En matière de santé mentale et de bien-être, chacun s’efforce de trouver un équilibre pour soi-même et sa famille. Un jour ou l’autre, la plupart des ménages sont néanmoins affectés plus ou moins directement par des problèmes de santé mentale, à divers degrés. Les enfants n’y font pas exception puisqu’on estime qu’un cinquième des enfants d’âge scolaire vivent avec un trouble mental, comportemental ou neurodéveloppemental1Ann Douglas (2015). Parenting Through the Storm, Toronto, HarperCollins..

Pour soutenir les enfants touchés par ces difficultés et pour favoriser leur résilience, il est primordial d’intervenir rapidement grâce à des soins de qualité fondés sur l’expérience clinique. Cependant, il est parfois difficile de concilier la situation particulière de certaines familles avec la prestation de services en personne. En effet, le temps d’attente pour obtenir des soins cliniques, l’éloignement géographique ainsi que la crainte de préjugés réels ou éventuels compliquent l’accès à des services appropriés.

Ces difficultés affectent tout particulièrement les familles des militaires, où l’un des parents est souvent assujetti à un horaire imprévisible qui suppose davantage de déplacements, d’éloignement, de perturbations dans la routine, de transitions et de stress que chez leurs homologues civils. Du reste, les familles des militaires éprouvent souvent des difficultés à obtenir des soins continus pour leurs enfants, en raison de leur mobilité accrue et des déménagements fréquents2Heidi Cramm et autres. « L’état actuel de la recherche sur les familles des militaires » dans Transition (19 janvier 2016), http://bit.ly/20IAr8u..

La flexibilité pour faciliter les soins en santé mentale auprès des familles

En milieu clinique, il existe de nombreux programmes et mesures de soutien en santé mentale pour les jeunes, mais plusieurs n’offrent pas la flexibilité nécessaire pour permettre aux familles d’aider leurs enfants sans délaisser les autres responsabilités familiales et professionnelles. Souvent, l’offre de services en santé mentale convient plutôt mal à l’horaire des enfants d’âge scolaire, et les absences répétées pour assister régulièrement à des rendez-vous en clinique risquent d’entraver le rendement scolaire des enfants ou encore leurs relations sociales avec les amis et les pairs.

Pour plusieurs parents, il est parfois difficile, voire impossible, de s’absenter du travail pour accompagner leur enfant à un rendez-vous en personne, soit parce que leur milieu de travail n’offre pas une telle flexibilité, soit en raison des conséquences financières pour la famille. En effet, près de 70 % des familles comptant un couple avec au moins un enfant de moins de 16 ans sont des familles à deux revenus. Dans près des trois quarts de ces couples, les deux parents travaillent à temps plein3Sharanjit Uppal. « Profils d’emploi des familles avec enfants » dans Regards sur la société canadienne (24 juin 2015), no 75-006-X au catalogue de Statistique Canada, http://bit.ly/2dqiuZH.. Dès lors, les absences pour assister à de tels rendez-vous se font particulièrement sentir dans certaines familles monoparentales. Chez les familles des militaires, compte tenu des déploiements et de l’importante mobilité, la flexibilité devient un facteur primordial pour assurer le soutien nécessaire aux enfants.

Strongest Families Institute : la famille au cœur des services en santé mentale

Fondé en 2011, le Strongest Families Institute (SFI) est un organisme sans but lucratif qui fournit du soutien en santé mentale auprès des enfants selon leurs besoins particuliers et ceux de leur famille, et ce, en utilisant une approche flexible, éprouvée en clinique et exempte de préjugés. Fondés sur les conclusions de six années d’études au Centre de recherche en santé familiale du IWK Health Centre à Halifax (Nouvelle-Écosse), les programmes et modules du SFI sont désormais accessibles dans l’ensemble du pays. Les services du SFI ont été reconnus à l’échelle nationale au titre des avantages sociaux par la Commission de la santé mentale du Canada (en 2012), et le SFI s’est vu décerner le Prix principal Encana de la Fondation des Prix Ernest C. Manning (en 2013).

Les programmes du SFI sont axés sur la famille, dans le cadre d’une approche favorisant la participation directe des membres de la famille tout au long du processus. De fait, la famille joue un rôle souvent très important dans la qualité des soins en santé mentale puisqu’elle bénéficie d’un point de vue privilégié vis-à-vis de la condition particulière de l’enfant, ce qui lui permet d’offrir une précieuse rétroaction aux fournisseurs de services pendant le processus d’accompagnement.

Favoriser la résilience par le transfert de compétences… à distance

Les programmes du SFI misent sur l’apprentissage basé sur les compétences, où les diverses compétences favorisant la santé mentale et la résilience sont transmises par l’entremise de modules éducatifs axés sur la psychologie, afin d’aider les familles à gérer les difficultés qui sont liées soit à des problèmes comportementaux (ex. : refus d’écouter, irritabilité, accès de colère, agressivité, déficience de l’attention, hyperactivité), soit à l’anxiété (ex. : angoisse de séparation, craintes généralisées, sociales ou spécifiques).

