M. Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social

Allocution d’ouverture, Conférence sur les familles au Canada 2019 (le texte prononcé fait foi)

Livrée à Ottawa (Ontario) le 27 mars 2019

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Bonjour tout le monde,

Je tiens à dire qu’il s’agit d’un privilège pour moi de me joindre à vous sur le territoire traditionnel du peuple algonquin, et aussi par l’entremise des événements simultanés par satellite d’un bout à l’autre du pays, notamment à St. John’s (T.-N.-L.), Charlottetown (Î.-P.-É.), Halifax (N.-É.), Guelph (Ont.), Winnipeg (Man.), Calgary (Alb.), et Victoria et Vancouver (C.-B.). Je tiens également à témoigner mon respect aux aînés autochtones qui ont peuplé notre passé, ceux qui sont à nos côtés aujourd’hui et ceux qui nous accompagneront à l’avenir.

Je remercie grandement le Infinity Convention Centre d’avoir organisé la Conférence sur les familles au Canada cette année ainsi que toutes les universités à l’échelle du pays qui tiennent des événements simultanément. Je vous souhaite à tous une conférence des plus productives.

C’est un réel plaisir d’être ici en compagnie d’un formidable groupe diversifié de leaders au service des familles du Canada, des leaders qui les comprennent et qui les soutiennent. Deux journées remplies vous attendent durant lesquelles vous échangerez des savoirs et traiterez de deux de mes sujets favoris : les données et le bien-être des familles.

La semaine dernière, nous avons présenté le budget de 2019 qui vise à bâtir un avenir meilleur pour tous les Canadiens; et le bien-être des enfants et des familles est essentiel pour cet avenir.

Le budget de 2019 poursuit le plan de notre gouvernement d’investir dans la classe moyenne, particulièrement en mettant l’accent sur l’investissement dans les gens et dans ce dont ils ont besoin pour réussir : des logements plus abordables, surtout pour les locataires et les acheteurs d’une première maison, de l’aide pour nos aînés et des investissements dans les compétences pour demeurer et réussir sur le marché du travail en constante évolution… entre autres choses.

Pour ceux d’entre vous qui ne me connaissent pas, je suis père de trois enfants et je suis économiste. J’ai obtenu mon diplôme de la London School of Economics (il y a un bon moment déjà). Peu de temps après, je suis devenu professeur d’économie à l’Université Laval, à Québec. Ainsi, durant 23 ans à titre de chercheur et de professeur, j’ai recueilli et analysé des faits, et j’ai écrit à propos de ces faits. Les statistiques et les analyses étaient mon gagne-pain quotidien!

Permettez-moi de vous dire comment je me suis lancé en politique. Je vous assure, c’est en lien avec les données. Lorsque j’ai appris la décision d’augmenter l’âge d’admissibilité à la pension de la Sécurité de la vieillesse de 65 à 67 ans, j’ai eu des craintes quant aux répercussions négatives que cela aurait. Je suis devenu encore plus inquiet lorsque j’ai appris que le gouvernement précédent n’avait aucune idée des conséquences négatives. J’ai donc décidé de mettre sur pied une équipe pour évaluer les répercussions sociales et économiques d’un tel changement.

Nos recherches étaient concluantes : augmenter l’âge d’admissibilité à la pension de la Sécurité de la vieillesse de 65 à 67 ans aurait pour effet de plonger dans la pauvreté 100 000 aînés de 65 et 66 ans chaque année. En apprenant ces résultats, et souhaitant augmenter le rôle des faits et des preuves scientifiques dans le processus décisionnel du gouvernement, j’ai décidé de contribuer à inverser ce changement : je me suis présenté comme candidat aux élections. Et à ma grande surprise, on m’a élu.

Peu de temps après, j’ai été nommé ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, et j’ai reçu un mandat clair pour :

  • renforcer la classe moyenne;
  • aider ceux qui travaillent fort pour en faire partie;
  • veiller à ce que chaque Canadien ait une chance réelle et juste de réussir.

Et c’est sur quoi mon équipe et moi-même avons concentré nos efforts au cours des trois dernières années. Toutefois, malgré tous les progrès réalisés au cours des trois dernières années, certains Canadiens s’inquiètent quand même quant à leurs revenus, leur sécurité d’emploi, leurs dépenses courantes et leur capacité d’élever leur famille.

