Sara MacNaull

À l’arrivée d’un bébé dans la famille, chacun délaisse ses multiples responsabilités pour mieux s’occuper du nouveau venu. Les premiers jours sont des moments très particuliers pour les nouveaux parents, de même que les semaines et les mois qui suivent. Il s’agit d’une phase fondamentale dans le développement du nouveau-né. Toutefois, pour organiser le congé du travail ou de l’école et l’interruption des différentes activités ou engagements bénévoles, les membres de la famille, de concert avec leurs employeurs, doivent planifier minutieusement cette étape et miser sur une bonne dose de flexibilité.

S’ils en ont la chance, les papas n’hésitent pas à prendre congé

Durant la dernière campagne électorale, le nouveau gouvernement fédéral avait promis de rallonger de 12 à 18 mois la durée des prestations parentales. Plus récemment, la ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail s’est dite très intéressée par l’idée d’offrir un peu de temps aux papas, en incluant les congés de paternité dans les changements éventuels aux congés parentaux du programme d’assurance-emploi. À l’heure actuelle, seuls les pères qui résident au Québec bénéficient de prestations de paternité.

Dans le cadre du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), le Québec offre des prestations de paternité depuis 2006, ce qui a incité les pères à s’absenter du travail pour mieux s’occuper d’un nouveau-né. Compte tenu de la souplesse qui caractérise le RQAP et de la bonification des prestations parentales et de paternité dans cette province, les pères ont été de plus en plus nombreux à prendre des congés : selon les plus récentes données, le taux de participation global des pères admissibles atteint 86,6 %.

Selon Statistique Canada, 27,1 % des nouveaux pères au pays se sont prévalus d’un congé parental en 2014 (ou prévoyaient le faire). Toutefois, ces données sont fortement teintées par l’écart qui existe entre les pères au Québec et ceux dans le reste du Canada. En effet, 78,3 % des pères dans la Belle Province ont bénéficié d’un congé parental ou prévoyaient le faire (par rapport à 27,8 % avant l’entrée en vigueur du RQAP en 2005). Hors Québec, la proportion atteint à peine 9,4 %.

Devant l’accueil plus que favorable des pères québécois à l’égard des congés parentaux et de paternité, plusieurs décideurs et familles des autres provinces envisagent la possibilité d’élargir les prestations de paternité aux autres papas du Canada. Alors que les détails de la participation éventuelle du gouvernement sont encore sur la table à dessin, les familles aimeraient bien savoir si ces nouvelles initiatives s’apparenteront à ce qui est offert au Québec.

Dans cette province, les pères admissibles ont droit à 3 semaines de prestations à hauteur de 75 % de leurs revenus assurables hebdomadaires moyens ou à 5 semaines de prestations équivalant à 70 % des revenus assurables hebdomadaires moyens, jusqu’à concurrence de 71 500 $ annuellement. Les revenus assurables sont calculés en fonction du traitement de base de l’employé, c’est-à-dire son salaire avant impôts en sus des primes, des commissions ou des pourboires.

Des études montrent que les congés parentaux influencent considérablement le niveau d’engagement des pères

Dans le cadre d’une étude comparative publiée récemment, l’auteure Ankita Patnaik établissait un parallèle entre les congés parentaux au Québec et dans le reste du Canada. Elle a constaté que la plupart des hommes choisissent de prendre un congé de paternité si on leur en donne la possibilité. Selon les données de l’étude, la durée moyenne des congés des pères avant l’entrée en vigueur du RQAP était de deux semaines. Avec l’instauration de la politique de congés parentaux, le père québécois moyen peut maintenant profiter de cinq semaines complètes de congés en vertu du régime de congés de paternité. L’étude de Mme Patnaik montre aussi un « impact important et persistant » au Québec dans les rapports hommes-femmes au cours des 3 années suivant un congé parental. En effet, les pères continuent ensuite de s’impliquer davantage dans les tâches ménagères, alors que les mères sont plus susceptibles de participer au marché du travail.

