Nathan Battams

(Mise à jour : 21 mars 2016)

Les Canadiens se préparent à célébrer la fête des Pères. Au pays, la place qu’occupe la paternité au sein de la famille et de la société est quotidiennement remodelée par tous les pères, grands-pères et arrière-grands-pères d’aujourd’hui. Les quelque 8,6 millions de papas sont de plus en plus diversifiés et jouent un rôle accru dans la vie de leurs enfants. Du reste, cette évolution de la paternité entraîne des retombées positives au foyer familial, et ailleurs…

« Il s’agit de l’un des plus importants changements sociaux de notre époque, affirme la directrice générale de l’Institut Vanier de la famille, Nora Spinks. Le modèle de la famille nucléaire que dépeignaient les vieilles séries télévisées est de moins en moins représentatif des familles au Canada, à l’heure où les structures et les relations familiales gagnent en diversité et en complexité. »

Il ne fait aucun doute que la paternité s’est diversifiée au cours des cinquante dernières années. Au Canada, une proportion croissante des pères sont nés à l’étranger et ont importé leur propre conception de la paternité. Par ailleurs, de plus en plus de couples homosexuels élèvent des enfants, et un cinquième d’entre eux sont des hommes. Depuis deux décennies, le nombre de familles monoparentales dirigées par un homme a augmenté. En outre, le nombre de pères autochtones augmente plus rapidement que dans l’ensemble de la population. Bref, l’évolution du profil de la famille au Canada fait en sorte qu’il n’existe pas de « portrait unique » de la paternité.

Traditionnellement, la figure paternelle était celle du personnage distant sur le plan affectif, dont le rôle consistait essentiellement à faire vivre sa famille. Or, cette illustration ne tenait pas compte de la diversité qui a toujours existé. Sur le plan historique, les femmes ont souvent assumé les responsabilités du budget familial et des revenus gagnés, en emploi ou autrement. En 1976, le tiers des familles ayant au moins un enfant âgé de moins de 16 ans pouvaient compter sur deux soutiens; en 2014, cette situation s’appliquait à 55 % de ces familles.

De nos jours, les papas sont de plus en plus nombreux à jouer un rôle de premier plan auprès de leurs enfants. Ainsi, une proportion croissante des pères laissent le rôle de « pourvoyeur » à leur conjointe pour pouvoir s’occuper des enfants. En 2014, les familles comptant un père au foyer représentaient 11 % des familles où l’un des parents restait à la maison pour s’occuper des enfants, par rapport à seulement 1 % en 1976.

Qu’ils travaillent ou non, les pères passent tout de même plus de temps avec leurs familles que par le passé. Selon Statistique Canada, les hommes consacraient environ 360 minutes par jour travaillé à leurs enfants en 1986, alors qu’ils passaient plutôt 379 minutes en leur compagnie en 2010. Les trois quarts des répondants parmi les pères au Canada affirment être plus engagés auprès de leurs enfants que ne l’était leur propre père.

Les pères qui choisissent de s’engager davantage dans la vie de leurs enfants ne sont pas l’exception. Dans une étude récente, Ankita Patnaik a procédé à une analyse comparative des congés parentaux offerts au Québec et dans le reste du Canada. Elle a constaté que les hommes n’hésitent pas à prendre des congés de paternité lorsqu’on leur en donne la possibilité. Depuis 2006, le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) permet aux pères de prendre des congés rémunérés non transférables, le Québec devenant ainsi la seule province offrant des congés réservés aux pères.

Selon les constatations de Mme Patnaik, les pères québécois prenaient en moyenne deux semaines de congé avant l’entrée en vigueur du RQAP. Or, depuis la réforme du programme de congés parentaux, les pères québécois prennent généralement la totalité des cinq semaines auxquelles ils ont droit selon le régime de congés de paternité. Alors que 27.8 % des pères québécois ont pris des congés parentaux en 2005, 78.3 % d’entre eux s’en sont prévalus en 2014. Hors Québec, seulement 12 % des nouveaux papas disent avoir pris un congé.

Cette étude révèle aussi qu’au Québec, le congé parental entraîne des « incidences importantes et persistantes »

[traduction] en ce qui a trait à la dynamique des genres, et ce, au cours des trois années suivant le congé parental. Ainsi, les pères sont plus enclins à participer aux tâches domestiques, et les mères ont davantage tendance à participer au monde du travail. Au Québec, les papas passent en moyenne une demi-heure par jour de plus au foyer familial.

L’engagement des pères peut entraîner des effets positifs sur le bien-être et le développement de l’enfant. En effet, la recension des écrits réalisée par l’organisme Father Involvement Research Alliance (FIRA) a permis de constater que les pères « très engagés » sont source de nombreux bénéfices. Chez les enfants de telles familles, la résilience et le développement cognitif sont accentués. Ces derniers obtiennent généralement de meilleurs résultats scolaires et manifestent une plus grande satisfaction de vivre ainsi qu’un sain équilibre psychologique.

Même lorsque les parents mariés ou en union de fait décident de se séparer, les pères modernes continuent de s’impliquer dans la vie de leurs enfants. Parmi ces parents, plus du tiers disent que les décisions importantes au sujet de leurs enfants se prennent conjointement ou à tour de rôle. Près du quart d’entre eux (soit 24 %) affirment que leurs enfants passent autant de temps avec leur père qu’avec leur mère, ou vivent principalement au domicile paternel.

Les nouveaux pères consultés dans le cadre d’une étude de 2014 relativement au projet « Pères engagés et égalité des sexes » sont d’avis que leur engagement soutenu a profité à la vie de famille. Plusieurs considèrent qu’accéder à la paternité a été « transformateur », et que cette expérience a influencé leurs relations et leur propre conception de la vie. Ces hommes disent aussi participer davantage aux tâches domestiques, et soulignent que s’occuper des enfants a souvent favorisé l’égalité des sexes au sein du couple. Plusieurs avouent que le soutien communautaire et les liens avec d’autres pères ont aussi favorisé leur propre engagement.

« Aujourd’hui, la paternité prend de multiples visages, mais il ne fait aucun doute que les pères de la génération actuelle sont plus engagés et plus présents dans la vie de famille que par le passé, rappelle Nora Spinks. Ces papas qui partagent désormais le rôle de “pourvoyeur”, qui passent plus de temps en famille et qui n’hésitent pas à prendre des congés parentaux contribuent à donner un nouveau sens à la paternité au Canada. »

 


Nathan Battams est auteur et chercheur au sein de l’Institut Vanier de la famille.

 

Pour en savoir davantage au sujet des pères d’aujourd’hui, consultez l’article La paternité aujourd’hui : l’engagement paternel et les relations familiales (magazine Transition).