À l’occasion de la Tournée nationale de consultations sur les familles réalisée par l’Institut Vanier en 2015-2016, les personnes étaient invitées à compléter la phrase « La famille, c’est… ». Les réponses les plus fréquentes ont été :

  • La famille, c’est l’AMOUR;
  • La famille, c’est les SOINS;
  • La famille, c’est le SOUTIEN.

Le gouvernement du Canada s’est engagé à faire en sorte que les gens puissent AIMER SANS ÉTIQUETTE, obtenir des SOINS AU BESOIN et se SOUTENIR MUTUELLEMENT à la maison, au travail et dans leur communauté.

La mission d’Emploi et Développement social Canada (EDSC)

Dans ce contexte, je suis particulièrement fier du travail que fait le ministère de la Famille, des Enfants et du Développement social.

Le Ministère fournit des programmes et des services qui ont un impact sur les Canadiens tout au long de leur vie, et les données sont essentielles afin que ces programmes et ces services soient les plus utiles possible pour les Canadiens.

Défis auxquels les Canadiens sont confrontés

Cette conférence vise à examiner les nouvelles réalités que vivent les familles et à les analyser en vue d’élaborer des politiques et des programmes inclusifs et efficaces. Étant moi-même père, je sais qu’être parent comporte son lot de travail.

Il faut du soutien pour élever une famille. Les coûts liés à la garde des enfants peuvent s’avérer très dispendieux, et nous savons que la qualité des services de garde d’enfants est tellement importante. Trouver un logement abordable près des écoles, des services et du lieu de travail constitue souvent un défi. Et les coûts de la nourriture, des vêtements et des activités parascolaires qui ne cessent d’augmenter sont source de préoccupation pour plusieurs. En sachant cela, nous devons veiller à ce que les enfants et les parents puissent s’épanouir. Après tout, notre avenir en dépend.

Permettez-moi de dresser le bilan des importantes mesures que nous avons récemment mises en œuvre.

Aider les familles

Comme cela a été annoncé récemment, les travailleurs canadiens qui envisagent de fonder une famille peuvent maintenant bénéficier de plus de souplesse en ce qui a trait aux prestations d’assurance-emploi lorsqu’ils choisissent de commencer leur congé de maternité ou parental.

Les travailleuses admissibles peuvent maintenant recevoir des prestations de maternité de l’assurance-emploi jusqu’à 12 semaines avant la date de l’accouchement, ce qui mise sur la santé de la mère et du bébé comme étant une priorité.

Et une fois l’enfant arrivé, les parents ont deux options pour un congé payé : jusqu’à 35 semaines de prestations parentales payées sur 12 mois, ou jusqu’à 61 semaines de prestations parentales prolongées à un taux réduit et payées sur 18 mois.

Ce gouvernement est particulièrement déterminé à soutenir l’équité afin de combler l’écart salarial entre les sexes, car nous savons que les femmes représentent près de 85 % de toutes les demandes de prestations, ce qui indique que les responsabilités liées aux soins des enfants reposent encore en grande partie sur les épaules de la mère.

Il s’agit d’un contraste avec la province de Québec, où 80 % des conjoints ou partenaires ont présenté une demande de prestations parentales ou avaient l’intention de le faire, comparativement à seulement 12 % dans le reste du Canada. Cela est principalement dû au fait que le Régime québécois d’assurance parentale a été mis en œuvre il y a 15 ans.

Ainsi, depuis le 17 mars 2019, les parents – y compris les parents adoptifs et les parents de même sexe – peuvent maintenant avoir cinq semaines supplémentaires de prestations parentales et de maternité lorsqu’ils choisissent de partager les prestations parentales, ou huit semaines supplémentaires pour les parents qui choisissent l’option prolongée des prestations parentales partagées. On s’attend à ce que près de 97 000 familles canadiennes présentent une demande de prestations parentales partagées chaque année. La mise en œuvre de la prestation parentale partagée trois mois plus tôt que prévu signifie qu’un plus grand nombre de parents peuvent en bénéficier.

Beaucoup de parents sont aussi le principal fournisseur de soins à un parent qui vieillit ou à un membre adulte de la famille en même temps qu’ils élèvent leur jeune famille. C’est pourquoi nous avons mis en place la prestation pour proches aidants pouvant aller jusqu’à 15 semaines pour aider ceux qui fournissent des soins à un membre adulte de la famille qui se remet d’une maladie grave ou d’une blessure. Cette prestation peut être partagée entre les membres de la famille. Présenter une demande est maintenant plus facile que jamais, et en plus, cela a pour effet de favoriser l’égalité entre les sexes à la maison et au travail.