Dans le reste du Canada en date du 1er janvier 2016, les prestations parentales et de maternité sont fixées à hauteur de 55 % des gains assurables moyens d’un parent, jusqu’à concurrence de 50 800 $. Les pères admissibles peuvent toucher une partie des prestations parentales puisque les conjoints ont la possibilité de se les répartir (simultanément ou consécutivement), mais il ne s’agit pas de prestations de paternité à proprement parler. Les congés parentaux sont d’une durée de 35 semaines sous forme de prestations versées aux parents admissibles. Celles-ci peuvent être exclusives à l’un des parents ou réparties entre ces derniers selon la proportion qui convient à leur situation familiale (ex. : 25 semaines consécutives pour l’un des parents et 10 semaines consécutives pour l’autre).

Plusieurs employeurs emboîtent le pas pour aider les papas

Du point de vue de l’employeur, l’instauration d’une politique de congés de paternité laisse présager une augmentation du nombre et de la durée des congés à la naissance ou à l’adoption, en ce qui concerne les nouveaux pères. Ceux-ci pourraient aussi choisir d’utiliser leurs congés accumulés, de bénéficier d’un éventuel programme de congés de paternité de l’employeur ou d’utiliser une partie des congés parentaux avec leur conjointe.

Par ailleurs, l’adoption d’un régime de congés de paternité aurait des répercussions sur les politiques de ressources humaines, notamment en ce qui a trait aux congés et aux avantages sociaux. En effet, certains employeurs offrent déjà certaines mesures de soutien pour les nouveaux parents, sous forme de prestations complémentaires, c’est-à-dire qu’un pourcentage prédéterminé du salaire de l’employé est versé en supplément des prestations de l’assurance-emploi (55 % du salaire). Le cas échéant, les employeurs pourraient choisir d’offrir un poste aux employés temporaires pour remplacer ceux qui partent en congé et réviser les politiques de ressources humaines pour y inclure expressément « les pères ».

Au Canada, la multinationale de services professionnels Deloitte figure parmi les sociétés ayant déjà instauré des mesures de soutien aux nouveaux papas. L’entreprise offre actuellement deux possibilités à ces derniers : un congé rémunéré de 3 semaines à plein salaire ou des prestations complémentaires pendant 6 semaines, en supplément des prestations de l’AE (pour un total de 100 % du salaire). Le Réseau Deloitte Dads prévoit aussi la tenue d’une table ronde en 2016 en vue d’élaborer un guide de survie après la naissance ou l’adoption d’un enfant, une période où le soutien de l’employeur et des collègues peut s’avérer précieux, notamment pour faciliter la transition au début ou à la fin du congé.

Dans toutes les familles, devenir parents et accueillir un nouveau-né constitue un événement inoubliable qui change le cours d’une vie. Pour bien planifier son congé et bénéficier de la sécurité financière nécessaire, il faut d’abord comprendre la nature des prestations gouvernementales, des prestations complémentaires de l’employeur ainsi que des programmes et des politiques en milieu de travail. Pour la famille qui s’agrandit, l’arrivée de bébé est remplie d’excitation, mais aussi de préoccupations. Les familles admissibles qui se prévalent des mesures de soutien et des prestations offertes mettent toutes les chances de leur côté pour que leur nouveau-né bénéficie de l’amour et de l’attention de ses parents, et ce, dès le premier jour…

 


Sara MacNaull travaille comme directrice des programmes au sein de l’Institut Vanier de la famille. Elle est en voie d’obtenir le titre d’intervenante agréée dans le domaine de la conciliation travail-vie personnelle.

 

Suggestions de lecture

Les effets positifs associés à la présence des papas | figure paternelle

Les familles et le travail au Canada, Nora Spinks et Nathan Battams

La paternité aujourd’hui : L’engagement paternel et les relations familiales, Ian DeGeer, Humberto Carolo et Todd Minerson

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