Gaby Novoa

(28 mai 2020) L’industrie des sables bitumineux de l’Alberta ayant été désignée comme service « essentiel » le 2 avril 2020, de nombreux travailleurs par navette de l’industrie n’ont cessé de voyager et de passer de longues périodes sur les sites de travail, dans des milieux souvent bondés, et ce, dans un contexte de pandémie. Bien que ces conditions soient antérieures à l’apparition du coronavirus et qu’elles aient déjà fait l’objet de recherches par le Partenariat en mouvement, elles ont de nouvelles incidences qui auront un impact sur les travailleurs, leur famille, leur communauté d’origine et les employeurs.

Dans l’article intitulé « COVID-19 and (Im)Mobile Workers in Alberta’s ‘Essential’ Oil Industry1 », Sara Dorow, Ph. D., cochercheuse du Partenariat en mouvement, met en lumière certaines expériences de ces travailleurs et partage des recherches portant sur les répercussions sanitaires et sociales de ce contexte de travail en pleine période de pandémie.

L’incidence des déplacements continus sur la santé publique et les relations familiales pendant la pandémie

Les déplacements continus entre les sites d’exploitation des sables bitumineux en Alberta et les communautés d’origine des travailleurs de partout au Canada augmentent le risque de transmission. En mai 2020, parmi plus de 100 cas confirmés de COVID‑19 associés à un site d’exploitation de sables bitumineux, le quart des personnes touchées résidaient à l’extérieur de l’Alberta. Par ailleurs, Sara Dorow explique que la propagation du virus n’est que l’un des enjeux actuels associés au travail mobile. Les industries fondées sur le travail par navette peuvent nuire aux relations que les travailleurs entretiennent avec leur famille, leurs amis et leur communauté. La recherche a démontré que cette pression peut avoir un impact non seulement sur les relations des gens, mais aussi sur de nombreux aspects liés à leur santé physique et mentale.

Étant donné que les déplacements ont été restreints, voire interdits en raison des mesures de santé publique visant à prévenir la propagation virale, de nombreux travailleurs sont confrontés à des roulements plus longs et donc à des séjours prolongés dans des campements de travailleurs, éloignés de leur famille pendant des périodes pouvant atteindre quelques mois. Les familles s’adaptent de manière créative pour rester en contact et gérer leurs responsabilités, mais la tâche peut parfois s’avérer difficile2.

La pandémie exacerbe les difficultés préexistantes dans les campements de travailleurs

Sara Dorow souligne que la pandémie ne fait qu’exacerber les difficultés associées à l’environnement du campement de travail, dans lequel les travailleurs navetteurs interrogés disent se sentir emprisonnés ou avoir la sensation d’être perçus comme du bétail. Selon la saison et le prix du pétrole, les campements peuvent être assez bondés. Même lorsqu’ils sont moins occupés, les campements sont aménagés autour de quartiers rapprochés afin que les résidents puissent partager des espaces communs, comme des salles à manger, des gymnases et parfois des salles de bain, ceux-ci se déplaçant quotidiennement à bord de bus-navettes.

Ce manque d’espace est crucial, car la recherche a démontré que les logements surpeuplés peuvent avoir des répercussions négatives sur la santé physique et psychique. Sara Dorow souligne également que les services essentiels dans ces campements de travail sont assurés par des travailleurs de première ligne qui sont responsables de l’hébergement, du nettoyage et des soins – tous des travailleurs mobiles qui font également partie du roulement entre les campements, et qui vivent également de longues périodes d’immobilité sur le site.

Les industries fondées sur le travail par navette, comme celle des sables bitumineux, peuvent rendre la distanciation sociale difficile. De plus, au‑delà du contexte pandémique actuel, ces environnements de travail présentent également des risques systémiques pour la santé. La pression qu’exercent le travail mobile et les longs séjours sur place sur les relations des travailleurs doit également être reconnue et analysée en profondeur. Sara Dorow mentionne certains facteurs qui seraient susceptibles d’atténuer l’ampleur de ces difficultés, comme l’accès à une nourriture saine, des programmes de jumelage et des roulements de travail permettant aux gens de passer plus que quelques jours à la fois chez eux. La restructuration et la refonte de ces sites et de ces systèmes peuvent contribuer à assurer la sécurité et le bien-être des travailleurs, de leur famille et de leur communauté d’origine.

Gaby Novoa est responsable des communications à l’Institut Vanier de la famille.

Consultez l’article « COVID-19 and (Im)Mobile Workers in Alberta’s ‘Essential’ Oil Industry » par Sara Dorow, Ph. D.


Notes

  1. Recherche en bref de l’article de Sara Dorow, Ph. D., « COVID-19 and (Im)Mobile Workers in Alberta’s ‘Essential’ Oil Industry », Partenariat en mouvement (20 mai 2020). Lien : https://bit.ly/3c9K2fU
  2. Sara Dorow et Shingirai Mandizadza, « Réseaux d’entraide : la mobilité, le travail et la gestion des relations familiales », L’Institut Vanier de la famille (10 janvier 2017). Lien : https://bit.ly/2zuN0OS

Programme de développement durable à l’horizon 2030 – Objectifs de développement durable (ODD)

En 2015, le Canada et les 192 autres États membres des Nations Unies, réunis lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, ont adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030, un cadre général de mesures reposant sur 17 objectifs de développement durable (ODD) qui tient compte des dimensions sociales, économiques et environnementales du développement durable.

La présente ressource, sous forme d’article de blogue, est associée aux ODD suivants (cliquez sur les icônes pour consulter d’autres textes de l’Institut Vanier portant sur l’objectif concerné) :


Publié le 28 mai 2020