Depuis le 30 décembre 2018, 13 700 demandes ont été présentées pour des prestations de proches aidants pour adultes et enfants. Et de décembre 2017 à octobre 2019, on estime à environ 24 000 le nombre de demandes présentées dans le cadre des nouvelles prestations d’assurance-emploi pour proches aidants.

Un de mes premiers défis comme ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social a été de mettre en place la nouvelle Allocation canadienne pour enfants non imposable en 2016. Et ce n’est pas tout. Nous avons également indexé cette prestation au coût de la vie en 2018, soit deux ans plus tôt que prévu. L’ACE met plus d’argent dans les poches des familles pour les aider à subvenir aux besoins des enfants.

Depuis 2015, l’ACE a aidé à sortir de la pauvreté plus d’un demi-million de personnes, dont 278 000 enfants. Et d’un bout à l’autre du pays, près de 3,7 millions de familles canadiennes reçoivent en moyenne un montant de 600 $ par mois, non imposable.

Les besoins en matière d’apprentissage et de garde des jeunes enfants à l’échelle du pays sont nombreux et variés. Aux yeux des familles canadiennes, les services de garde d’enfants abordables et de haute qualité sont bien plus qu’une commodité, ils constituent un besoin pour veiller à ce que les enfants aient le meilleur départ possible dans la vie. C’est pourquoi nous avons élaboré un cadre de politiques sans précédent qui permettra d’offrir aux familles canadiennes des services de garde d’enfants accessibles, abordables et de haute qualité.

Le Cadre multilatéral d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, dans lequel ce gouvernement investit 7,5 millions de dollars sur 11 ans, repose sur une vision à long terme selon laquelle tous les enfants bénéficient de possibilités d’apprentissage et de services de garde de qualité. Une partie de cet investissement vise à appuyer des pratiques novatrices en matière d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, de même qu’à combler l’insuffisance en matière de données et d’innovation en ce sens, et ce, grâce à un investissement de 195 millions de dollars. Nous avons également conclu des ententes bilatérales avec l’ensemble des provinces et territoires pour financer près de 40 000 places abordables de plus dans les services de garde d’ici mars 2020.

Et pour compléter le cadre multilatéral, nous avons conjointement lancé le Cadre d’apprentissage et de garde des jeunes enfants autochtones de concert avec des leaders autochtones et annoncé un investissement de 1,7 milliard de dollars sur 10 ans. En poursuivant la collaboration avec les partenaires des Premières Nations, des Métis et des Inuits, le gouvernement travaille pour veiller à ce que les enfants autochtones aient accès à des services d’apprentissages et de garde de jeunes enfants de qualité ainsi qu’à des mécanismes de soutien adéquats sur le plan de la culture, dont les enfants autochtones ont besoin pour réussir.

Prise de décisions fondées

Afin de prendre des décisions éclairées et de stimuler l’innovation, nous investissons dans la recherche et dans la collecte et l’analyse de données. Pour atteindre cet objectif, les gouvernements doivent absolument collaborer avec des chercheurs et des intervenants, comme vous. Les données fiables et les renseignements à jour sont essentiels au fonctionnement d’une saine démocratie. Pour cette raison, le gouvernement prend des mesures qui visent à augmenter la quantité et la qualité des renseignements accessibles aux Canadiens, tout en améliorant la prestation de services.

Au cours du présent exercice financier, EDSC aura versé près de 50 millions de dollars pour le développement et l’accès à des données d’enquêtes qui appuient la recherche et la mise en œuvre de politiques et de programmes liés au marché du travail, à l’apprentissage, au développement social et à la sécurité du revenu.

Dans le cadre de l’engagement du gouvernement du Canada en matière de décisions fondées sur des données fiables, Statistique Canada mènera le prochain recensement en 2021, et s’appuiera sur les réussites du Recensement de 2016. Le Rencensement de 2016 a connu le taux de réponse au questionnaire détaillé le plus élevé de l’histoire et un record mondial a été établi en matière de réponses fournies par Internet.

