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L’IMPACT DE LA COVID-19 : Les familles et le logement au Canada

Nadine Badets, Gaby Novoa et Nathan Battams

21 juillet 2020

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La pandémie de COVID-19 a eu des répercussions sur les familles et la vie de famille partout au Canada, et les mesures de confinement économique et de distanciation physique ont eu une incidence sur le paysage socioéconomique, culturel et contextuel qui teinte le bien-être des familles. Le logement n’y fait pas exception : les acheteurs potentiels voient le secteur immobilier ralenti par l’incertitude, et les mesures de distanciation physique ne sont pas facilement applicables pour de nombreuses familles vivant dans des logements surpeuplés ou inadaptés.

Le confinement dû à la COVID-19 a considérablement ralenti le marché immobilier au Canada

Dans la plupart des grandes villes du Canada (16 sur 27), le prix des logements neufs n’a pratiquement pas changé en avril 2020. Cependant, les ventes de maisons neuves et la revente de maisons moins récentes partout au Canada ont diminué considérablement au plus fort de la pandémie. Les constructeurs interrogés par Statistique Canada en avril 2020 ont déclaré avoir observé une baisse de près des deux tiers (64 %) des ventes de maisons neuves par rapport au même mois en 2019. L’Association canadienne de l’immeuble a signalé une diminution de 58 % des reventes de maisons en avril entre 2020 et 20191.

Compte tenu de la fermeture des économies et des pertes d’emplois importantes, les provinces et les territoires ont imposé des interdictions d’expulsion et des suspensions de paiement pour soutenir les locataires. La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a également exhorté tous les propriétaires, y compris ceux qui bénéficient d’une assurance ou d’un financement de la SCHL, à s’abstenir d’expulser les locataires pendant la pandémie de COVID-192. Cependant, au fur et à mesure que les restrictions liées à la pandémie seront levées, de nombreuses personnes et familles au Canada pourraient être confrontées à une expulsion et/ou être tenues de rembourser des sommes importantes en raison d’un loyer impayé.

La demande dans les refuges pour sans-abri a augmenté considérablement pendant le confinement

Avant la pandémie de COVID-19, les problèmes d’accessibilité et d’abordabilité du logement étaient inégalement et excessivement répandus parmi certains groupes au Canada, notamment chez les nouveaux arrivants et les réfugiés, les groupes racialisés, les personnes LGBTQ2S, les personnes âgées, les Autochtones et les personnes handicapées ou souffrant de problèmes de santé mentale3.

L’itinérance4 est particulièrement préoccupante pendant la pandémie, car elle expose les gens à des conditions de vie dangereuses qui peuvent présenter des conséquences graves pour la santé physique et mentale, en plus de rendre difficile le respect des nouvelles ordonnances de santé publique telles que la distanciation physique.

Qu’elles déménagent de domicile en domicile (ce que l’on qualifie souvent de « sans-abri cachés »), passent du temps dans des refuges5, vivent selon des modalités provisoires ou dorment à divers endroits, ou encore qu’elles conjuguent une combinaison de ces options, les personnes en situation d’itinérance se trouvent souvent à proximité de plusieurs autres personnes et n’ont pratiquement pas accès aux ressources nécessaires pour appliquer les pratiques d’hygiène recommandées6.

En 2014, on estimait que le Canada comptait au moins 235 000 sans-abri au cours d’une année donnée, et environ 35 000 au cours d’une nuit donnée. En général, les individus passent en moyenne 10 jours dans des refuges, et les familles y passent le double de ce temps7. Tout au long de la pandémie de COVID-19, les refuges situés dans les villes canadiennes ont signalé leur utilisation accrue par la clientèle habituelle et de nouveaux bénéficiaires8. Cependant, en raison des restrictions relatives à la distanciation physique, les refuges ont dû réduire considérablement le nombre de lits et de places qu’ils offrent, ce qui a privé beaucoup de gens d’un endroit où loger9, 10.

L’augmentation du nombre de signalements de violence familiale11, de maltraitance12 et de problèmes de santé mentale13 a également laissé de nombreuses personnes et familles sans logement. Plusieurs refuges ont augmenté le soutien aux sans-abri en créant des places dans des centres communautaires, des hôtels et des logements permanents, mais ils n’ont pas la capacité financière de répondre à la demande accrue pour des services d’hébergement14, 15.

Les problèmes de logement dans les collectivités des Premières Nations et des Inuits sont associés à l’augmentation du risque lié à la COVID-19

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, les dirigeants et les peuples autochtones ont attiré l’attention sur la dévastation continue causée par la tuberculose chez les Premières Nations, les Inuits et les différentes collectivités, rappelant au Canada que la COVID-19 n’est pas la seule pandémie à laquelle ils sont confrontés16, 17.

En 2017, le taux associé à la tuberculose chez les Inuits était de 205,8 cas pour 100 000 habitants, et il était de 21,7 cas pour 100 000 habitants au sein des Premières Nations (dans les réserves). La tuberculose était également répandue chez les immigrants, avec un taux de 14,7 pour 100 000 habitants chez les personnes nées à l’extérieur du Canada, alors que pour les personnes non autochtones nées au Canada, ce taux était de 0,5 pour 100 000 habitants18. Au 19 avril 2020, la seule région inuite à avoir signalé des cas de COVID-19 était le Nunavik, avec 14 cas (5 guéris et 9 actifs)19. Chez les Premières Nations, les données recueillies auprès des différentes collectivités montrent qu’au 10 mai 2020, on dénombrait 465 cas de COVID-19 et 7 décès20.

En 2016, les Inuits vivant dans l’Inuit Nunangat21 (la patrie des Inuits) étaient plus susceptibles de vivre dans des ménages surpeuplés22 (52 %) et dans des maisons nécessitant des réparations majeures23 (32 %)24. Le logement inadapté est également répandu chez certaines Premières Nations, où des problèmes tels que le surpeuplement des ménages (27 %)25, 26 et les maisons nécessitant des réparations majeures (24 %)27 sont beaucoup plus fréquents que chez les non-Autochtones au Canada (9 % et 6 %)28.

Le surpeuplement des ménages aggrave le risque de contracter des maladies respiratoires infectieuses comme la tuberculose et la COVID-19, cette dernière étant considérée comme encore plus contagieuse que la tuberculose29. Les conditions de logements insalubres ont été directement associées à la qualité de la santé et du bien-être, et des études montrent un risque accru de propagation des maladies infectieuses et respiratoires, de maladies chroniques, de blessures, de malnutrition, de violence et de troubles mentaux30. Le surpeuplement des ménages complique aussi – et exclut peut-être – la distanciation physique et l’isolement des personnes malades au sein d’un ménage. Les maisons nécessitant des réparations majeures peuvent poser divers risques pour la santé. En particulier, l’accès insuffisant aux infrastructures d’approvisionnement en eau chez certaines Premières Nations engendre des risques supplémentaires d’infection et de transmission.

Les ménages multigénérationnels se heurtent à davantage d’obstacles à la distanciation physique

Les ménages multigénérationnels constituent un atout important pour de nombreuses familles au Canada, car ils peuvent faciliter les soins et le soutien entre les générations, permettre à certains parents d’économiser sur les services de garde, en plus de faciliter l’apprentissage intergénérationnel31. Entre 2001 et 2016, les ménages multigénérationnels ont connu la croissance la plus rapide au Canada, soit une augmentation de 38 % pour atteindre près de 404 000 foyers32.

Ces types de ménages peuvent être confrontés à des obstacles particuliers à la distanciation sociale, étant donné que les personnes âgées vivant au sein du foyer sont considérées comme faisant partie des populations les plus vulnérables au virus33.

En 2016, 11 % des immigrants vivaient dans des ménages multigénérationnels34, tout comme 5 % des non-immigrants35. Les enfants autochtones de 0 à 14 ans étaient plus susceptibles de vivre au sein de ménages multigénérationnels36 que les enfants non autochtones (8 %), avec 13 % des enfants des Premières Nations, 13 % des enfants inuits et 7 % des enfants métis37.

Le développement durable est intimement lié au logement

La pandémie de COVID-19 a touché de nombreux aspects du logement au Canada et intensifié les inégalités préexistantes chez les communautés marginalisées du pays. Comme le Canada s’est engagé à mettre en œuvre les objectifs de développement durable des Nations Unies – lesquels portent sur des facteurs comme la pauvreté (ODD 1), la santé et le bien-être (ODD 3) et la réduction des inégalités (ODD 10) –, le logement sera un élément important des réponses et des discussions stratégiques sur ce sujet, ce qui revêt une importance particulière dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Nadine Badets, Institut Vanier, en détachement de Statistique Canada

Gaby Novoa est responsable des communications à l’Institut Vanier de la famille.

Nathan Battams est directeur des communications à l’Institut Vanier de la famille.

