Budget de la famille : placer de l’argent dans l’éducation

Stacy Yanchuk Oleksy et Nathan Battams

(Mise à jour : 20 novembre 2017)

Les décisions qui concernent l’éducation postsecondaire peuvent avoir des incidences importantes dans la vie des jeunes adultes et de leur famille. S’il est vrai qu’un diplôme peut ouvrir des portes vers le monde de l’emploi et, par conséquent, vers la possibilité de revenus plus élevés, il faut reconnaître que l’éducation supérieure n’est pas donnée! En effet, les droits de scolarité augmentent plus rapidement que l’inflation, et à cela s’ajoutent de multiples dépenses auxquelles doivent faire face les étudiants, comme le coût du logement, du transport et de l’épicerie. Dès lors, les jeunes Canadiens auront tendance à considérer surtout les difficultés immédiates que suppose le coût de l’éducation postsecondaire, plutôt que les gains à long terme associés à l’obtention d’un diplôme, et ce, malgré l’offre de programmes de prêts étudiants pour favoriser les études. La plupart des jeunes qui souhaitent s’inscrire à un programme ou poursuivre leurs études se tournent d’abord (ou dès que l’argent vient à manquer) vers leurs familles, lesquelles savent alors se montrer très créatives pour les soutenir par divers moyens.

L’éducation postsecondaire est un placement pour la famille

On considère généralement que les études postsecondaires sont un placement valable, mais le rendement sur le capital investi repose sur une gestion serrée des coûts qui y sont associés. Selon Statistique Canada, les étudiants universitaires inscrits au premier cycle ont déboursé en moyenne près de 6 600 $ pour l’année universitaire 2017–2018, soit presque trois fois plus que ce qu’auraient payé leurs parents dans les années 70. Et la facture augmente rapidement lorsque s’y ajoutent les autres dépenses qui incombent aux étudiants. Selon l’Enquête nationale auprès des diplômés, la moitié des finissants des programmes de baccalauréat se retrouvent endettés au terme de leurs études, et leur dette moyenne à l’obtention du diplôme s’élève à 26 000 $. Chez les étudiants de programmes collégiaux, le taux de finissants endettés est à peine moins élevé (43 %), et ceux-ci ont cumulé une dette moyenne de 15 000 $ au terme de leurs études.

Bon nombre d’étudiants travaillent donc à plein temps ou à temps partiel pour générer des revenus afin de faire face aux dépenses, et ces gains s’ajoutent éventuellement aux prêts étudiants ou à l’aide financière de leur famille. Toutefois, le travail risque aussi d’entraver le parcours d’études et de nuire aux études en soi. Plusieurs étudiants se tournent dès lors vers leur famille pour obtenir de l’aide financière relativement à leurs études. La nature et l’importance de ce soutien dépendent alors du contexte familial et de la situation financière de la famille, ainsi que de l’approche et des croyances qui prévalent au sein de la famille quant au rôle de chacun dans le financement des études postsecondaires.

Certaines familles disposent des moyens nécessaires pour financer entièrement les études, d’autres seulement en partie, et certaines n’ont tout simplement pas la possibilité d’offrir une aide financière. Ces différents scénarios influent sur le budget de l’étudiant, sur les stratégies de gestion financière, ainsi que sur les relations familiales. En s’intéressant aux liens entre les aspirations des étudiants et l’aide financière qu’ils reçoivent de leur famille, on peut mieux cerner les facteurs complexes qui entourent la question du budget de la famille et des diverses formes de soutien familial.

Pour faire face au coût des études, les étudiants qui ne bénéficient pas de l’aide de leur famille auront généralement besoin d’un prêt étudiant ou d’un accès facile au crédit étudiant. D’ailleurs, cette situation se produit souvent même si l’étudiant peut compter sur le soutien financier de sa famille. Dans certains cas, les étudiants choisissent d’occuper un emploi à temps partiel pendant leurs études postsecondaires pour payer une partie des coûts, mais la tâche n’est pas toujours facile : ces étudiants doivent trouver le juste équilibre entre leurs obligations scolaires, d’une part, et leurs responsabilités au travail, d’autre part. D’ailleurs, certains étudiants sollicitent un prolongement de la durée de leur programme afin de gagner suffisamment d’argent pour payer les dépenses.