Rétablir le questionnaire détaillé du recensement a amélioré l’accessibilité, l’exactitude et la cohérence des données statistiques. Particulièrement, le formulaire détaillé a fourni des données sur les plus petites communautés au Canada qui n’étaient pas disponibles en 2011 en raison du faible taux de réponse à l’enquête nationale sur les ménages.

Les données qui permettent aux chercheurs et aux décideurs politiques de mieux comprendre l’ensemble des Canadiens sont essentielles pour l’élaboration de politiques publiques qui aident ceux qui en ont le plus besoin.

Stratégie de réduction de la pauvreté

L’an dernier, en vue d’aider un plus grand nombre de Canadiens à se joindre à la classe moyenne, la toute première Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté a été lancée. Afin d’être efficace, la Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté doit se fonder sur la recherche et les données – elle doit avoir des indicateurs et des objectifs clairs et établir des mesures concrètes. Même si nous reconnaissons que la pauvreté est un continuum, et que les indicateurs veillent à ce qu’elle soit mesurée de la sorte, un seuil officiel de la pauvreté n’avait pas encore été établi au Canada.

Nous avons maintenant, pour la toute première fois, un indicateur déterminant pour mesurer le progrès et pour faire suite à nos engagements en ce sens. Le seuil de la pauvreté se fonde sur le coût d’un panier de biens et de services de consommation dont les personnes et les familles ont besoin pour répondre à leurs besoins fondamentaux et avoir un niveau de vie modeste dans les communautés partout au pays.

Cette mesure fait aussi l’objet d’un examen par Statistique Canada pour faire en sorte qu’elle reflète avec exactitude les réalités des familles d’aujourd’hui. La Stratégie établit également des objectifs clairs et mesurables visant à réduire la pauvreté de 20 % d’ici 2020, et de 50 % d’ici 2030, selon le seuil officiel de la pauvreté au Canada.

Il s’agit d’objectifs ambitieux, mais nous sommes sûrs que nous pouvons les atteindre. En fait, les résultats récents de l’Enquête canadienne sur le revenu démontrent que nous avons atteint notre premier objectif de réduction de la pauvreté trois ans plus tôt que prévu. Entre 2015 et 2017, la pauvreté a chuté de plus de 20 %, principalement grâce aux investissements que nous avons faits. Cela veut dire qu’environ 825 000 personnes de moins vivent dans la pauvreté.

En atteignant cet objectif, le Canada a maintenant son plus bas taux de pauvreté de son histoire. Je ne saurais trop insister sur le fait que je suis très fier de cette grande réalisation.

Nous investissons également dans le Régime de pensions du Canada (RPC) et dans le Supplément de revenu garanti (SRG). Comme je l’ai mentionné plus tôt, ce gouvernement a rétabli à 65 ans l’âge d’admissibilité aux prestations de Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti, ce qui a pour effet de remettre des milliers de dollars dans les poches des Canadiens aînés.

Nous avons aussi augmenté les prestations du Supplément de revenu garanti jusqu’à 947 $ par année pour les aînés vivant seuls, pour aider 900 000 aînés à faible revenu par année et sortir de la pauvreté près de 57 000 aînés.

Conclusion

En tant que gouvernement et comme pays, nous savons combien il est important d’investir dans les personnes, dans les familles, et dans leur communauté. Cet élément se trouve au cœur de notre plan qui vise à aider un plus grand nombre de Canadiens à se joindre à la classe moyenne et à stimuler notre économie. Et ce plan fonctionne.

Depuis 2015, les Canadiens ont créé plus de 900 000 nouveaux emplois. Le taux de chômage est à son plus bas niveau depuis 1976. La dette fédérale liée au PIB diminue et sera bientôt à son plus bas en quatre décennies. L’économie du Canada connaît un des taux de croissance les plus rapides du G7. La pauvreté est à son plus bas niveau dans l’histoire de notre pays. Et la famille type de quatre personnes a 2 000 $ de plus qu’en 2015.

Je suis fier des résultats pour les familles et les enfants et je sais qu’il y a encore beaucoup à faire. Je suis donc heureux d’être avec vous tous aujourd’hui, et je suis impatient d’entendre les conversations qui se tiennent ici et dans chaque événement satellite.

Merci beaucoup et bonne conférence!

 

Révisé en vue de la publication. Publié par l’Institut Vanier de la famille avec permission.

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Publié le 8 avril 2019