduction]. Ces tests représentent de 20 à 25 heures de classe par année scolaire((Ray Hart et autres, Student Testing in America’s Great City Schools: An Inventory and Preliminary Analysis (octobre 2015). http://bit.ly/1S4LyQZ)). Au Canada, les examens normalisés sont moins fréquents (on parle de trois à cinq examens de ce genre entre la 3e et la 12e année((Arlo Kempf, The Pedagogy of Standardized Testing: The Radical Impacts of Educational Standardization in the US and Canada, Springer (2016).)), mais ils ne font pas l’unanimité et représentent une importante source de stress et d’anxiété pour les étudiants((Valerie Campbell, « Quelle est la valeur des examens normalisés? » dans Les faits en éducation, Association canadienne d’éducation et Université de l’Île-du-Prince-Édouard (février 2014). http://bit.ly/2oePAwH)).

Outre les examens normalisés, les étudiants sont aussi confrontés à un éventail de tests dans le cadre des différents modules d’apprentissage dans chaque matière. Bien entendu, ils n’ont aucun ascendant sur le nombre d’épreuves à passer, mais ils peuvent néanmoins privilégier certaines habitudes dans la préparation aux examens et acquérir diverses compétences utiles en cours d’épreuve pour réduire l’anxiété. Par exemple, définir un plan d’études – et s’y tenir – permet d’éviter le fameux « manque de temps », qui peut mener ou contribuer à l’anxiété.

Il existe des mesures de soutien et diverses pratiques fondées sur des données probantes qui sont susceptibles de favoriser la santé mentale et le bien-être des étudiants. En effet, des études ont montré l’efficacité de certaines techniques pour mieux gérer l’anxiété de performance scolaire, notamment le yoga et différents exercices de respiration((Azadeh Nemati, « The Effect of Pranayama on Test Anxiety and Test Performance » dans International Journal of Yoga, vol. 6, no 1 (janvier-juin 2013). http://bit.ly/2mM4auX)). Les étudiants anxieux bénéficieront aussi de l’accompagnement des membres de leur famille. Parce que c’est aussi un travail d’équipe : enseignants, camarades, conseillers, amis et proches ont tous leur rôle à jouer, chacun à leur façon, pour offrir du renforcement positif et transmettre les compétences utiles pour gérer l’anxiété.

Il arrive à tout le monde, un jour ou l’autre, de se sentir complètement dépassé par une situation quelconque. Gérer l’anxiété n’est certainement pas chose facile, mais lorsqu’on y parvient, les bénéfices sont manifestes. Si l’anxiété de performance scolaire est un problème répandu, il n’est pas insurmontable. En effet, le rendement scolaire peut s’en ressentir, mais les étudiants qui sont bien conscientisés, qui ont accès à des mesures de soutien et qui mettent en pratique diverses techniques éprouvées pourront faire fructifier leur plein potentiel.


Shweta Govilkar étudie actuellement en 11e année (5e secondaire) et envisage une formation universitaire en psychologie.

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Publié le 2 mai 2017




La réalité des aînés LGBTA+ vis-à-vis des soins de santé

Laura Zuccaro

Mise à jour au 8 septembre 2015

À l’instar de nombreux autres pays du monde, le Canada est confronté au vieillissement de sa population : on y comptait 4,9 millions de personnes de 65 ans ou plus en 2011, dont près de 6 000 centenaires((Statistique Canada, « Âge et sexe – Faits saillants en tableaux, Recensement de 2011 ». Dans Produits de données de 2011. (Dernière mise à jour au 23 novembre 2017.) Lien : http://bit.ly/2xRjj8z)). Parmi ces Canadiens d’un certain âge, plusieurs sont touchés par une maladie chronique ou épisodique, ou encore par une incapacité ou une autre affection nécessitant une fréquentation accrue du système de soins de santé. Or, chez les aînés LGBTA+, le recours aux soins médicaux risque d’être entravé par l’éventuelle discrimination manifestée à leur endroit. Pour ces patients âgés, la principale difficulté consiste à devoir révéler qu’ils ou elles sont lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres ou allosexuels, et de subir de la discrimination à cet égard((Shari Brotman, Bill Ryan et Robert Cormier, « The Health and Social Service Needs of Gay and Lesbian Elders and Their Families in Canada » dans The Gerontologist, vol. 43, no 2 (2003). Lien : http://bit.ly/1ggcMmo)).

