Perspectives – L’anxiété de performance scolaire du point de vue de l’étudiant

Shweta Govilkar

Voici comment ça se passe bien souvent… À mon arrivée en classe de géométrie, je me sens à l’aise et confiante. Or, dès que commence la distribution des examens, voilà encore cet étau qui serre mon estomac. « Ça ira, ça ira… », me dit cette petite voix intérieure. Pourquoi s’inquiéter? J’ai bien étudié, j’ai fait tous mes devoirs et j’ai été attentive en classe. « Respire bien, ça ira. » Pourtant, en remettant l’examen, je suis assaillie par le doute. Et cette nausée qui revient…

Il me fallait absolument trouver le moyen de contrer cette anxiété récurrente à chacun de mes examens de mathématiques. J’ai fouillé sur le Web pour mieux comprendre le phénomène et pour trouver des moyens de mieux gérer cette anxiété. Au fil de mes recherches, la réponse s’est imposée : je souffrais d’anxiété de performance scolaire. J’en avais déjà entendu parler, mais sans y accorder une attention particulière. Cependant, maintenant que j’étais directement concernée, il ne faisait aucun doute qu’il fallait me renseigner davantage sur cette forme d’anxiété et sur les moyens d’y remédier. Et voilà qu’en peu de temps, mes notes sont passées d’environ 70 % ou 80 % à plus de 90 %. Je me suis alors posé la question suivante : si le contrôle de l’anxiété avait pu m’aider moi, combien d’autres étudiants pourraient aussi en bénéficier?

Selon le British Journal of Psychology, l’anxiété de performance scolaire est une réaction physiologique qui se manifeste chez le sujet sous forme de stress, d’anxiété et d’inconfort, avant ou pendant une épreuve d’examen1Bernice Andrews et John M. Wilding, « The Relation of Depression and Anxiety to Life-stress and Achievement in Students » dans British Journal of Psychology, vol. 95, no 4 (novembre 2004). DOI:10.1348/0007126042369802. Nausées, maux de tête, mains moites et « boule dans l’estomac » figurent parmi les symptômes fréquents. Par ailleurs, le niveau de stress élevé peut aussi affaiblir le système immunitaire de l’étudiant, qui est alors plus sujet aux rhumes ou à d’autres maladies ou infections. Dans certains cas plus graves, l’anxiété peut même causer une crise de panique.

Les statistiques montrent que l’anxiété de performance scolaire touche environ 12 % des Canadiens et 30 % des Américains, mais il ne s’agit que des cas répertoriés : l’anxiété de performance scolaire n’est pas toujours facilement identifiable.

Les statistiques montrent que l’anxiété de performance scolaire touche environ 12 % des Canadiens et 30 % des Américains2Agence de la santé publique du Canada, « Troubles anxieux » dans Rapport sur les maladies mentales au Canada (octobre 2002). http://bit.ly/2nMktwV, mais il ne s’agit que des cas répertoriés : l’anxiété de performance scolaire n’est pas toujours facilement identifiable. Selon les études, cette forme d’anxiété amputerait les résultats scolaires d’au moins 10 %3Gregory J. Cizek et Samantha S. Burg, Addressing Test Anxiety in a High-Stakes Environment: Strategies for Classrooms and Schools, Chapel Hill, NC Corwin Press (2006)., soit suffisamment pour passer d’un A à un B.

J’ai donc décidé d’aborder la question avec mon conseiller en milieu scolaire pour voir comment sensibiliser la population étudiante à ce sujet. À la suite de cet entretien, j’ai voulu savoir à quel point cette situation touchait également mes camarades. Au fil de mes recherches, j’ai découvert un outil intéressant, soit le questionnaire « Nist et Diehl » qui permet de déterminer si une personne souffre d’anxiété de performance scolaire. Le questionnaire comporte une dizaine de questions portant sur la fréquence des symptômes du point de vue de l’étudiant (sur une échelle de Likert allant de 1 – jamais à 5 – toujours). Une fois tous les résultats additionnés, une note de 35 ou plus indique une tendance à l’anxiété de performance scolaire. Parmi la centaine de camarades que j’ai interrogés, 62 % manifestaient des symptômes d’anxiété de performance scolaire (tous genres et groupes socioéconomiques ou culturels confondus). Par conséquent, j’ai voulu savoir quelles étaient les causes exactes de cette forme d’anxiété.