Le soutien de la famille : une situation répandue

Le coût des études ainsi que les autres dépenses associées à l’éducation postsecondaire sont entièrement pris en charge dans certaines familles, soit grâce aux revenus familiaux ou encore par l’entremise de stratégies d’épargne à long terme. Selon Statistique Canada, près des trois quarts (68 %) des Canadiens de 17 ans ou plus pouvaient compter, en 2013, sur des sommes épargnées en prévision des études collégiales ou universitaires.

À cet égard, les régimes enregistrés d’épargne-études (REEE) représentaient l’option la plus répandue en matière d’épargne pour l’éducation. En 2013, 77 % des étudiants qui avaient accès à des épargnes pour leurs études étaient bénéficiaires d’un REEE (par rapport à 69 % en 2008). Le niveau d’éducation des parents teinte souvent leurs habitudes d’épargne et leurs propres attentes à l’endroit de leurs enfants en matière d’éducation postsecondaire. En effet, parmi les enfants dont les parents avaient au mieux un diplôme d’études secondaires, à peine un peu plus de la moitié (52 %) pouvaient compter sur des épargnes pour étudier, comparativement à 78 % parmi les enfants dont les parents étaient titulaires d’un diplôme universitaire. Par ailleurs, on ne sera pas étonné d’apprendre que le revenu familial joue également un rôle important : en 2013, au sein des ménages dont le revenu annuel était inférieur à 30 000 $, seulement 44 % des enfants pouvaient compter sur l’épargne de leurs parents en vue de leurs études, comparativement à 82 % chez les enfants vivant dans un ménage dont le revenu était supérieur à 100 000 $.

Du reste, même si elles le souhaiteraient, plusieurs familles n’ont pas la possibilité de payer entièrement le coût des études postsecondaires de leurs enfants avec leurs revenus ou par l’entremise d’un REEE. Pour réduire leur fardeau financier, les étudiants peuvent alors s’en remettre à une gestion budgétaire serrée, mais il va sans dire que cette option demeure viable tant qu’il reste de quoi se nourrir et se loger. Dans certains cas, pour aider l’étudiant à assumer les coûts associés aux études, les parents proposent de se porter caution dans le dossier de crédit de leurs enfants (ex. : prêts, marges de crédit, cartes de crédit). Il s’agit toutefois d’une option qui n’est pas sans risque, puisque le cosignataire se porte alors garant de la dette totale dans l’éventualité où l’étudiant négligerait de payer ses versements, même si ce dernier déclare faillite.

Soutien financier de la famille : des enjeux complexes

Le budget de la famille est une affaire complexe, et les familles savent recourir à divers moyens pour soutenir leurs membres quand les ressources financières sont limitées. Lorsqu’un étudiant fréquente un établissement postsecondaire à proximité du domicile familial (ou d’un membre de la famille élargie), le soutien consiste bien souvent à lui offrir gratuitement le gîte et le couvert pendant l’année scolaire, ce dernier étant tenu (ou non) d’assumer les autres coûts, comme les manuels, les droits de scolarité et peut-être l’épicerie. Le coût de la vie et des études ayant augmenté au cours des trois dernières décennies, la proportion des jeunes Canadiens de 20 à 24 ans qui vivent toujours au domicile parental a également grimpé, passant de 42 % en 1981 à 59 % en 2011.

Dans certains cas, les étudiants bénéficient par ailleurs d’une aide familiale autre que financière, et ce, même s’ils n’habitent pas au domicile familial. Ainsi, plusieurs étudiants en profitent pour faire leur lessive ou prendre quelques repas chez leurs parents lorsqu’ils leur rendent visite, ce qui leur permet d’économiser un peu d’argent tout en entretenant les liens avec leur famille. À leur tour, les parents qui rendent visite à leurs enfants en cours d’année d’études en profitent parfois pour leur apporter de menus articles ou encore des meubles, ou pour leur donner des conseils pour économiser.

Le soutien influe sur le budget de la famille et sur les relations familiales

Certains parents doivent faire d’importants sacrifices sur le plan financier pour aider leurs enfants, et vont parfois jusqu’à délaisser leurs propres aspirations. Dans une étude de Léger Marketing réalisée en 2013 pour le compte de la CIBC, on a établi que 33 % des parents ayant des enfants de moins de 25 ans avaient contracté des dettes supplémentaires en lien avec l’éducation de leurs enfants, et que 36 % d’entre eux s’attendaient par conséquent à devoir repousser l’âge de leur propre retraite. La plupart des parents sont très heureux de prêter ainsi assistance à leurs enfants, mais il n’en demeure pas moins que cette aide risque d’entraver leurs projets.