Le SFI privilégie une méthode unique d’accompagnement à distance, en misant sur les technologies pour soutenir directement les familles par téléphone ou par Internet, dans le confort, l’intimité et la convivialité de leur foyer4Patricia Lingley-Pottie et Patrick J. McGrath (2008). « Telehealth: A Child-Friendly Approach to Mental Health Care Reform » dans Journal of Telemedicine and Telecare, vol. 14, p. 225–226, doi:10.1258/jtt.2008.008001.. Des études ont montré que l’accompagnement à distance peut engendrer d’importantes améliorations pour les enfants ayant reçu un diagnostic lié à l’anxiété ou ayant un comportement perturbateur5Patrick J. McGrath et autres (2011). « Telephone-Based Mental Health Interventions for Child Disruptive Behavior or Anxiety Disorders: Randomized Trials and Overall Analysis » dans Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, vol. 50, no 11, p. 1162–1172, doi:10.1016/j.jaac.2011.07.013..

« Mon accompagnateur m’a fait découvrir plusieurs compétences fort utiles, particulièrement dans le contexte de la vie de famille toujours changeante des militaires. Il nous a aidés à affronter plusieurs difficultés. Mon enfant est devenu plus patient et plus accessible. Il a appris à contenir son stress quand son père s’absente (en déploiement). À l’école, ses notes et son comportement s’améliorent aussi. Les épisodes se font plus rares, et les enseignants l’ont aussi remarqué. »

– Parent d’un enfant de 9 ans inscrit au programme pour enfants actifs (comportemental)

Plusieurs irritants associés à la stigmatisation sont éliminés du fait que l’apprentissage intervient au foyer familial plutôt qu’en milieu clinique. À l’aide de documents et de vidéos d’apprentissage des compétences (sous forme de guides pratiques ou via des plateformes en ligne intelligentes), les familles acquièrent une nouvelle compétence chaque semaine, qu’elles sont invitées à mettre en pratique dans leurs activités quotidiennes.

Le programme « Être parent d’un enfant actif » du SFI est axé sur le comportement de l’enfant de 3 à 12 ans. Les parents et leur enfant cheminent conjointement et définissent un plan structuré pour mieux affronter des difficultés auxquelles l’enfant pourrait être confronté dans le cadre de ses activités ou à divers moments. Par exemple, parents et enfants pourront concevoir ensemble une stratégie fondée sur les compétences du programme pour s’assurer du bon déroulement d’une éventuelle sortie, comme faire l’épicerie ou effectuer un long trajet en voiture. En fonction de cette approche simple, mais structurée et orientée, les parents collaborent avec leur enfant et leur accompagnateur pour favoriser un comportement donné et récompenser la réussite.

Le programme « Se débarrasser de ses inquiétudes » du SFI est destiné aux 6 à 17 ans. Cette initiative aide la famille à acquérir des compétences pratiques pour faire face aux inquiétudes de la vie courante, comme l’angoisse de séparation, les difficultés liées au rendement, l’anxiété sociale et certaines peurs souvent associées à la vie militaire. Enfin, le SFI propose aussi un programme pour enfants de 5 à 12 afin de les aider à surmonter l’énurésie (« Nuits sèches à venir »).

Des accompagnateurs pour assurer le suivi et la stabilité du processus

Du début à la fin, des accompagnateurs encadrés et très qualifiés assument la prestation des programmes du SFI auprès des enfants et des familles. À partir de protocoles définis, les accompagnateurs procèdent à des réunions téléphoniques structurées pour faire le point sur la documentation que la famille a reçue. Au cours de chaque séance, l’accompagnateur revient sur la compétence mise en pratique au cours de la semaine et recourt à diverses stratégies éprouvées qui font appel à ces compétences (comme les jeux de rôle ou le modelage verbal) pour ensuite évaluer les progrès.

Peu importe la situation géographique ou les déménagements successifs, les horaires flexibles et personnalisables se plient aux contraintes familiales. L’approche axée sur la flexibilité et l’accompagnement à distance s’avère particulièrement précieuse pour les familles des militaires puisqu’elle contourne plusieurs des défis de l’éloignement géographique, évitant ainsi toute brisure dans le continuum de soins. En outre, les accompagnateurs aident les familles à planifier les changements résultant d’une réaffectation, et demeurent accessibles durant et après la transition, afin de favoriser le maintien des compétences. Lorsque surviennent des changements plus déstabilisants, comme un transfert d’école ou de garderie, cette forme de planification permet de mieux encadrer les familles.