Ceux qui fréquentent des étudiants du secondaire savent à quel point leur horaire est bien rempli. L’augmentation du nombre d’examens normalisés ne fait qu’accroître leur charge de travail. À cet égard, des études ont montré que la multiplication des examens normalisés au fil des ans contribue à accroître le niveau de stress, parfois au détriment de la santé mentale4Paul Heiser et autres, Anxious for Success: High Anxiety in New York’s Schools (novembre 2015). http://bit.ly/2nebCz5. D’après une étude de l’organisme Council of Great City Schools, « l’étudiant moyen dans les écoles publiques des grands centres urbains aux États-Unis est contraint de passer quelque 112 examens normalisés obligatoires de la prématernelle jusqu’à la fin de la 12e année, soit huit par année en moyenne » [traduction]. Ces tests représentent de 20 à 25 heures de classe par année scolaire5Ray Hart et autres, Student Testing in America’s Great City Schools: An Inventory and Preliminary Analysis (octobre 2015). http://bit.ly/1S4LyQZ. Au Canada, les examens normalisés sont moins fréquents (on parle de trois à cinq examens de ce genre entre la 3e et la 12e année6Arlo Kempf, The Pedagogy of Standardized Testing: The Radical Impacts of Educational Standardization in the US and Canada, Springer (2016)., mais ils ne font pas l’unanimité et représentent une importante source de stress et d’anxiété pour les étudiants7Valerie Campbell, « Quelle est la valeur des examens normalisés? » dans Les faits en éducation, Association canadienne d’éducation et Université de l’Île-du-Prince-Édouard (février 2014). http://bit.ly/2oePAwH.

Outre les examens normalisés, les étudiants sont aussi confrontés à un éventail de tests dans le cadre des différents modules d’apprentissage dans chaque matière. Bien entendu, ils n’ont aucun ascendant sur le nombre d’épreuves à passer, mais ils peuvent néanmoins privilégier certaines habitudes dans la préparation aux examens et acquérir diverses compétences utiles en cours d’épreuve pour réduire l’anxiété. Par exemple, définir un plan d’études – et s’y tenir – permet d’éviter le fameux « manque de temps », qui peut mener ou contribuer à l’anxiété.

Il existe des mesures de soutien et diverses pratiques fondées sur des données probantes qui sont susceptibles de favoriser la santé mentale et le bien-être des étudiants. En effet, des études ont montré l’efficacité de certaines techniques pour mieux gérer l’anxiété de performance scolaire, notamment le yoga et différents exercices de respiration8Azadeh Nemati, « The Effect of Pranayama on Test Anxiety and Test Performance » dans International Journal of Yoga, vol. 6, no 1 (janvier-juin 2013). http://bit.ly/2mM4auX. Les étudiants anxieux bénéficieront aussi de l’accompagnement des membres de leur famille. Parce que c’est aussi un travail d’équipe : enseignants, camarades, conseillers, amis et proches ont tous leur rôle à jouer, chacun à leur façon, pour offrir du renforcement positif et transmettre les compétences utiles pour gérer l’anxiété.

Il arrive à tout le monde, un jour ou l’autre, de se sentir complètement dépassé par une situation quelconque. Gérer l’anxiété n’est certainement pas chose facile, mais lorsqu’on y parvient, les bénéfices sont manifestes. Si l’anxiété de performance scolaire est un problème répandu, il n’est pas insurmontable. En effet, le rendement scolaire peut s’en ressentir, mais les étudiants qui sont bien conscientisés, qui ont accès à des mesures de soutien et qui mettent en pratique diverses techniques éprouvées pourront faire fructifier leur plein potentiel.


Shweta Govilkar étudie actuellement en 11e année (5e secondaire) et envisage une formation universitaire en psychologie.

Téléchargez cet article en format PDF.

Publié le 2 mai 2017

image_print

Notes   [ + ]

1. Bernice Andrews et John M. Wilding, « The Relation of Depression and Anxiety to Life-stress and Achievement in Students » dans British Journal of Psychology, vol. 95, no 4 (novembre 2004). DOI:10.1348/0007126042369802
2. Agence de la santé publique du Canada, « Troubles anxieux » dans Rapport sur les maladies mentales au Canada (octobre 2002). http://bit.ly/2nMktwV
3. Gregory J. Cizek et Samantha S. Burg, Addressing Test Anxiety in a High-Stakes Environment: Strategies for Classrooms and Schools, Chapel Hill, NC Corwin Press (2006).
4. Paul Heiser et autres, Anxious for Success: High Anxiety in New York’s Schools (novembre 2015). http://bit.ly/2nebCz5
5. Ray Hart et autres, Student Testing in America’s Great City Schools: An Inventory and Preliminary Analysis (octobre 2015). http://bit.ly/1S4LyQZ
6. Arlo Kempf, The Pedagogy of Standardized Testing: The Radical Impacts of Educational Standardization in the US and Canada, Springer (2016).
7. Valerie Campbell, « Quelle est la valeur des examens normalisés? » dans Les faits en éducation, Association canadienne d’éducation et Université de l’Île-du-Prince-Édouard (février 2014). http://bit.ly/2oePAwH
8. Azadeh Nemati, « The Effect of Pranayama on Test Anxiety and Test Performance » dans International Journal of Yoga, vol. 6, no 1 (janvier-juin 2013). http://bit.ly/2mM4auX

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.