(en angl. seul. – « Oui, je le veux » 2.0 : redéfinir le mariage pour les sceptiques, les réalistes et les anticonformistes)

Susan Pease Gadoua et Vicki Larson
Berkeley (Californie), Seal Press, 2014
Compte-rendu de Lauren Lysack

La notion de mariage tout comme les idées sur les liens matrimoniaux sont en constante évolution au Canada, à l’instar de plusieurs autres institutions sociales. Comparativement aux générations précédentes, les couples d’aujourd’hui se marient de moins en moins, et ceux qui choisissent cette voie le font généralement plus tard dans la vie en privilégiant des avenues diversifiées.

Comme en témoignent les données du Recensement de 2016 illustrées dans la fiche infographique de l’Institut Vanier sur Les couples modernes au Canada, les Canadiens sont de moins en moins nombreux à se marier, alors que l’on constate une hausse en nombre et en proportion des personnes vivant seules ou en union libre, ce qui s’applique également à la parentalité ou à l’éducation des enfants hors mariage.

Néanmoins, le fameux « Oui, je le veux » a encore la cote auprès d’une majorité de Canadiens : les huit dixièmes des couples (79 %) sondés dans le cadre du Recensement de 2016 étaient mariés1. Ces données révèlent que le mariage demeure la forme d’union privilégiée (66 % de toutes les familles de recensement comptent un couple marié)2, que la majorité des Canadiens « jamais mariés » ont l’intention de se marier un jour (56 %)3, et que la proportion de couples homosexuels mariés est toujours en hausse (atteignant 33 % en 2016, contre 17 % en 2006)4, 5. En somme, malgré le contexte changeant dans le domaine des relations contemporaines, le mariage n’est pas encore devenu un simple vestige du passé.

Dans leur ouvrage intitulé The New “I Do”: Reshaping Marriage for Skeptics, Realists and Rebels, la psychothérapeute Susan Pease Gadoua et la journaliste Vicki Larson se penchent sur l’institution du mariage dans une perspective contemporaine, en cherchant à comprendre ce qui pousse les couples modernes à repenser, à redéfinir et à remodeler cette forme d’union en fonction de leurs besoins individuels et familiaux, plutôt qu’à reléguer l’idée aux oubliettes…

En s’éloignant de l’approche axée sur « le blâme, la honte et l’échec personnel », les auteures Susan Pease Gadoua et Vicki Larson s’interrogent plutôt sur les raisons intrinsèques du dysfonctionnement du mariage pour plusieurs.

Si les gens se marient pour divers motifs en y faisant peser leurs attentes, plusieurs considèrent toutefois le mariage comme une notion figée et trop « traditionnelle » qui implique nécessairement l’idée d’un « échec » en cas de séparation ou de divorce. En ce sens, il est vrai que la terminologie qui accompagne généralement les phases transitoires sur le plan relationnel (ex. : éclatement de la famille, rupture d’un couple) alimente implicitement le lien dichotomique « altéré-inaltéré », tout en véhiculant certaines normes sociales attachées à l’« idéal » familial ou en évoquant un stéréotype relationnel plus ou moins en vogue chez les couples modernes.

En s’éloignant de l’approche axée sur « le blâme, la honte et l’échec personnel », les auteures Susan Pease Gadoua et Vicki Larson s’interrogent plutôt sur les raisons intrinsèques du dysfonctionnement du mariage pour plusieurs, en examinant les avenues novatrices de certains couples modernes qui s’efforcent de moduler leur union maritale en fonction de leurs propres besoins.

Selon les auteures, les couples se retrouvent dans l’un ou l’autre des sept « types » de mariages, soit : le mariage préliminaire, le mariage amical, le mariage de parentalité, le mariage sans cohabitation, le mariage covenant, le mariage de sécurité et le mariage ouvert. Il s’agit là de catégories reposant essentiellement sur les motifs qui incitent les gens à échanger leurs vœux, ou sur d’autres caractéristiques déterminantes.

Par exemple, le mariage préliminaire est une sorte de « mise à l’essai » de courte durée et sans enfants. Ce concept existe depuis de nombreuses générations, mais on ne l’évoque ouvertement que depuis les années 60. Dans un tel arrangement, les couples ont la possibilité d’« essayer la formule du mariage pendant quelques années » et d’en tirer des leçons (d’où le terme connexe mariage d’apprentissage). Dans une telle union, les couples ne s’attendent pas nécessairement à une relation à perpétuité. Pour chaque type de mariage, les auteures proposent donc une justification en exposant également leurs principaux avantages ainsi que les éventuels obstacles, dans certains cas.

Au-delà de son analyse du mariage contemporain, le livre The New “I Do” constitue un guide utile pour ceux et celles qui souhaitent « élargir leurs horizons pour une approche novatrice et réfléchie à propos du mariage ». [traduction] Pour chacune des catégories, le guide propose aux lecteurs certaines questions introspectives pour évaluer si leur situation, leurs préférences, leur expérience ou leurs choix s’harmonisent avec de tels principes.

Susan Pease Gadoua et Vicki Larson offrent ici des perspectives qui sauront alimenter le dialogue sur les relations modernes et la vie de famille en évolution. Évitant de poser le mariage comme un concept monolithique et immuable, elles reconnaissent plutôt la diversité des mariages – en écho à la diversité des motifs et des aspirations des personnes qui font un tel choix –, et supposent que reconnaître et respecter cette diversité s’avère non seulement profitable, mais également utile pour accompagner les couples dans la planification de leur avenir commun (ou non…).

Pour en apprendre davantage au sujet des relations contemporaines au Canada :

 

Lauren Lysack est responsable des projets et des activités spéciales au sein de l’Institut Vanier de la famille.

 


Publié le 20 octobre 2017

 

Notes


  1. Statistique Canada, « Familles, ménages et état matrimonial : faits saillants du Recensement de 2016 » dans Le Quotidien (2 août 2017). Lien : http://bit.ly/2vwTWY4
  2. Ibidem
  3. Statistique Canada, Distribution des intentions de mariage et de remariage, selon l’état matrimonial de fait et la région de résidence, Canada, 2011 (tableau 1 de l’ESG) (dernière mise à jour au 30 novembre 2015). Lien : http://bit.ly/2ueeHXF
  4. La croissance rapide du nombre de couples homosexuels mariés est principalement attribuable à la légalisation du mariage entre conjoints de même sexe à l’échelle nationale, en 2005. Statistique Canada n’a commencé qu’en 2006 à colliger des données sur les mariages homosexuels.
  5. Statistique Canada, « Les couples de même sexe au Canada en 2016 » dans Produits analytiques, Recensement de 2016, no 98‑200‑X2016007 au catalogue de Statistique Canada (2 août 2017). Lien : http://bit.ly/2vi9a2o