Pour la famille qui déménage, quelle que soit la destination, l’accompagnateur demeure une ressource familière et centrale. Les accompagnateurs possèdent des connaissances approfondies en littératie militaire, qui concernent la capacité de comprendre la réalité unique des familles des militaires ainsi que les « facteurs de stress de la vie militaire » auxquels elles sont éventuellement confrontées, comme l’importante mobilité, les risques ainsi que l’éloignement prolongé ou imprévisible. Dans un tel contexte, les soins et le soutien sont personnalisés en fonction des réalités et des besoins de chaque famille.

« Le programme m’a beaucoup aidé, surtout en ce qui concerne l’anxiété en général. Il reste encore des choses à régler, mais l’anxiété est devenue moins préoccupante dans mon cas. Sur le plan social ou en ce qui a trait à l’autonomie, j’accomplis des choses que je n’aurais pas osé faire avant. Le stress lié à l’école s’est passablement amélioré aussi. Je me suis concentré sur ces aspects-là et on a réussi à réduire le stress. »

– Participant de 16 ans au programme Se débarrasser de ses inquiétudes (anxiété)

 

Les programmes du SFI se sont révélés fructueux comme en témoigne le degré de satisfaction des familles. Grâce à des tests rigoureux et à des contrôles aléatoires, on a constaté des résultats positifs dont les effets perduraient encore jusqu’à un an après les services, qu’il s’agisse de cas légers ou modérés. Les programmes ont obtenu un taux de réussite de 85 % ou plus, relativement à la résolution des problèmes de l’enfant, et le taux d’abandon se situait sous la barre des 10 %. Selon les données obtenues, ces interventions contribuent largement à consolider les relations familiales, à améliorer le moral et le niveau de stress des parents, et à favoriser le rendement scolaire de l’enfant.

Apprentissage transférable : des mesures de soutien flexibles qui tiennent compte de la diversité et de l’unicité des familles

Les familles et leurs enfants sont uniques. Par conséquent, il n’existe aucune solution « toute faite » pour favoriser la santé mentale et encadrer les troubles comportementaux ou neurodéveloppementaux. La flexibilité et l’accessibilité qui caractérisent les programmes du SFI sont susceptibles d’accroître le recours aux mesures de soutien en santé mentale et d’en augmenter l’efficacité, puisque les familles ont alors accès à des services hors du cadre clinique, sans contraintes d’horaire. Le principe d’accompagnement à distance et l’approche de soutien continu auprès des familles, notamment dans le cadre de conversations téléphoniques structurées avec les accompagnateurs, procurent aux familles qui collaborent avec le SFI l’accès à des soins flexibles, efficaces et respectueux de leur vécu et de leur réalité.


À propos de Strongest Families Institute

Strongest Families Institute (SFI) est un organisme national sans but lucratif offrant des programmes d’accompagnement à distance fondés sur l’expérience clinique, à l’intention des enfants et des familles confrontés à des problèmes qui minent leur santé mentale et leur bien-être. Fondé en 2011, le SFI mise sur les technologies, la recherche et une équipe d’intervenants très qualifiés pour fournir aux familles divers services adaptés à leur horaire et leur lieu de résidence.

Au fil des ans, le SFI a conclu de nombreux partenariats en vue d’améliorer sa prestation de services. Certaines de ces collaborations ont permis d’améliorer l’offre de services aux familles des militaires et des vétérans, notamment dans le cadre de partenariats avec les Services aux familles des militaires (Ottawa), la Fondation « True Patriot Love » (« Cause pour la cause » de Bell), ainsi que dans le cadre d’un projet concerté avec l’ICRSMV.

Pour en savoir davantage au sujet du Strongest Families Institute, visitez le site Web de l’organisme ou consultez la page Les familles des militaires et des vétérans au Canada : collaborations et partenariats sur le site de l’Institut Vanier.

Pour communiquer avec le Strongest Families Institute, veuillez composer le 1-866-470-7111, ou écrire par courriel à : info@strongestfamilies.com. Le SFI est aussi présent sur Facebook et Twitter.



Publié le mardi 27 septembre 2016

 

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Notes   [ + ]

1. Ann Douglas (2015). Parenting Through the Storm, Toronto, HarperCollins.
2. Heidi Cramm et autres. « L’état actuel de la recherche sur les familles des militaires » dans Transition (19 janvier 2016), http://bit.ly/20IAr8u.
3. Sharanjit Uppal. « Profils d’emploi des familles avec enfants » dans Regards sur la société canadienne (24 juin 2015), no 75-006-X au catalogue de Statistique Canada, http://bit.ly/2dqiuZH.
4. Patricia Lingley-Pottie et Patrick J. McGrath (2008). « Telehealth: A Child-Friendly Approach to Mental Health Care Reform » dans Journal of Telemedicine and Telecare, vol. 14, p. 225–226, doi:10.1258/jtt.2008.008001.
5. Patrick J. McGrath et autres (2011). « Telephone-Based Mental Health Interventions for Child Disruptive Behavior or Anxiety Disorders: Randomized Trials and Overall Analysis » dans Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, vol. 50, no 11, p. 1162–1172, doi:10.1016/j.jaac.2011.07.013.