 


Notes

  1. Statistique Canada, « Indice des prix des logements neufs, avril 2020 » dans Le Quotidien (21 mai 2020). Lien : https://bit.ly/2Cw1Tlo
  2. Société canadienne d’hypothèques et de logement, « COVID-19 : Expulsions – Interdictions et interruptions pour soutenir les locataires » (25 mars 2020). Lien : https://bit.ly/3jetOH6
  3. Homeless Hub, « Communautés racialisées » (s.d.). Lien : https://bit.ly/3fLQjkB
  4. On peut décrire l’itinérance comme étant de très courte durée (être sans logement pendant une nuit ou plus), épisodique (entrer et sortir de l’itinérance) ou chronique (de longue durée). Pour plus d’information, consultez le site Web de Homeless Hub. Lien : https://bit.ly/2OK81Jo
  5. Les refuges comprennent les refuges d’urgence pour sans-abri, les refuges pour femmes victimes de violence et les logements institutionnels temporaires. Pour plus d’information, consultez le site Web de Homeless Hub. Lien : https://bit.ly/32HhzwO
  6. Jennifer Ferreira, « The Toll COVID-19 Is Taking on Canada’s Homeless » dans CTV News (22 mai 2020). Lien : https://bit.ly/2N7AcB8
  7. Stephen Gaetz, Erin Dej, Tim Richter et Melanie Redman, « L’état de l’itinérance au Canada 2016 » dans Observatoire canadien sur l’itinérance, Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (2016). Lien : https://bit.ly/3fYiL2s (PDF)
  8. Ferreira, « The Toll COVID-19 Is Taking on Canada’s Homeless ».
  9. Nicole Mortillaro, « It’s Heartbreaking: Homeless During Pandemic Left Out in the Cold – Figuratively and Literally » dans CBC News (17 avril 2020). Lien : https://bit.ly/2NcOQao
  10. Matthew Bingley, « Coronavirus: Toronto Officials Call for Provincial Pandemic Plan for Shelters to Avoid “Mass Outbreaks” » dans Global News (20 avril 2020). Lien : https://bit.ly/3dhnWII
  11. Cec Haire, « Increase in Domestic Violence Calls Persists Throughout Pandemic, Says Non-Profit » dans CBC News (2 juillet 2020). Lien : https://bit.ly/32eJp3p
  12. Santé publique Ontario, « Examen rapide : Mesures communautaires de santé publique en situation de pandémie (dont la COVID-19) : répercussions négatives sur les enfants et les familles » (2020). Lien : https://bit.ly/3jki8Tl (PDF)
  13. Aisha Malik, « CAMH Expands Virtual Mental Health Services Amid COVID-19 Pandemic » dans MobileSyrup (4 mai 2020). Lien : https://bit.ly/3gVt73i
  14. Mortillaro, « “It’s Heartbreaking”: Homeless During Pandemic Left Out in the Cold – Figuratively and Literally. »
  15. Ferreira, « The Toll COVID-19 Is Taking on Canada’s Homeless ».
  16. Olivia Stefanovich, « COVID-19 Shouldn’t Overshadow Ongoing Fight Against TB, Inuit Leaders Say » dans CBC News (12 avril 2020). Lien : https://bit.ly/3doVTr3
  17. John Borrows et Constance MacIntosh, « Indigenous Communities Are Vulnerable in Times of Pandemic. We Must Not Ignore Them » dans The Globe and Mail (mis à jour le 21 mars 2020). Lien : https://tgam.ca/2YYhTDY
  18. M. LaFreniere et autres, « La tuberculose au Canada, 2017 » dans Relevé des maladies transmissibles au Canada (7 février 2019). Lien : https://bit.ly/3fFFWP3
  19. Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, « COVID-19 : 14e CAS CONFIRMÉ AU NUNAVIK », communiqué (19 avril 2020). Lien : https://bit.ly/32qU5vH (PDF)
  20. Courtney Skye, « Colonialism of the Curve: Indigenous Communities and Bad Covid Data », Yellowhead Institute (12 mai 2020). Lien : https://bit.ly/37W5kgi
  21. L’Inuit Nunangat est composé de quatre régions inuites : le Nunatsiavut (nord du Labrador), le Nunavik (nord du Québec), le Nunavut et la région désignée des Inuvialuit (nord des Territoires du Nord-Ouest). Inuit Tapiriit Kanatami, « Inuit Nunangat Map » (mis à jour le 4 avril 2019). Lien : https://bit.ly/2WgN4de
  22. Statistique Canada (Recensement de la population, 2016). « Personnes par pièce » est un indicateur du niveau de surpeuplement dans un logement privé. On l’obtient en divisant le nombre de personnes dans le ménage par le nombre de pièces se trouvant dans le logement et les logements comptant plus d’une personne par pièce sont considérées comme surpeuplés. Dans Dictionnaire, Recensement de la population, 2016 (3 mai 2017). Lien : https://bit.ly/2ZC1hmN
  23. Les réparations majeures, telles que définies par Statistique Canada (Recensement de la population, 2016), comprennent une plomberie ou une installation électrique défectueuse, et les logements qui ont besoin de réparations structurelles aux murs, aux sols ou aux plafonds. « État du logement » dans Dictionnaire, Recensement de la population, 2016 (3 mai 2017). Lien : https://bit.ly/2ZCxB9d
  24. Thomas Anderson, « Les conditions de logement des peuples autochtones au Canada » dans Recensement en bref (25 octobre 2017). Lien : https://bit.ly/3eEolpe
  25. Ibidem
  26. Statistique Canada, « Logement » dans Un aperçu des statistiques sur les Autochtones : 2e édition (24 décembre 2015). Lien : https://bit.ly/3fEQ5eO
  27. Anderson, « Les conditions de logement des peuples autochtones au Canada ».
  28. Institut Vanier de la famille, « Les familles autochtones au Canada » dans Faits et chiffres (13 juin 2018).
  29. Olivia Stefanovich, « COVID-19 Shouldn’t Overshadow Ongoing Fight Against TB, Inuit Leaders Say ».
  30. Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, « Le logement : un déterminant social de la santé des Premières Nations, des Inuits et des Métis » (2017). Lien : https://bit.ly/30lIwn2 (PDF)
  31. Asfia Yassir, « Having Grandparents at Home Is a Blessing » dans South Asian Post (4 mars 2018). Lien : https://bit.ly/2WhlrR5
  32. Institut Vanier de la famille, « Les données du Recensement de 2016 mettent en relief la diversité familiale au Canada » (25 octobre 2017).
  33. Caroline Alphonso et Xiao Xu, « Multigenerational Households Face Unique Challenges in Battling Spread of Coronavirus » dans The Globe and Mail (mis à jour le 21 mars 2020). Lien : https://tgam.ca/2O9ss24
  34. Définis par Statistique Canada (Recensement de la population de 2016) comme les ménages où au moins une personne vit avec un enfant et un petit-enfant.
  35. Statistique Canada, « Catégorie d’admission et type de demandeur (47), statut d’immigrant et période d’immigration (11B), âge (7A), sexe (3) et certaines caractéristiques démographiques, culturelles, de la population active et de la scolarité (825) pour la population dans les ménages privés du Canada, provinces et territoires et régions métropolitaines de recensement, Recensement de 2016 – Données-échantillon (25 %) », tableaux de données, Recensement de 2016 (mis à jour le 17 juin 2019). Lien : https://bit.ly/3fP0tko
  36. Définis comme vivant dans un ménage avec au moins un parent et un grand-parent.
  37. Statistique Canada, « Caractéristiques de la famille des enfants, incluant la présence de grands-parents (10), identité autochtone (9), statut d’Indien inscrit ou des traités (3), âge (4B) et sexe (3) pour la population âgée de 0 à 14 ans dans les ménages privés du Canada, provinces et territoires, régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement, Recensement de 2016 – Données-échantillon (25 %) », tableaux de données, Recensement de 2016 (mis à jour le 17 juin 2019). Lien : https://bit.ly/39e0VGr

 

Les finances familiales et la santé mentale pendant la pandémie de COVID‑19

Ana Fostik, Ph. D., et Jennifer Kaddatz

26 mai 2020

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En mars 2020, la pandémie de coronavirus a entraîné l’interruption soudaine des activités socioéconomiques dans l’ensemble du Canada, les données montrant d’importantes répercussions sur l’activité du marché du travail. Selon de récentes estimations de Statistique Canada, le nombre de Canadiens ayant un emploi en mars s’élevait à un million de moins qu’en février, ce qui a affecté la participation habituelle au marché du travail de 3,1 millions de Canadiens (c.-à-d. qu’ils ont travaillé moins d’heures ou perdu leur emploi)1.

D’après des données recueillies lors d’un sondage mené du 10 au 12 avril 2020 par l’Institut Vanier de la famille, l’Association d’études canadiennes (AEC) et la firme Léger2, 38 % des hommes et 34 % des femmes de 18 ans et plus ont déclaré avoir perdu leur emploi de façon temporaire ou permanente ou avoir subi des pertes de salaire ou de revenus en raison de la pandémie de COVID‑19. Dans ce contexte, 27 % des hommes et 25 % des femmes ont dit subir des conséquences financières négatives (affectant leur capacité à payer leur hypothèque, leur loyer ou leurs factures).

C’est sans surprise que Statistique Canada a récemment constaté que les adultes ayant subi des répercussions importantes ou modérées de la pandémie étaient beaucoup plus susceptibles de déclarer une santé mentale passable ou faible que ceux qui ont été moins touchés (25 % et 13 %, respectivement)3.

Les données recueillies à la mi-avril par l’Institut Vanier de la famille, l’Association d’études canadiennes et la firme Léger montrent que les plus jeunes adultes ont été particulièrement touchés : plus de la moitié (52 %) des 18 à 34 ans ont déclaré avoir subi des répercussions négatives sur leur participation au marché du travail (pertes d’emploi, de salaire ou de revenus), par rapport à 39 % des adultes de 35 à 54 ans et à 21 % des 55 ans et plus. Cette situation se reflète également dans la proportion d’adultes ayant subi des conséquences financières négatives immédiates, qui ont été signalées par 33 % des adultes de moins de 55 ans et 15 % des 55 ans et plus.

Les adultes en difficulté financière sont plus susceptibles de signaler des problèmes de santé mentale

Parmi la population en âge de travailler (de 18 à 54 ans), un peu plus de la moitié a indiqué éprouver souvent ou très souvent de l’anxiété ou de la nervosité (53 %), de l’irritabilité (49 %) ou de la tristesse (48 %) pendant la pandémie de COVID‑19, selon le sondage mené par l’Institut Vanier, l’AEC et la firme Léger. Quatre personnes sur 10 ont affirmé avoir souvent ou très souvent de la difficulté à dormir (40 %) ainsi que des sautes d’humeur (40 %).