Selon Statistique Canada, la fréquentation du système de soins de santé au Canada par les gais, les lesbiennes ou les bisexuels (consultation d’un médecin de famille ou d’autres professionnels de la santé, ou examens de dépistage préventif) varie selon l’identité sexuelle, et leurs choix en matière de santé diffèrent de ceux des hétérosexuels((Michael Tjepkema, « Utilisation des services de santé par les gais, les lesbiennes et les bisexuels au Canada » dans Rapports sur la santé, vol. 19, no 1, no 82-003-X au catalogue de Statistique Canada (mars 2008). Lien : http://bit.ly/2hOVT92)). Bon nombre d’aînés ne parlent jamais de leur orientation sexuelle, sauf si leurs soins en dépendent, et plusieurs prestataires de services évitent aussi cette question au moment de dresser un plan de soins. Les études réalisées par l’Université McGill révèlent que l’approche passive du « ni vu, ni connu » semble prédominante dans le système de soins de santé((Brotman, Ryan et Cormier.)).

Bon nombre d’aînés ne parlent jamais de leur orientation sexuelle, sauf si leurs soins en dépendent, et plusieurs prestataires de services évitent aussi cette question au moment de dresser un plan de soins. 

Plusieurs aînés homosexuels bénéficient du soutien de leur famille biologique, de leurs enfants et de leurs petits-enfants, alors que d’autres se tournent vers des amis qu’ils considèrent comme des membres de leur propre famille (on parle parfois de « famille choisie » ou de « parenté volontaire »)((Brotman, Ryan et Cormier.)). Or, puisque la définition élargie de la famille n’est pas toujours bien comprise par les fournisseurs de soins de santé, il n’est pas rare que des conjoints de même sexe préfèrent se présenter comme des amis ou des colocataires pour éviter d’être considérés comme des cas à part. Dès lors, les conjoints LGBTA+ sont souvent mal à l’aise de se témoigner de l’affection, ou éprouvent de la difficulté à se faire reconnaître comme conjoint du bénéficiaire de soins.

Diverses études sur les aînés homosexuels démontrent que ces derniers (ou leurs aidants) sont parfois victimes de discrimination réelle ou par anticipation découlant d’attitudes ou de politiques homophobes ou hétérosexistes dans le système de soins de santé. Par exemple, certains ont évoqué le caractère discriminatoire de certaines pratiques relatives aux heures de visite dans les hôpitaux, notamment lorsque l’on refuse à des aidants LGBTA+ de rester auprès de leur conjoint parce qu’on ne les considère pas comme des membres de la famille. Quant à la discrimination par anticipation, elle survient par exemple lorsqu’un aîné hésite à révéler son orientation sexuelle (voire à solliciter des services de santé) après avoir connu des expériences malheureuses. Quelle que soit la forme de discrimination, les aînés qui en sont victimes hésitent à révéler leur identité homosexuelle et éprouvent de la difficulté à se faire soigner convenablement((Shari Brotman et autres, « Coming Out to Care: Caregivers of Gay and Lesbian Seniors in Canada » dans The Gerontologist, vol. 47, no 4 (2007). Lien : http://bit.ly/2guIer6)).

Pour atténuer les préjugés qui émaillent le système de soins de santé, les recherches menées jusqu’ici laissent entendre que des services spécialisés facilitant l’intégration des gais et lesbiennes et favorisant le dialogue avec les professionnels de la santé permettraient d’accroître considérablement la fréquentation du système de soins de santé par les aînés LGBTA+ au Canada((Shari Brotman et autres.)). On peut notamment envisager l’organisation d’ateliers destinés aux travailleurs de la santé sur les besoins particuliers des aînés homosexuels, l’embauche de travailleurs de la santé gais ou lesbiens, l’adoption d’une terminologie non sexiste relativement à l’identité et à la nature des liens, la prise en compte des questions de confidentialité, ou encore la mise sur pied de groupes de soutien, de centres d’aide téléphonique, de programmes de sensibilisation communautaire ou d’établissements spécialisés (comme le centre Kipling Acres, un établissement de soins de longue durée ouvert à l’homosexualité et desservant les aînés de Toronto). De tels services permettraient de réduire les obstacles qui se dressent entre les aînés LGBTA+ et leurs fournisseurs de soins de santé, et d’améliorer leurs interactions, tant du point de vue du prestataire de soins que du patient lui-même.

Laura Zuccaro est étudiante de deuxième année en médecine à l’Université d’Ottawa.


La première version de cet article est parue dans Transition (vol. 44, no 3) en juillet 2014.

Mise à jour au 8 septembre 2015