D’ailleurs, des tensions peuvent survenir entre les parents et leurs enfants aux études lorsque les effets du soutien financier se répercutent sur le reste du ménage. Les parents qui fournissent une aide financière directe qu’ils n’avaient pas prévue à long terme doivent parfois reléguer leurs propres aspirations au second plan (comme la retraite). En outre, l’étudiant qui vit toujours au domicile parental pour réduire ses coûts (ou qui choisit d’y revenir pour les mêmes motifs) risque de bousculer les relations qu’entretiennent les autres habitants du ménage, particulièrement si la situation prend une tournure plus ou moins imprévue. Enfin, on peut penser qu’une sorte de culpabilité puisse se manifester chez l’étudiant, qui ressent le poids psychologique des attentes de ses parents sur le plan des études en contrepartie du soutien parental dont il bénéficie.

De même, le fait que les parents participent financièrement aux dépenses liées aux études postsecondaires peut exercer une certaine pression sur l’étudiant quant à ses études, à l’obtention du diplôme, et même à sa présence aux cours. L’étudiant n’est plus seulement redevable à lui-même en matière d’éducation, mais il doit aussi rendre des comptes à sa famille, d’une certaine manière. Il s’agit là d’une éventualité qui peut causer des tensions entre l’étudiant et sa famille. Du reste, l’absence d’une véritable autonomie peut miner l’atteinte de ses objectifs et l’empêcher d’expérimenter les aléas de la prise de décisions auxquels tout adulte est confronté un jour ou l’autre.

Le soutien de la famille : un facteur d’une importance inestimable

Malgré les tensions et les pressions financières souvent associées au coût de l’éducation, les familles savent faire preuve d’une grande capacité d’adaptation, de résilience et de débrouillardise. Tous les parents souhaitent que leurs enfants réussissent. Il importe que les parents communiquent et manifestent clairement leurs attentes envers leurs enfants, et leur donnent aussi la chance de prendre eux-mêmes en main leurs nouvelles responsabilités sur le plan financier et en ce qui a trait aux études.

De fait, le rôle de la famille est loin de se limiter à fournir des ressources financières lorsqu’il est question d’études postsecondaires : elle soutient l’étudiant sur le plan socioaffectif, l’incite à progresser et à apprendre de ses erreurs et des défis à relever, et l’appuie sans réserve au moment d’amorcer une carrière stimulante. Voilà des bienfaits pour lesquels l’argent ne peut pas grand-chose…

 


Stacy Yanchuk Oleksy est directrice de l’éducation et des activités de sensibilisation communautaire au sein de la Credit Counselling Society. Nathan Battams est auteur et chercheur au sein de l’Institut Vanier de la famille.

RESSOURCES

Statistique Canada, « Frais de scolarité pour les programmes menant à un grade, 2017-2018 » dans Le Quotidien (6 septembre 2017). (Page consultée le 20 novembre 2017) http://bit.ly/2fbv3Hn

Nicole M. Fortin, « Rising Tuition and Supply Constraints: Explaining Canada–U.S. Differences in University Enrollment Rates » dans Higher Education in Canada (2005). (Page consultée le 21 juillet 2015) http://bit.ly/1LAt89g

Statistique Canada, Enquête nationale auprès des diplômés, dettes d’études de toutes les sources, selon la province et le niveau d’études aux 5 ans (pourcentage sauf indication contraire) (tableau 477-0068). (Page consultée le 20 juillet 2015) http://bit.ly/1MCn6qn

Statistique Canada, « Enquête sur les approches en matière de planification des études, 2013 » dans Le Quotidien (29 octobre 2014). (Page consultée le 20 novembre 2014) http://bit.ly/1KEzDJu

Statistique Canada, « La situation des jeunes adultes âgés de 20 à 29 ans dans les ménages » dans Produits analytiques du Recensement, no 98-312-X-2011003 au catalogue de Statistique Canada (septembre 2012). (Page consultée le 4 décembre 2013) http://bit.ly/1hYlic2

CIBC/Leger Marketing, Sondage de la Banque CIBC : Les parents repoussent leur départ à la retraite et s’endettent pour aider leurs enfants à payer leurs études (août 2013). (Page consultée le 20 novembre 2014) http://bit.ly/1guiMwq

image_print

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les courriels indésirables. Découvrez comment les données sont traitées (en anglais seul.).