Parmi les personnes ayant essuyé des conséquences négatives immédiates, comme l’incapacité de payer le loyer, l’hypothèque ou les factures, environ 6 sur 10 ont dit avoir ressenti souvent ou très souvent de l’anxiété ou de la nervosité (63 %), de l’irritabilité (60 %) ou de la tristesse (57 %), alors que la moitié a indiqué avoir eu souvent ou très souvent de la difficulté à dormir (50 %) ou des sautes d’humeur (52 %) (figure 1).

Les femmes en difficulté financière souffrent de problèmes de santé mentale dans des proportions plus élevées que les hommes

D’après l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2018, les femmes étaient légèrement moins susceptibles que les hommes de signaler avoir une santé mentale excellente ou bonne (66 % et 71 %, respectivement)4. Pendant la pandémie de coronavirus, toutefois, Statistique Canada a constaté que la différence était beaucoup plus marquée, avec 49 % des femmes et 60 % des hommes ayant une bonne ou une excellente santé mentale5.

Les données du sondage de l’Institut Vanier, de l’AEC et de la firme Léger montrent que les femmes de 18 à 54 ans déclarant connaître souvent ou très souvent des problèmes spécifiques de santé mentale sont représentées dans des proportions beaucoup plus grandes que les hommes du même groupe d’âge. Environ 6 femmes sur 10 ont indiqué ressentir souvent ou très souvent de l’anxiété ou de la nervosité, de l’irritabilité ou de la tristesse, comparativement à 4 hommes sur 10. De même, environ la moitié des femmes ont eu souvent ou très souvent de la difficulté à dormir ou des sautes d’humeur, par rapport à 3 hommes sur 10 (figure 1).

Cette différence entre les sexes à l’égard des problèmes de santé mentale déclarés est maintenue même lorsque l’on compare les proportions d’hommes et de femmes ayant subi des conséquences financières négatives immédiates et les proportions de ceux qui n’en ont pas subi. Par exemple, les trois quarts des femmes (76 %), par rapport à la moitié des hommes (51 %), qui ont eu de la difficulté à payer leur hypothèque, leur loyer ou leurs factures ont dit ressentir souvent ou très souvent de la nervosité ou de l’anxiété. Près de 7 femmes sur 10 ayant des difficultés financières éprouvent de l’irritabilité (67 %) ou de la tristesse (67 %), comparativement à environ la moitié des hommes vivant la même situation (53 % et 48 %, respectivement) (figure 1).

Environ 6 femmes sur 10 ayant des difficultés financières disent avoir souvent ou très souvent de la difficulté à dormir (55 %) et des sautes d’humeur (62 %), par rapport à 4 hommes sur 10 vivant la même situation (45 % et 42 %, respectivement) (figure 1).

Les adultes ayant des difficultés financières, qu’ils vivent ou non avec de jeunes enfants, signalent des problèmes de santé mentale semblables

Si les femmes sont beaucoup moins susceptibles que les hommes de déclarer une santé mentale positive pendant la pandémie, même en tenant compte des répercussions financières, quels facteurs peuvent entrer en jeu dans l’établissement de ces différences entre les sexes? Ces problèmes de santé mentale peuvent-ils être associés aux responsabilités familiales?

Une analyse des données recueillies du 10 au 12 avril 2020 indique que la présence d’enfants à la maison ne semble pas associée à l’aggravation des symptômes d’une mauvaise santé mentale. Les femmes vivant avec des enfants de 12 ans et moins au sein de leur ménage disent éprouver souvent et très souvent de l’anxiété ou de la nervosité (69 %), de l’irritabilité (60 %), de la tristesse (59 %), de la difficulté à dormir (51 %) et avoir des sautes d’humeur (51 %) dans des proportions semblables à celles des femmes vivant sans enfant (63 %, 57 %, 60 %, 47 % et 48 %, respectivement). Les hommes vivant avec de jeunes enfants signalent également de tels problèmes dans des proportions semblables à celles des hommes vivant sans enfant (figure 2).

Parmi les femmes en difficulté financière, on observe peu de différences entre les proportions de celles déclarant l’un ou l’autre de ces problèmes de santé mentale, qu’elles aient ou non de jeunes enfants au sein du ménage. Cela est également le cas pour les femmes qui n’ont pas subi de conséquences financières négatives immédiates : la cohabitation dans le ménage avec des enfants de 12 ans et moins ne semble pas changer les choses (figure 2).

L’analyse de l’état de santé mentale autodéclaré démontre la persistance de certaines différences selon le sexe lorsque l’on tient compte de la province de résidence, de l’âge, de la difficulté financière, de la perte d’emploi ou de salaire, de la présence d’enfants de 12 ans et moins, du revenu du ménage, de l’état matrimonial et du niveau de scolarité. En contrôlant ces variables et en les comparant à celles des hommes qui sont en difficulté financière, les femmes en difficulté financière sont environ deux fois plus susceptibles de souffrir d’anxiété, de tristesse ou de sautes d’humeur. Parmi les adultes n’ayant pas subi de conséquences financières négatives, on n’observe aucune différence marquée entre les hommes et les femmes à l’égard de la santé mentale, une fois ces facteurs contrôlés.

Cette analyse n’a pas permis d’identifier les raisons potentielles expliquant pourquoi les femmes sont plus susceptibles que les hommes de signaler des symptômes de mauvaise santé mentale, mais les recherches futures pourraient se concentrer sur les différences psychologiques qui existent entre les femmes et les hommes lors d’une situation de crise, afin de déterminer si oui ou non les femmes et les hommes réagissent différemment dans une situation de crise ou devant une menace immédiate pour la santé ou le bien-être de leur famille ou d’eux-mêmes. Des recherches plus approfondies examinant l’impact des aspects sexospécifiques par rapport à la charge de travail et à la prestation de soins au sein du ménage, y compris la charge mentale associée à ces tâches non rémunérées, pourraient également contribuer à faire la lumière sur ces différences.

Ana Fostik, Ph. D., Institut Vanier, en détachement de Statistique Canada

Jennifer Kaddatz, Institut Vanier, en détachement de Statistique Canada

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Notes

  1. Statistique Canada, « Les répercussions de la COVID-19 sur le marché du travail canadien » dans Infographies (9 avril 2020). Lien : https://bit.ly/3cQDBzj
  2. Un sondage de l’Institut Vanier de la famille, de l’Association d’études canadiennes et de la firme Léger, mené du 10 au 13 mars, du 27 au 29 mars et du 3 au 5 avril, du 10 au 12 avril, du 17 au 19 avril et du 24 au 26 avril 2020, comprenait environ 1 500 personnes de 18 ans et plus qui ont été interrogées à l’aide d’une technologie ITAO (interview téléphonique assistée par ordinateur) dans le cadre d’une enquête en ligne. Tous les échantillons, à l’exception de ceux du 10 au 13 mars et du 24 au 26 avril, comprenaient également un échantillon de rappel d’environ 500 immigrants. À l’aide des données du Recensement de 2016, les résultats ont été pondérés en fonction du sexe, de l’âge, de la langue maternelle, de la région, du niveau de scolarité et de la présence d’enfants dans le ménage, afin d’assurer un échantillon représentatif de la population. Aucune marge d’erreur ne peut être associée à un échantillon non probabiliste (panel en ligne, dans le présent cas). Toutefois, à des fins comparatives, un échantillon probabiliste de 1 512 répondants aurait une marge d’erreur de ±2,52 %, et ce, 19 fois sur 20.
  3. Statistique Canada, « Série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes 1 : Répercussions de la COVID‑19 sur la sécurité d’emploi et les finances personnelles, 2020 » dans Le Quotidien (20 avril 2020). Lien : https://bit.ly/3e7yaMC
  4. Leanne Findlay et Rubab Arim, « Les Canadiens perçoivent leur santé mentale comme étant moins bonne pendant la pandémie de COVID-19 » dans StatCan et la COVID‑19 : Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur, no 45-28-0001 au catalogue de Statistique Canada (24 avril 2020). Lien : https://bit.ly/36l4Gs7
  5. Ibidem

 

Les familles nouvellement établies au Canada et le bien-être financier pendant la pandémie

Laetitia Martin

21 mai 2020

En 2015, les 193 États membres de l’Organisation des Nations Unies, y compris le Canada, ont adopté 17 objectifs de développement durable. Basé sur un horizon de 15 ans, le plan vise à « éliminer la pauvreté, protéger la planète et améliorer la qualité de vie de toutes les personnes partout dans le monde1 ». L’élimination de la pauvreté est placée au premier plan compte tenu de la grande vulnérabilité qu’elle génère, surtout en temps de crise comme la pandémie à laquelle nous sommes confrontés en ce moment.

Étant donné cette période de vulnérabilité accrue, il est d’autant plus important de surveiller l’évolution de la situation économique et du bien-être des familles les plus démunies. Que l’on pense aux familles autochtones, immigrantes, monoparentales ou à tout autre type de familles sujettes à la pauvreté, l’analyse de données régulièrement mises à jour est essentielle pour suivre l’évolution de la situation. Ainsi, nos décideurs publics pourront mettre en œuvre des politiques et des programmes efficaces afin de réduire la pauvreté, et ce, même en période de crise.

Un peu plus de six semaines après l’instauration de mesures de distanciation sociale au pays, nous vous proposons aujourd’hui de poser un regard tout particulier sur les familles immigrantes. Selon les données du Recensement de 2016, chez les immigrants, qui constituent l’un des groupes les plus économiquement vulnérables au pays, près de 1 enfant sur 3 (32,2 %) vit alors sous le seuil de la pauvreté2. Quelles sont les difficultés économiques auxquelles ces familles sont actuellement confrontées?

