The Importance of Being Little: What Preschoolers Really Need from Grownups

Erika Christakis
New York (NY), Penguin, 2016

[En anglais seulement – L’importance de la tendre enfance : que faut-il transmettre aux tout-petits?]

Dans un monde complexe et concurrentiel, les parents sont souvent confrontés à des pressions de plus en plus importantes pour préparer leurs enfants à réussir dans la vie, et ce, dès leur jeune âge. Certains programmes préscolaires proposent des cadres d’apprentissage structurés pour permettre à l’enfant de préparer adéquatement son entrée en maternelle. Toutefois, la recherche actuelle et la nature de certains programmes qu’endossent plusieurs éducateurs et éducatrices de la petite enfance tendent à montrer qu’un tel « apprentissage programmé » serait incompatible avec les capacités naturelles d’apprentissage et de croissance chez l’enfant, allant même à l’encontre de son développement optimal. Il en ressort qu’il vaudrait mieux axer les objectifs d’apprentissage sur le développement sociocomportemental de l’enfant en misant sur le volet ludique et les interactions avec ses pairs, plutôt que d’insister sur sa préparation à l’école.

Dans son livre intitulé The Importance of Being Little: What Preschoolers Really Need from Grownups, l’éducatrice accréditée et ancienne chargée de cours de l’Université Yale, Erika Christakis, s’intéresse aux besoins en matière d’éducation à la petite enfance en privilégiant une démarche axée sur les forces et propose une évaluation critique des approches modernes dans ce domaine.

Selon Mme Christakis, l’approche systémique souffre des ressources limitées dans le domaine de l’éducation à la petite enfance et, par conséquent, ne permet pas de répondre efficacement aux besoins particuliers de l’enfant. La taille des groupes constitue l’un des facteurs à cet égard : plus la classe est nombreuse, plus il est difficile pour l’éducateur ou l’éducatrice d’interagir personnellement avec l’enfant et de cibler ses forces individuelles. Mme Christakis soutient qu’il suffirait pourtant d’une demi-journée de services éducatifs de qualité pour obtenir un rendement optimal au bénéfice de la collectivité. Elle plaide vivement en faveur de milieux favorables à l’apprentissage pour les enfants d’âge préscolaire, c’est-à-dire dans un contexte où l’on mise sur l’intelligence de l’enfant.

L’ouvrage de Mme Christakis est donc axé sur les besoins de l’enfant en tenant compte des stresseurs socio-économiques qui touchent les familles. Les enfants apprennent par les arts, le jeu et les interactions libres avec les autres. D’après l’auteure, inviter l’enfant à expliquer ce qu’il fait favorise l’apprentissage par les échanges, ce qui lui permet de se reconnaître des intérêts particuliers tout en utilisant son raisonnement pour élargir ses perspectives. Selon elle, il faut apprendre à connaître personnellement l’enfant pour favoriser l’apprentissage naturel chez lui.

En misant sur diverses études de même que sur ses propres constatations, Mme Christakis s’intéresse aux facteurs de motivation qui favorisent l’apprentissage chez les enfants d’âge préscolaire, et ce, dans divers contextes. L’ouvrage The Importance of Being Little propose une analyse critique de l’éducation de la petite enfance, parsemée de récits liés au parcours professionnel et personnel de l’auteure auprès des enfants. Mme Christakis pense qu’il faut tenir compte de l’intelligence de chaque enfant en fonction de son spectre d’aptitudes, et ce, même si ce dernier ne manifeste pas les compétences généralement associées à tel ou tel stade du développement. Elle montre clairement que la capacité d’apprendre est innée chez le jeune enfant, et que le contexte dans lequel il évolue peut stimuler chez lui l’acquisition d’une pensée critique et susciter une responsabilité participative dans sa propre éducation.

L’intérêt de l’auteure envers les « petits apprenants » s’exprime en toute transparence et humilité. Sa passion est authentique, son discours est inspirant, et ses récits familiers et uniques mettent en relief ce qu’il y a de prodigieux dans la manière d’être de l’enfant. Même si elle critique certaines approches en matière d’éducation, Mme Christakis aborde tous les sujets avec un optimisme fondé sur sa propre conviction, c’est-à-dire que les enfants sont des « scientifiques intuitifs » et des « philosophes de salon ».

Le point de vue exprimé par Erika Christakis saura conforter les parents qui s’inquiètent de l’excentricité ou de la singularité de leurs enfants, lesquelles sont souvent la manifestation d’un sain développement chez l’enfant. Elle affirme que « l’amour et l’apprentissage sont complémentaires » chez le jeune apprenant [traduction]. Les constatations de Mme Christakis portent généralement sur le système éducatif américain, mais s’avèrent certainement pertinentes dans une perspective internationale en matière d’éducation à la petite enfance et à la maternelle. En somme, The Importance of Being Little est un ouvrage utile pour les parents de tout-petits et d’enfants d’âge préscolaire, ainsi que pour les travailleurs et travailleuses en service de garde, les éducateurs et éducatrices à la petite enfance, les étudiants de même que tous les intervenants qui s’intéressent de près ou de loin à l’éducation à la petite enfance.

Monique Veselovsky a rédigé ce compte rendu.


Monique Veselovsky est rédactrice professionnelle et habite à Ottawa. Elle profite d’un stage de six semaines au sein de l’Institut Vanier pour mettre à profit ses compétences et ses connaissances.