L’insécurité alimentaire au Canada est intimement liée à la santé et au bien-être économique des familles. Bien qu’il n’y ait pas de cause unique pour expliquer l’insécurité alimentaire, les études démontrent que l’insécurité économique et l’isolement géographique (plus particulièrement les coûts alimentaires plus élevés dans les collectivités du Nord, celles-ci n’étant pas accessibles toute l’année par camion, par train ou par bateau) sont deux facteurs qui contribuent à ce que les familles n’aient pas accès aux aliments nutritifs et sains, ni en quantité suffisante, pour répondre aux besoins alimentaires d’une vie en santé1.

Les familles en situation d’insécurité alimentaire sont plus susceptibles d’éprouver des effets néfastes sur leur santé et leur bien-être, notamment une mobilité restreinte et des troubles chroniques, une santé mentale déficiente et une détresse psychologique2. Cette situation a des répercussions à la fois sur les personnes, les familles et les collectivités, en plus d’entraîner des coûts considérables pour le système de santé – c’est une question de bien-être familial et de santé publique.

Pour souligner le Mois de l’action contre la faim, qui vise à accroître la sensibilisation aux enjeux entourant la faim au Canada, tant à l’échelle nationale et provinciale que locale, cette parution de la série Sous la loupe met en évidence des données sur l’insécurité alimentaire dans l’ensemble du pays.

De nombreux Canadiens – y compris des enfants et des jeunes – continuent d’éprouver de l’insécurité alimentaire.

  • En 2018, le quart des enfants et des jeunes de moins de 18 ans (23 %) ont affirmé qu’ils avaient faim en se couchant le soir ou en partant pour l’école, au moins à l’occasion, parce qu’il n’y avait pas assez à manger à la maison3.
  • En 2018, les enfants et les jeunes de moins de 18 ans représentaient 20 % de la population du Canada, mais 35 % de ceux qui ont eu recours aux banques alimentaires au cours du mois de mars de cette même année4.
  • En 2015-2016, environ 16 % des ménages parmi les provinces et territoires du Canada qui ont contribué à la mesure5 éprouvaient de l’insécurité alimentaire6.

Les populations du Nord et les groupes marginalisés connaissent des taux d’insécurité alimentaire disproportionnellement élevés.

  • En mars 2018, 6 personnes sur 10 ayant eu recours aux banques alimentaires (59 %) étaient des bénéficiaires d’aide sociale ou de mesures de soutien aux personnes handicapées7.
  • En 2015-2016, plus de la moitié (51 %) des ménages du Nunavut étaient en situation d’insécurité alimentaire – de loin le taux le plus élevé au Canada et plus de trois fois le taux moyen des autres provinces et territoires contribuant à la mesure (11 %)8.
  • En 2015-2016, près des trois quarts des enfants du Nunavut (72 %) et le tiers des enfants des Territoires du Nord-Ouest (32 %) vivaient au sein de ménages en situation d’insécurité alimentaire, un taux qui oscille entre 16 % et 23 % dans les autres provinces et territoires contribuant à la mesure9.
  • Malgré le lancement de Nutrition Nord – un programme de contribution alimentaire élaboré pour améliorer l’accès aux aliments et leur abordabilité dans les collectivités isolées –, les taux annuels d’insécurité alimentaire ont continué de s’accroître au Nunavut entre les années précédant la mise en œuvre (de 33 % à 40 % entre 2007 et 2010) et celles suivant la mise en œuvre du programme (de 46 % à 56 % entre 2013 et 2016)10, 11.
  • Une étude de 2014 montre que les taux d’insécurité alimentaire chez les Noirs (29 %) et les Autochtones (26 %) étaient plus de deux fois plus élevés que la moyenne nationale (12 %).

Les données sont insuffisantes pour nous permettre d’obtenir un portrait clair de la prévalence et des répercussions de l’insécurité alimentaire au sein de certains groupes.

  • L’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (la principale source d’information en matière d’insécurité alimentaire au Canada) ne recueille aucunes données concernant les réserves des Premières Nations, ce qui signifie qu’environ la moitié de tous les membres inscrits des Premières Nations (environ 300 000) sont exclus du portrait, ce qui entraîne une sous-estimation de la prévalence de l’insécurité alimentaire12.
  • Divers autres groupes, notamment les membres à temps plein des Forces armées canadiennes, les personnes vivant en établissement ainsi que les quelque 235 000 Canadiens qui sont sans abri au cours d’une année donnée ne figurent pas dans les données nationales sur l’insécurité alimentaire (bien que ces derniers soient plus vulnérables à l’insécurité alimentaire que la population en général)13.

Programme de développement durable à l’horizon 2030 – Objectifs de développement durable (ODD)

En 2015, le Canada et les 192 autres États membres des Nations Unies, réunis lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, ont adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030, un cadre général de mesures reposant sur 17 objectifs de développement durable (ODD) qui tient compte des dimensions sociales, économiques et environnementales du développement durable.

La présente ressource, sous forme d’article de blogue, est associée aux ODD suivants (cliquez sur les icônes pour consulter d’autres textes de l’Institut Vanier portant sur l’objectif concerné) :


Publié le 16 septembre 2019

Notes

    1. Paula Arriagada, « L’insécurité alimentaire chez les Inuits vivant dans l’Inuit Nunangat », dans Regards sur la société canadienne, no 75-006-X au catalogue de Statistique Canada (1er février 2017). Lien : https://bit.ly/2kFCHQs
    2. Ibidem
    3. UNICEF Canada, Quelle est la situation au Canada? L’indice canadien du bien-être chez les enfants et les jeunes : Rapport de référence 2019 (3 septembre 2019). Lien : https://bit.ly/2kGgbHc
    4. Banques alimentaires Canada, Bilan-Faim 2018 (5 février 2018). Lien : http://bit.ly/2kJpdmC
    5. Terre-Neuve-et-Labrador, l’Ontario et le Yukon se sont retirés du programme de mesure de l’insécurité alimentaire en 2015-2016.
    6. PROOF Food Insecurity Policy Research, Latest Household Food Insecurity Data Now Available (25 juin 2018). Lien : https://bit.ly/2AS2ni0
    7. Banques alimentaires Canada, 2018.
    8. PROOF Food Insecurity Policy Research, 2018.
    9. Ibidem
    10. Selon les études, cela pourrait être le résultat du fait que le programme a mis l’accent sur les aliments périssables et nutritifs, en plus d’avoir exclu la plupart des aliments non périssables et tous les articles non alimentaires de la contribution.
    11. Andrée-Anne Fafard St-Germain, Tracey Galloway et Valerie Tarasuk, « Food insecurity in Nunavut following the introduction of Nutrition North Canada » dans Canadian Medical Association Journal, vol. 191, no 20 (21 mai 2019). Lien : https://bit.ly/2m5FJhb
    12. PROOF Food Insecurity Policy Research, Household Food Insecurity in Canada: A Guide to Measurement and Interpretation (novembre 2018). Lien : https://bit.ly/2kAs2qd
    13. Ibidem