Trois immigrants sur 10 ont de la difficulté à s’acquitter de leurs obligations financières immédiates

En période de pandémie, l’ensemble de la population peut être affecté par des pertes financières, et ce, nonobstant le degré de vulnérabilité économique préalable de chacun. C’est d’ailleurs ce que démontrent les données recueillies par un récent sondage réalisé sur six semaines par l’Institut Vanier de la famille, l’Association d’études canadiennes et la firme Léger3.

Qu’elles aient ou non un statut d’immigrant, près de 4 à 5 personnes sur 10 ont déclaré avoir subi des pertes de revenus à cause de la pandémie. Les immigrants étaient toutefois davantage représentés au sein de la population chez qui cette perte de revenus avait causé des difficultés à s’acquitter des obligations financières à court terme (figure 1). Dans les premières semaines suivant la mise en œuvre des mesures de distanciation sociale, près de 3 immigrants sur 10 (29 %) affirmaient avoir de la difficulté à payer leur loyer ou leur hypothèque à cause de la crise, soit près de 1 personne sur 10 de plus que chez les personnes nées au Canada (20 %). Il s’agit d’un écart qui semble vouloir perdurer au fil des semaines.

De plus, les immigrants étaient proportionnellement plus nombreux que les personnes nées au Canada à éprouver d’autres difficultés d’ordre financier à court terme, comme payer leurs comptes dans les délais prescrits. Ces indicateurs de stress financier rendent la population immigrante d’autant plus vulnérable qu’ils témoignent d’une difficulté à subvenir à leurs besoins essentiels de base, comme avoir un toit pour se loger et accéder aux services publics qui y sont associés, soit le minimum requis pour leur bien-être et celui de leur famille.

Plus de 1 parent immigrant sur 2 a subi une perte de revenus

Si on regarde plus en détail l’impact économique de la crise sur les familles immigrantes, on remarque que les effets négatifs ont été immédiats (figure 2). Dès la fin de mars, plus de 1 parent immigrant sur 2 affirmait avoir subi une perte de revenus à cause de la pandémie, une perte qui a eu pour effet de réduire sa capacité à venir en aide financièrement aux autres membres de sa famille. Ce soutien aurait pu non seulement s’avérer encore plus utile durant cette période difficile, mais cette incapacité à aider ses proches a pu avoir un effet boule de neige au sein des communautés ethniques les plus vulnérables économiquement.

Tendances à la baisse des parents immigrants ayant des difficultés financières immédiates

Sur une note plus positive, les tendances observées depuis les dernières semaines semblent démontrer une baisse de la proportion de parents immigrants subissant des impacts financiers immédiats. Après avoir atteint un sommet durant la première semaine d’avril, les proportions de parents immigrants connaissant des difficultés à payer leur loyer ou leur hypothèque, ou ayant de la difficulté à s’acquitter de leurs autres obligations financières, ont diminué de plus de 15 points de pourcentage au cours des quatre semaines suivantes. S’il est actuellement trop tôt pour déterminer précisément ce qui a pu causer ces diminutions, de tels résultats portent à croire que l’adaptation des entreprises en vue de continuer à maintenir leurs services malgré les règles de distanciation, ainsi que les mesures financières mises en place par les gouvernements ont pu contribuer à réduire la vulnérabilité économique des familles immigrantes dans l’immédiat.

Les parents immigrants financièrement vulnérables se rendent plus souvent à l’épicerie

Au-delà des impacts financiers directs, la vulnérabilité économique peut aussi limiter la possibilité d’adopter certains comportements favorisant une bonne santé. Par exemple, certains parents de familles immigrantes pourraient être tenus de choisir entre les besoins essentiels de leur famille et les ressources dont ils disposent pour réduire leur exposition à la COVID-19. De plus, il est possible que certaines familles économiquement vulnérables ne disposent d’aucune carte de crédit leur permettant de faire leurs achats en ligne, qu’elles ne puissent se permettre de payer le montant excédentaire demandé par les épiceries pour la livraison ou l’emballage des articles, ou encore qu’elles ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour faire des provisions pour plusieurs jours. Sans compter qu’il pourrait s’avérer plus difficile pour les personnes ne possédant pas de voiture de transporter une grande quantité de provisions à pied ou dans les transports en commun.

Ces contraintes pourraient expliquer pourquoi deux fois plus de parents immigrants ayant des difficultés financières immédiates (46 %) sont allés à l’épicerie plus d’une fois dans la semaine, comparativement à leurs homologues qui n’éprouvent pas les mêmes difficultés (23 %) (figure 3). Cette exposition accrue ne semble toutefois pas s’expliquer par un manque de conscientisation puisqu’on n’observe aucune différence significative entre ces deux groupes en ce qui a trait à leur respect des autres pratiques sécuritaires, telles que la distanciation sociale et le lavage des mains fréquent.

En instaurant les objectifs de développement durable en 2015, 193 États à travers le monde reconnaissaient que « les inégalités constituent une menace pour le développement économique et social4 ». Souvent qualifié de terre d’immigration, le Canada demeure néanmoins un pays où les familles immigrantes sont confrontées à un risque élevé de vulnérabilité économique. Les données récoltées depuis le début de la pandémie démontrent que ces inégalités persistent en période de crise. Les immigrants sont financièrement plus durement touchés dans l’immédiat que les personnes nées au Canada.

Six semaines de collectes de données hebdomadaires semblent toutefois témoigner d’une résilience nationale, c’est-à-dire d’une capacité à s’adapter à cette situation exceptionnelle en atténuant certains des effets négatifs. On peut donc voir d’un bon œil la tendance à la baisse de la prévalence des familles immigrantes éprouvant des difficultés à payer leur hypothèque ou leur loyer ou à remplir leurs autres obligations financières. Mais s’il y a une chose que les dernières semaines nous ont apprise, c’est que la situation change rapidement en période de pandémie. Il est donc important, plus que jamais, de surveiller la situation de près et de s’assurer d’identifier en temps opportun les besoins des familles les plus vulnérables, qu’elles soient autochtones, immigrantes, monoparentales ou autres. L’élimination de la pauvreté est un défi d’autant plus grand en période de crise.

Laetitia Martin, Institut Vanier, en détachement de Statistique Canada


Notes

  1. Organisation des Nations Unies, « Le programme de développement durable », dans Objectifs de développement durable. Lien : https://bit.ly/3dclcg6
  2. Statistique Canada, Tableaux de données, Recensement de 2016, tableau 98-400-X2016206 au catalogue de Statistique Canada. Lien : https://bit.ly/2TquwWd
  3. Un sondage de l’Institut Vanier de la famille, de l’Association d’études canadiennes et de la firme Léger, mené du 10 au 13 mars, du 27 au 29 mars, du 3 au 5 avril, du 10 au 12 avril, du 17 au 19 avril, du 24 au 26 avril et du 1er au 3 mai 2020, comprenait environ 1 500 personnes de 18 ans et plus qui ont été interrogées à l’aide d’une technologie ITAO (interview téléphonique assistée par ordinateur) dans le cadre d’une enquête en ligne. Tous les échantillons, à l’exception de ceux du 10 au 13 mars et du 24 au 26 avril, comprenaient également un échantillon de rappel d’environ 500 immigrants. À l’aide des données du Recensement de 2016, les résultats ont été pondérés en fonction du sexe, de l’âge, de la langue maternelle, de la région, du niveau de scolarité et de la présence d’enfants dans le ménage, afin d’assurer un échantillon représentatif de la population. Aucune marge d’erreur ne peut être associée à un échantillon non probabiliste (panel en ligne, dans le présent cas). Toutefois, à des fins comparatives, un échantillon probabiliste de 1 512 répondants aurait une marge d’erreur de ±2,52 %, et ce, 19 fois sur 20.
  4. Organisation des Nations Unies, « Égalité : pourquoi est-elle importante? », dans Objectif de développement durable 10 : Inégalités réduites. Lien : https://bit.ly/35qSzJz (PDF)

Le budget de la famille moderne : le revenu au Canada (janvier 2018)

À l’instar des familles elles-mêmes, le budget de la famille au Canada est à la fois diversifié, complexe et en constante évolution. À cet égard, le revenu familial ne fait pas exception. De fait, les données du Recensement de 2016 montrent que les revenus des ménages au Canada proviennent de sources diverses, et que les arrangements financiers sont appelés à changer au fil du temps, à mesure que les familles réagissent et s’adaptent aux forces socioéconomiques, culturelles et contextuelles en présence.

Compte tenu justement de sa nature complexe et multidimensionnelle, le budget de la famille demeure un concept parfois difficile à cerner. De fait, les paramètres qui influencent les finances familiales sont interdépendants plutôt qu’isolés : si le revenu de la famille est trop mince, il devient pratiquement impossible d’accumuler des économies; si les dépenses sont trop importantes, l’endettement n’est jamais bien loin; si les dettes s’accumulent, c’est le patrimoine familial qui en souffre. Et ainsi de suite… Toutefois, la question du budget de la famille comporte plusieurs aspects qui se révèlent particulièrement intéressants dans une perspective familiale.

Chaque ménage dispose d’un éventail unique de revenus pour répondre à ses différentes obligations, que ce soit au foyer ou dans la collectivité. Ces arrangements financiers ne sont pas fixes, mais évoluent plutôt au fil de l’existence en fonction du contexte familial et des ressources disponibles.

Afin de mieux comprendre ce volet, l’Institut Vanier fait paraître le document Le budget de la famille moderne : le revenu au Canada (janvier 2018).

Quelques faits saillants…

  • En 2015, le revenu total médian des ménages au Canada se chiffrait à environ 70 300 $ avant impôt (61 300 $ après impôt), et celui des particuliers atteignait 34 200 $ avant impôt (un peu moins de 30 900 $ après impôt).
  • Les revenus des ménages provenaient de sources diverses, notamment des revenus d’emploi (environ 71 % des Canadiens ont déclaré de tels revenus), des revenus de placement (30 %), des prestations du RPC ou de la RRQ (23 %), des prestations de la Sécurité de la vieillesse ou du Supplément de revenu garanti (18 %), des paiements de la Prestation fiscale canadienne pour enfants (11 %), des prestations de l’assurance-emploi (9 %), des prestations d’aide sociale (5 %), etc.
  • Certains groupes ont des revenus inférieurs à la moyenne nationale et affichent un taux de faible revenu plus marqué, notamment les femmes, les peuples des Premières Nations, les Inuits et les Métis, ainsi que les immigrants (particulièrement les immigrants récents et les résidents non permanents), les groupes de minorités visibles et les personnes ayant une incapacité.
  • En 2015, près du tiers (32 %) des couples mariés ou en union de fait au Canada ont empoché des revenus « relativement semblables », même si les femmes ont reçu en moyenne autour de 0,87 $ pour chaque dollar gagné par les hommes.
  • Le service de la dette occupe une portion moins importante du revenu des ménages par rapport aux décennies précédentes, alors que ce poste de dépenses est passé de 10,8 % en 1991 à 6,4 % en 2015.
  • Au Canada, un cinquième des aînés (19,8 %, soit 1,1 million de personnes) affirment avoir travaillé à un moment donné en 2015, soit près de deux fois plus qu’en 1995 (à 10,1 %).
  • De nombreux Canadiens de tous âges prévoient continuer de travailler passé l’âge de 65 ans pour s’assurer d’un revenu suffisant, et plus du tiers (36 %) déclaraient en 2014 que les revenus d’un travail régulier faisaient partie de leur planification financière à la retraite.

Le revenu au Canada paraît dans le cadre de la série Le budget de la famille moderne publiée par l’Institut Vanier, qui cible certains enjeux comme les revenus et les dépenses, l’épargne et l’endettement, ou encore le patrimoine et les avoirs nets. Les prochaines parutions dans la même série mettront en relief certaines réalités particulières en lien avec le budget de la famille, notamment chez les familles des militaires et des vétérans, les familles touchées par la mobilité, ainsi que les familles touchées par l’incapacité.

Cette publication bilingue sera régulièrement mise à jour en fonction des nouvelles données. Souscrivez à notre infolettre mensuelle pour connaître les mises à jour et les autres nouvelles concernant les publications, les projets et les initiatives de l’Institut Vanier.

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Coup d’œil sur les familles et l’alimentation au Canada

L’alimentation est au cœur de la vie de famille. Il s’agit bien sûr d’une nécessité biologique dont dépendent la survie et le bien-être, mais le portrait est en fait beaucoup plus large… Les choix alimentaires sont-ils seulement guidés par des caprices et des préférences individuelles? Bien souvent, l’alimentation n’est pas étrangère à l’identité culturelle, communautaire et familiale. Et parfois, ces choix nous sont en quelque sorte imposés en fonction de l’accessibilité et de la disponibilité des aliments.

Peu importe la situation, les familles parviennent à s’adapter et à réagir pour répondre aux besoins nutritionnels de chacun. Certaines familles ont souvent l’occasion de manger ensemble, et les repas familiaux sont alors l’occasion de « moduler » ces relations familiales en procurant un cadre favorable à l’expression des dynamiques internes, qu’il s’agisse de déléguer les responsabilités pour faire la cuisine, de discuter des prochaines vacances ou de négocier la corvée de vaisselle… D’autres familles sont plutôt contraintes de manger « sur le pouce », parfois en raison d’horaires chargés ou à cause des impératifs de la mobilité pour le travail.

Le document intitulé Coup d’œil sur les familles et l’alimentation au Canada jette un regard sur l’évolution des rapports qu’entretient la famille avec l’alimentation au pays, en mettant notamment en lumière diverses études et statistiques au sujet des repas familiaux, des habitudes alimentaires, de la nutrition, de la sécurité alimentaire, etc.

Quelques faits saillants…

  • En 2017, plus des six dixièmes des Canadiens interrogés (62 %) disent souper en famille au moins cinq fois par semaine.
  • Au Canada, plus du quart des personnes interrogées en 2017 (26 %) s’accordent pour dire qu’il leur est « impossible de préparer des repas ou de manger à la maison en raison des impératifs de la conciliation travail-vie personnelle ».
  • Selon les plus récentes données, 12 % des ménages au Canada (1,3 million) ont été affectés par l’insécurité alimentaire en 2014, soit 3,2 millions de personnes.
  • Plus de la moitié (52 %) des Inuits de l’Inuit Nunangat1 âgés de 25 ans ou plus vivaient au sein d’un ménage touché par l’insécurité alimentaire en 2012.
  • En 2015, les ménages au Canada ont dépensé en moyenne 8 600 $ en épicerie, soit une hausse de 9,9 % par rapport à 2010.
  • Devant la hausse des prix, les quatre dixièmes des répondants qui trouvent que la facture d’épicerie s’alourdit affirment devoir faire des compromis dans leurs choix pour une saine alimentation.
  • D’après une étude menée en 2017, plus des trois quarts des Canadiens négligent de consommer le nombre recommandé de portions quotidiennes de fruits et légumes recommandées par le Guide alimentaire canadien, ce qui entraîne un fardeau socioéconomique annuel estimé à 4,39 milliards de dollars.
  • Pour le seul mois de mars 2016, plus de 863 000 personnes ont eu recours aux banques alimentaires au Canada (soit 28 % de plus qu’en 2008), et les familles avec enfants représentaient 40 % des ménages ayant eu recours à une telle aide.
  • Des travaux de recherche révèlent que la malnutrition généralisée qu’ont connue les enfants autochtones ayant fréquenté les pensionnats indiens au Canada a eu des incidences multigénérationnelles (qui persistent aujourd’hui) sur la santé et le bien-être de leurs enfants et petits-enfants, accentuant ainsi la prévalence de maladies chroniques.

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Cette publication de la série Coup d’œil sur les statistiques est dédiée à David Northcott, CM, OM, directeur général retraité de la banque alimentaire Winnipeg Harvest, et fondateur de l’Association canadienne des banques alimentaires et de l’Association manitobaine des banques alimentaires. David a récemment achevé son deuxième mandat complet au sein du conseil d’administration de l’Institut Vanier. Toute l’équipe de l’Institut a largement bénéficié de son enthousiasme, de son dévouement pour le bien-être de la famille, ainsi que de sa grande générosité.

 

Notes


  1. Selon Statistique Canada : « Inuit Nunangat est la patrie des Inuits du Canada. Elle comprend les communautés incluses dans les quatre régions inuites : Nunatsiavut (la côte nord du Labrador), Nunavik (Nord du Québec), le territoire du Nunavut et la région Inuvialuit des Territoires du Nord-Ouest. Ensemble, ces régions englobent le territoire traditionnellement habité par les Inuits au Canada. » Lien : http://bit.ly/2xQYE0A

En contexte : comprendre les soins de maternité au Canada

S’il est vrai, comme le veut le dicton, qu’« il faut tout un village pour élever un enfant », il faut certainement toute une collectivité pour faciliter sa naissance. Tout au long de la période périnatale, plusieurs personnes prodiguent des soins aux femmes enceintes et aux nouvelles mères. Les réseaux et les relations sur lesquels s’appuient ces intervenants jouent un rôle majeur pour assurer la santé et le bien-être des nouvelles mères et de leurs nourrissons.

La naissance représente un jalon important et exaltant, qui voit la famille s’élargir et la venue d’une nouvelle génération. Il s’agit également d’une période cruciale pour le développement de l’enfant, très vulnérable à ce stade, mais également susceptible de bénéficier grandement d’un milieu sain.

La grossesse, la naissance, l’accouchement et les soins postnataux évoluent sans cesse au fil des générations. Compte tenu des avancées médicales et de l’amélioration globale des soins de maternité, de l’alimentation et du niveau de vie en général tout au long du XXe siècle, on a constaté des progrès considérables en ce qui concerne le taux de mortalité maternelle (décès d’une femme à la suite de complications de la grossesse ou de l’accouchement), le taux de morbidité maternelle (complications pour la mère en lien avec l’accouchement) et le taux de mortalité infantile.

Mortalité Maternelle et infantile au Canada 

En 1931, la mortalité maternelle représentait 508 décès pour chaque tranche de 100 000 naissances vivantes, mais on ne comptait plus que 7 décès par tranche de 100 000, en 2015.

De 1931 à 1935, le taux de mortalité infantile moyen atteignait 76 décès pour chaque tranche de 1 000 naissances vivantes, mais se limitait à 4,9 décès par tranche de 1 000, en 2013.

À partir du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle, l’accouchement se passait généralement à la maison et les soins de maternité au Canada étaient dispensés au sein de la collectivité. En règle générale, il incombait aux familles et aux sages-femmes de prendre soin des femmes enceintes et des nouvelles mères. Toutefois, avec l’instauration des régimes d’assurance-maladie au XXe siècle, les hôpitaux et les services médicaux ont graduellement pris le relais pour encadrer les naissances et les soins de maternité, principalement sous la supervision de professionnels de la santé comme les médecins et les obstétriciens. On a parfois parlé de « médicalisation de la naissance » pour évoquer cette tendance.

Par conséquent, au début des années 80, la vaste majorité des femmes accouchaient désormais dans les hôpitaux régionaux, sous la supervision d’un médecin de famille ou d’un obstétricien, avec l’aide d’infirmières en obstétrique. Du même coup, les conjoints et les autres membres de la famille se retrouvaient en marge du processus de l’accouchement, souvent confinés à des salles d’attente. Après la naissance, les mères aussi étaient séparées de leurs bébés gardés en pouponnière, ce qui s’avérait parfois traumatisant tant pour la mère que pour son nourrisson.

Puis les centres hospitaliers ont progressivement instauré des politiques de cohabitation pour la mère et son bébé en vue de faciliter l’allaitement et de favoriser les liens d’attachement mère-enfant, au bénéfice de la santé et du bien-être de chacun. Dans le cadre de cette cohabitation, les infirmières ont commencé à transmettre de l’information aux nouvelles mères relativement à leur rétablissement, en leur donnant notamment divers conseils sur l’allaitement et les soins postnataux. Au fil de ces changements subséquents dans les pratiques de soins postnataux, on a réussi à raccourcir considérablement la durée d’hospitalisation des femmes suivant l’accouchement, qui est passée de cinq journées d’hospitalisation en moyenne en 1984-1985 dans le cas d’un accouchement vaginal, à une ou deux journées actuellement.

De nos jours, les conjoints sont beaucoup plus impliqués qu’autrefois dans l’accouchement et le processus périnatal. La plupart assistent à l’accouchement et assument ensuite un rôle accru dès les premières heures de vie de leur enfant de même qu’au cours des années suivantes. Il n’est pas rare d’entendre les couples modernes parler de l’accouchement comme d’une expérience conjointe, et cette tendance se reflète d’ailleurs dans les propos de plusieurs (« Nous attendons un enfant… », etc.).

Qu’est-ce que les soins de maternité?

Les soins périnataux ou de maternité (on emploiera ici soins de maternité) sont des termes génériques pour désigner le continuum de soins auprès de la mère et de son bébé, et ce, avant, pendant et après la naissance. On parle plus précisément des soins prénataux ou anténataux (c.-à-d. les soins durant la grossesse), des soins pernataux (soit durant le travail et l’accouchement) ainsi que des soins postnataux ou post-partum (c.-à-d. les soins à la mère et au nouveau-né après la naissance). Puisque la mère et l’enfant vivent tous deux d’importants changements au cours de la période périnatale, les soins de maternité supposent un large éventail de mesures de suivi et de soins de santé.

Les soins prénataux ou anténataux (on emploiera ici les soins prénataux) visent à surveiller et à favoriser la santé et le bien-être de la mère et de son fœtus en développement avant la naissance. Diverses techniques de surveillance et de diagnostic sont mises à contribution pour assurer la santé fœtale, notamment au moyen d’échographies et de prélèvements sanguins. Pendant cette période, la santé de la mère est aussi suivie de près par les professionnels de la santé. Les femmes enceintes reçoivent de l’information sur la grossesse, le développement du fœtus, le confort physique, les différents tests, la planification en vue de l’accouchement, ainsi que sur la préparation au rôle de parent.

La plupart des femmes (87 %) disent avoir reçu le soutien de leur partenaire, de leur famille ou de leurs amis durant la période prénatale.

Selon l’Enquête canadienne sur l’expérience de la maternité de 2009, la plupart des femmes (87 %) disent avoir reçu le soutien de leur partenaire, de leur famille ou de leurs amis durant la période prénatale. Au cours de cette période, ce soutien ainsi que les soins des praticiens de la santé s’avèrent particulièrement importants puisque plusieurs femmes (57 %) affirment que la plupart des journées sont stressantes. Durant la grossesse, le stress chez la mère peut affecter le bien-être du bébé, et parfois causer une naissance prématurée ou un faible poids à la naissance.

Selon la vaste majorité des femmes enceintes interrogées (95 %), les soins prénataux débutent généralement au cours du premier trimestre de grossesse. Parmi certains groupes toutefois, ces soins commencent parfois plus tard qu’au premier trimestre, notamment pour la tranche des 15 à 19 ans, pour les femmes moins scolarisées ou pour celles vivant au sein d’un ménage à faible revenu. À cet égard, l’une des principales raisons évoquées pour expliquer les soins tardifs en cours de grossesse concernait les difficultés d’accès à un médecin ou à professionnel de la santé.

Les soins pernataux ou intrapartum (on emploiera ici les soins pernataux) désignent les soins et l’assistance auprès des mères durant le travail et l’accouchement, notamment pour que la naissance se déroule dans un cadre sécuritaire et hygiénique, et pour surveiller la santé de la mère et de l’enfant tout au long du processus. La plupart du temps, ces soins sont prodigués en milieu hospitalier, où les mères bénéficient des services de divers professionnels de la santé, notamment des obstétriciens et des gynécologues (principaux fournisseurs de soins de santé durant l’accouchement, selon 70 % des mères interrogées), des médecins de famille (15 %), des infirmières ou des infirmières praticiennes (5 %) ou encore des sages-femmes (4 %).

L’importance du soutien affectif n’est pas négligeable durant cette période, qu’il provienne d’un conjoint ou partenaire, d’un ami, d’un membre de la famille, d’une sage-femme ou d’une accompagnante à la naissance (ou d’une combinaison de ces intervenants). Les études ont montré que les femmes qui bénéficient d’un soutien social constant seraient plus susceptibles d’accoucher rapidement (quelques heures de moins) et par voie vaginale, de considérer l’accouchement et la naissance comme un épisode heureux, et d’avoir moins recours à divers analgésiques.

Les études ont montré que les femmes qui bénéficient d’un soutien social constant seraient plus susceptibles d’accoucher rapidement et par voie vaginale, et de considérer l’accouchement et la naissance comme un épisode heureux.

Les soins postnataux ou post-partum (on emploiera ici les soins postnataux) visent à soutenir la mère et le nouveau-né après la naissance, ce qui suppose le suivi de leur état de santé ainsi que diverses évaluations de routine en vue de cibler tout écart par rapport à la courbe normale de rétablissement après l’accouchement, pour pouvoir intervenir au besoin.

La période postnatale couvre les six premières semaines de vie de l’enfant, soit une « phase critique » au cours de laquelle les professionnels de la santé fournissent divers soins et procèdent à plusieurs examens importants pour assurer le bien-être de la mère et de l’enfant, comme le confirme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Dans ses lignes directrices de 2013 concernant les soins postnataux, l’OMS cible les pratiques exemplaires à privilégier, entre autres en ce qui concerne les soins postnataux auprès des mères et des bébés durant les 24 premières heures (peu importe où l’accouchement a eu lieu), l’importance de garder la mère et l’enfant au moins 24 heures dans un établissement de santé sans précipiter le congé, et la nécessité de prévoir au moins quatre suivis postnataux durant les six semaines suivant l’accouchement.

D’après l’Enquête canadienne sur l’expérience de la maternité, plus des sept dixièmes des femmes (73 %) considéraient que leur santé était « excellente » ou « très bonne » après un délai de cinq à quatorze mois suivant l’accouchement. Cependant, plus des quatre dixièmes des Canadiennes (43 %) affirmaient avoir connu au moins « un gros problème » de santé post-partum au cours des trois premiers mois suivant l’accouchement, notamment des douleurs aux seins (16 % des femmes), des douleurs dans la région vaginale ou de l’incision de la césarienne (15 %), ou encore des maux de dos (12 %).

Le soutien postnatal peut aussi s’avérer important pour contrer la dépression post-partum, qui toucherait 10 à 15 % des mères dans les pays développés. Des études ont révélé que la dépression post-partum dépend de certains facteurs déterminants, notamment le stress vécu par la mère durant la grossesse, l’accessibilité à des mesures de soutien social, ainsi que les antécédents personnels de dépression. Selon les données de recherche, le soutien affectif du partenaire et des autres membres de la famille tout au long de la période périnatale contribuerait à réduire les risques de dépression post-partum et de troubles émotionnels chez la mère tout comme chez le nouveau-né.

Du reste, les services offerts en soins postnataux varient d’une région ou d’une collectivité à l’autre au Canada, qu’il s’agisse de soutien informationnel, de visites à domicile par une infirmière en santé publique ou un éducateur non-spécialiste de la santé, ou encore du soutien téléphonique d’une sage-femme ou d’une infirmière en santé publique.

Depuis quelques décennies, le secteur privé offre une panoplie grandissante de services postnataux, notamment des services intensifs d’accompagnantes post-partum pour s’occuper des nouveau-nés, de l’aide à l’allaitement naturel ou au biberon, ou encore des services de garde d’enfants, de préparation des repas ou d’aide aux tâches ménagères, etc. Toutefois, ces services privés ont un coût et, par conséquent, ne sont pas accessibles à toutes les familles.

D’où proviennent les soins de maternité?

Outre les soins et le soutien des proches et des amis, la réalité moderne des soins de maternité dépend aussi de nombreux professionnels de la santé qui contribuent chacun à leur façon au continuum de soins, notamment les médecins de famille, les obstétriciens ou gynécologues, les infirmières, les infirmières praticiennes, les sages-femmes de même que les accompagnantes à la naissance.

D’abord, les médecins de famille fournissent des soins à la plupart des nouvelles mères tout au long de la période périnatale. Ils sont susceptibles d’intervenir à tous les stades des soins de maternité ou des soins aux nourrissons, mais tous n’offrent pas nécessairement la gamme complète des soins. Par rapport aux décennies antérieures, on constate cependant un recul du nombre de médecins prodiguant des soins de maternité au Canada. En effet, la proportion des médecins de famille qui procèdent à des accouchements a fléchi au pays de 1997 à 2010, passant de 20 % à 10,5 %. De nos jours, une proportion croissante des tâches et des responsabilités de soins reviennent à d’autres professionnels de la santé, comme les obstétriciens ou les sages-femmes.

La plupart des médecins de famille qui participent aux soins de maternité ou aux nourrissons le font dans une approche de « soins partagés », c’est-à-dire que leur suivi ne dépasse pas un certain stade de la grossesse (souvent entre 24 et 32 semaines), après quoi les soins sont confiés à un autre fournisseur comme un obstétricien, une sage-femme ou un autre médecin de famille accoucheur. De fait, certains médecins de famille participent à l’accouchement, mais leur nombre varie considérablement d’une province à l’autre ou en fonction de la disponibilité d’autres fournisseurs de soins de santé.

Au Canada, les obstétriciens et gynécologues assument une part grandissante des soins pernataux, mais ce n’est pas le cas de tous ces spécialistes, et les proportions à cet égard varient d’une province à l’autre. Puisqu’ils possèdent une expertise et des connaissances spécialisées au sujet de la grossesse, de l’accouchement, de la santé sexuelle féminine et des soins génésiques (y compris une formation en chirurgie pour effectuer notamment des césariennes), plusieurs agissent également comme experts-conseils auprès des autres médecins, ou encore supervisent les grossesses à haut risque.

Les infirmières et infirmiers représentent le groupe le plus important en nombre parmi les fournisseurs de soins de maternité au Canada. Appelés à jouer un rôle actif tout au long de la période périnatale, ces intervenants prodiguent un éventail de soins, ce qui se traduit notamment par de l’éducation au sujet de l’accouchement, ainsi que par des services prénataux à domicile auprès des femmes ayant une grossesse à haut risque, de l’assistance durant l’accouchement, et parfois aussi des soins de suivi auprès des nouvelles mères. Après la naissance, les infirmières et infirmiers sont souvent appelés à transmettre de l’information aux nouvelles mères tout en les préparant en vue de leur congé, y compris en ce qui concerne l’allaitement, les soins du bain, les symptômes de la jaunisse, la sécurité pendant le sommeil, la santé mentale post-partum, l’alimentation, etc.

Quant aux infirmières praticiennes, ce sont des infirmières agréées assumant une gamme élargie de responsabilités en soins de santé. Dans bien des cas, elles fournissent des soins de première ligne en suivi de grossesse à faible risque, et interviennent à plusieurs niveaux (examens physiques, tests de dépistage ou de diagnostic, soins postnataux, etc.). Lorsqu’elles sont appelées à assumer ou à faciliter des soins de maternité, les infirmières praticiennes travaillent souvent au sein d’équipes multidisciplinaires en collaboration avec d’autres professionnels de la santé, dont les médecins et les sages-femmes. En milieu hospitalier, on les retrouve également en salle d’obstétrique et d’accouchement, dans les unités de soins post-partum, dans les unités néonatales de soins intensifs ainsi que dans les services de consultation externes. Compte tenu de leur expertise et de leur formation élargie, les infirmières praticiennes jouent un rôle important dans les collectivités rurales ou éloignées, où elles fournissent dans bien des cas la gamme complète des services de soins de santé.

Compte tenu de leur expertise élargie et de leur formation, les infirmières praticiennes jouent un rôle important dans les collectivités rurales ou éloignées, où elles fournissent dans bien des cas l’éventail complet des services de soins de santé.

Les sages-femmes, quant à elles, prodiguent des soins de santé primaires auprès des femmes enceintes et des nouvelles mères, et ce, durant toute la période périnatale. Assumant un rôle de plus en plus important dans le paysage moderne des soins de maternité au Canada, les sages-femmes procurent toute une gamme de services, comme demander des tests de dépistage et en assurer le suivi, accompagner les femmes qui accouchent à domicile ou dans les centres de naissances, superviser l’admission des mères qui doivent accoucher à l’hôpital, ou encore épauler les nouvelles mères pour faciliter l’allaitement, leurs premiers pas comme parents ou leur rétablissement post-partum. Selon les cas, les sages-femmes travaillent en consultation ou en collaboration avec d’autres professionnels de la santé.

Leur rôle a largement évolué au cours des dernières décennies, si bien qu’un nombre grandissant de sages-femmes sont désormais mises à contribution dans divers milieux, que ce soit à domicile, dans les collectivités, dans les hôpitaux, dans les centres médicaux ou dans les unités de soins. La formation et la spécialisation des sages-femmes sont de plus en plus encadrées, puisque ces dernières sont désormais reconnues et intégrées dans les réseaux de soins de santé de la plupart des provinces et territoires au pays (mais pas tous).

Parallèlement, les accompagnantes à la naissance (doulas) fournissent du soutien non clinique et non médical auprès des nouvelles mères et de leur famille, de concert avec les praticiens de la santé comme les médecins, les sages-femmes et les infirmières. Le rôle des accompagnantes à la naissance n’est pas réglementé, et vise surtout à offrir un soutien affectif et informationnel. Celles-ci ne prodiguent pas de soins directs et ne prennent pas en charge les accouchements.

Il existe différents types d’accompagnantes à la naissance, selon les stades de la grossesse. D’abord, les accompagnantes antepartum offrent du soutien affectif, physique et informationnel au cours de la période prénatale, qu’il s’agisse de renseigner les futures mères et leur famille au sujet des groupes de soutien existants ou des techniques pour favoriser le confort physique, ou encore de les aider dans certaines tâches comme les courses ou la préparation des repas. Ensuite, les accompagnantes à la naissance se chargent d’épauler les nouvelles mères et leur partenaire durant le travail et l’accouchement, en leur fournissant notamment du soutien affectif et informationnel tout en favorisant leur confort sur le plan physique. Enfin, les accompagnantes post-partum soutiennent les nouvelles mères après la naissance du bébé, en leur fournissant de l’information au sujet de l’allaitement et des moyens d’apaiser le nourrisson, tout en se chargeant parfois de quelques tâches ménagères et de la garde des enfants.

Finalement, les spécialistes en périnatologie s’occupent des soins liés aux grossesses à haut risque (ex. : maladie chronique de santé maternelle, naissances multiples, diagnostics génétiques). Ces intervenants ont une formation d’obstétricien ou de gynécologue, doublée d’une spécialisation axée sur les grossesses à risque. Au besoin, les obstétriciens et gynécologues dirigent donc leurs patients vers ces spécialistes en périnatalogie, et travaillent de concert avec eux pour assurer le suivi de la santé maternelle.

Une réalité particulière : l’accouchement en régions rurales ou éloignées au Canada

Les soins de maternité posent des défis uniques en régions rurales ou éloignées (y compris dans les régions nordiques du Canada), et ce, parce que les installations médicales et les équipements spécialisés sont parfois éloignés sur le plan géographique, parce que les fournisseurs de soins ne bénéficient pas d’autant de soutien de leurs pairs, et parce qu’il y a moins de médecins disponibles sur appel pour réaliser des césariennes et des anesthésies (et aussi moins d’installations et de services que dans les centres urbains à cet effet).

En milieu rural, les soins de maternité sont généralement pris en charge par des équipes formées de médecins de famille, d’infirmières et de sages-femmes. Dans certaines collectivités, il s’agit d’ailleurs des seuls professionnels de la santé offrant des soins de maternité. De fait, les médecins de famille en milieu rural sont beaucoup plus susceptibles de devoir assurer des soins obstétricaux que leurs homologues des centres urbains. Depuis quelques décennies cependant, plusieurs collectivités rurales sont confrontées à la fermeture des maternités et à une baisse du nombre de médecins de famille offrant des soins de maternité.

Compte tenu du nombre limité de services et de fournisseurs de soins de maternité dans les régions rurales et éloignées, plusieurs femmes enceintes doivent donc se tourner vers les centres urbains pour accoucher. Selon un rapport publié en 2013 par l’Institut canadien d’information sur la santé, plus des deux tiers (67 %) des femmes des milieux ruraux au Canada disent avoir accouché dans un hôpital urbain, et 17 % d’entre elles ont dû faire plus de deux heures de route pour donner naissance à leur enfant. La proportion est encore plus élevée dans les régions nordiques, alors que les deux tiers des mères interrogées au Nunavut et la moitié de celles interrogées aux Territoires du Nord-Ouest disent avoir accouché hors de leur collectivité.

Les deux tiers des mères interrogées au Nunavut et la moitié de celles interrogées aux Territoires du Nord-Ouest disent avoir accouché hors de leur collectivité.

Or, cette réalité affecte le bien-être de plusieurs femmes autochtones des régions nordiques, dont plusieurs doivent même prendre l’avion pour se rendre dans un centre hospitalier afin d’y recevoir des soins de maternité secondaires ou tertiaires loin de leur foyer, de leur territoire, de leur collectivité et de leur environnement linguistique. (Voir l’encadré Les sages-femmes autochtones au Canada.) La plupart des mères interrogées admettent qu’avoir dû s’éloigner de leur foyer pour accoucher s’était avéré stressant et avait eu des répercussions sur leur famille. En avril 2016, le gouvernement fédéral a annoncé des compensations financières pour que les mères autochtones puissent être accompagnées d’un proche lorsque l’accouchement doit se produire loin de la collectivité.

Dans les régions nordiques, le nombre d’hôpitaux communautaires offrant des soins obstétricaux a chuté depuis les années 80. Toutefois, plusieurs centres de naissances ont ouvert leurs portes pour combler le déficit, comme à Puvirnituq (Nunavik), à Rankin Inlet (Nunavut) et à Inukjuak (Québec). Ces installations permettent aux femmes ayant une grossesse à faible risque d’accoucher dans leur propre collectivité. Toutefois, les mères nécessitant une césarienne ou présentant des risques de complications doivent quand même se déplacer pour donner naissance à leur enfant.

Une réalité particulière : les femmes enceintes et les nouvelles mères arrivées depuis peu au Canada

Le Canada accueille plusieurs familles d’immigrants, qui représentent une proportion grandissante de la population. En 1961, 16 % des habitants du Canada disaient être nés à l’étranger, et cette proportion atteignait 21 % en 2011.

L’immigration influence la maternité, notamment en ce qui a trait au moment choisi pour avoir un enfant. Les études montrent que les naissances sont généralement peu nombreuses chez les immigrants au cours des deux années avant leur arrivée, mais la fécondité « rebondit » ensuite la plupart du temps. Selon les chercheurs Goldstein et Goldstein, « les choix des arrivants en matière de fécondité répondent plus souvent aux tendances du pays d’accueil qu’aux préférences qui prévalaient dans leur pays d’origine avant leur départ » [traduction].

Des études ont exploré un certain nombre de raisons pour lesquelles la fécondité peut être affectée par l’expérience de l’immigration, notamment la séparation temporaire du conjoint pendant le processus de migration, le choix volontaire de repousser une grossesse jusqu’à l’admissibilité aux diverses mesures de soutien (ex. : allocations pour enfants), ainsi que les perturbations financières pendant la migration et au début de l’installation (jusqu’à ce que les parents trouvent un emploi rémunéré).

Par ailleurs, les immigrants récents sont beaucoup plus susceptibles que les Canadiens nés au pays de se retrouver dans un ménage multigénérationnel (abritant au moins trois générations). En 2011, 21 % des immigrants de 45 ans ou plus (arrivés au Canada entre 2006 et 2011) déclaraient vivre une telle cohabitation, contre seulement 3 % des Canadiens nés au pays. Par conséquent, les femmes enceintes et les nouvelles mères vivant au sein d’un ménage multigénérationnel bénéficient éventuellement de la présence de proches capables d’offrir des soins et du soutien.

En ce qui concerne l’accès aux soins de maternité, les études ont montré que, même si plusieurs immigrantes ont généralement accès aux soins de maternité dont elles ont besoin, leur taux de satisfaction à cet égard semble varier considérablement selon les régions du pays. En effet, plusieurs affirment avoir rencontré des obstacles liés à l’accès ou à l’utilisation des services de soins de maternité, notamment parce qu’elles n’avaient pas été suffisamment informées des services (parfois à cause de la barrière linguistique), parce qu’elles ne disposaient pas de soutien suffisant pour accéder aux services (c.-à-d. naviguer à l’intérieur du système de soins de santé), ou à cause d’une disparité entre les attentes des femmes immigrantes et celles des fournisseurs de services. Dans certaines régions, les femmes immigrantes bénéficient d’un précieux soutien affectif, informationnel et logistique de la part des accompagnantes à la naissance (doulas) durant la période périnatale.

Selon les parents immigrants, le soutien social (famille, amis et membres de la collectivité) représente un facteur crucial pour favoriser l’accès aux soins de maternité. En effet, ce cercle de soutien peut jouer un rôle important pour jeter des ponts entre les nouvelles ou futures mères provenant de l’extérieur du Canada et le réseau de soins de maternité. Parfois, ces personnes peuvent intervenir auprès des fournisseurs de services et de soins de santé pour s’assurer que les mères bénéficient de soins de maternité « conformes à leur culture et respectueux de leur réalité culturelle » [traduction].

Les soins de maternité : en appui aux familles en pleine croissance au Canada

La grossesse et l’accouchement sont des moments charnières de la vie, non seulement pour les nouvelles mères, mais aussi pour leur famille, leurs amis et leur collectivité. La réalité familiale a beaucoup changé depuis quelques générations en ce qui a trait à la grossesse, à l’accouchement et à la période postnatale, mais certaines constantes demeurent : la valeur et l’importance des soins de qualité, la diversité des expériences vécues dans les différentes régions du Canada, sans compter la joie et l’excitation qui caractérisent ce jalon mémorable et significatif de l’existence.


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Le contenu de cet article a été révisé par Marilyn Trenholme Counsell, OC, MA, MD, médecin de famille à la retraite, ancienne lieutenante-gouverneure (Nouveau-Brunswick), ex-ministre de la Famille (N.-B.) et sénatrice (N.-B.).

Vous trouverez toutes les références et les sources d’information dans la version PDF de cet article.

Publié le 11 mai 2017

Coup d’œil sur les femmes, le travail et la famille au Canada

Le Canada compte plus de 18 millions de femmes (9,8 millions d’entre elles étant des mères), dont plusieurs assument de multiples responsabilités à la maison, au travail et au sein de leur collectivité. Depuis plusieurs générations, les femmes au Canada entretiennent des rapports changeants avec le monde du travail, et cette situation évolue et se renouvelle encore et toujours. La réalité des femmes est très différente de celle des hommes à cet égard et se caractérise par une grande diversité parmi les femmes elles-mêmes, où entrent en ligne de compte de nombreux facteurs en lien notamment avec les normes et les attentes culturelles, le statut familial, l’incapacité et certaines caractéristiques démographiques.

Afin de mieux comprendre les réalités multiples et évolutives des femmes au Canada par rapport au travail et à la famille, l’Institut Vanier de la famille a publié Coup d’œil sur les femmes, le travail et la famille au Canada. Ce document sert de complément à notre ligne du temps intitulée Cinquante ans : les femmes, le travail et la famille au Canada, qui illustre visuellement les expériences diversifiées des femmes au Canada en lien avec le travail et la famille.

Quelques faits saillants…

  • Parmi les femmes du principal groupe d’âge actif (25 à 54 ans), la proportion des femmes sur le marché du travail a connu une hausse considérable au fil des générations, passant de 35 % en 1964 à 82 % en 2016.
  • Le taux d’emploi varie en fonction des différentes catégories parmi les femmes du principal groupe d’âge actif, notamment chez les immigrantes récentes (53 %), les femmes se réclamant d’identité autochtone (67 %) et les femmes ayant une incapacité (de 52 à 56 % selon les sous-groupes d’âge).
  • En moyenne, les gains horaires moyens des femmes sans enfants sont 12 % plus élevés que celles avec enfants. On parle parfois de « taxe à la maternité » pour évoquer cet écart salarial.
  • En 2016, près du tiers (32 %) des travailleuses à temps partiel de 25 à 44 ans disaient travailler à temps partiel pour pouvoir prendre soin des enfants.
  • 70 % des mères ayant un enfant de 5 ans ou moins occupaient un emploi en 2015, contre seulement 32 % en 1976.
  • Au Québec, à peine 11 % de toutes les nouvelles mères n’ont pas bénéficié de prestations de congé parental ou de maternité en 2013, comparativement à 36 % dans le reste du Canada. Cet écart s’explique par les différents critères d’admissibilité à l’assurance-emploi d’une province à l’autre.
  • Au Canada, 72 % de toutes les mères interrogées se disent satisfaites de leur équilibre travail-vie personnelle, mais cette proportion recule à 63 % chez les mères qui assument aussi une charge d’aidante familiale.
  • 75 % des mères en emploi ayant accès à des modalités de travail flexibles se disent satisfaites de leur équilibre travail-vie personnelle, contre seulement 69 % chez celles qui n’y ont pas accès.

Cette publication bilingue sera régulièrement mise à jour en fonction des nouvelles données. Inscrivez-vous à notre lettre d’information électronique mensuelle pour connaître les mises à jour et les autres nouvelles concernant les publications, les projets et les initiatives de l’Institut Vanier.

Téléchargez le document Coup d’œil sur les femmes, le travail et la famille au Canada publié par l’Institut Vanier de la famille.

 


Publié le 9 mai 2017

Faits vécus : comprendre les familles touchées par l’incarcération

Farhat Rehman

L’incarcération touche des milliers de familles au Canada. Les proches des personnes condamnées à une peine d’emprisonnement sont souvent profondément affectés par la séparation d’un fils, d’une fille, d’un frère, d’une sœur, d’un parent ou d’un autre membre de la famille. Au surplus, ils doivent généralement vivre avec les préjugés, la culpabilité ou la honte, d’autant plus si la personne condamnée souffre de troubles mentaux, une réalité qui touche plusieurs détenus et leur famille.

Lorsque mon fils a été incarcéré après sa condamnation en 2001, ma vie de famille s’est littéralement écroulée. Le gouffre du système carcéral s’est alors refermé sur lui, et le monde s’est assombri. Dès cet instant fatidique, toute lueur d’espoir s’est éteinte et nos vies ont pris un virage brutal. Notre vie de famille et nos relations familiales ont été bouleversées à jamais.

En tant que mère, je me suis mise à ruminer sans cesse, malgré moi, les raisons qui avaient poussé mon fils à commettre un acte criminel aussi grave. Pourquoi son esprit raisonne-t-il ainsi? Comment aurait-on pu éviter une telle catastrophe? Pourquoi était-il passé à travers les mailles du filet malgré autant d’années de soins en santé mentale? Comment aurais-je pu agir différemment pour prévenir ce crime qui a déchiré deux familles? Chaque fois que je lui parle ou que je lui rends visite en prison, ces pensées reviennent me hanter. Pour nous, sa famille, les répercussions des actes commis par mon fils s’alourdissent au fil du temps. Le cauchemar de la prison a gravement miné sa santé mentale, l’entraînant dans un tourbillon vertigineux devenu source constante d’inquiétude pour notre famille.

 

Le cauchemar de la prison a gravement miné sa santé mentale, l’entraînant dans un tourbillon vertigineux devenu source constante d’inquiétude pour notre famille.

 

Les impacts de l’incarcération sur les relations, les traditions et les perspectives familiales

Comme nous avons pu le constater, les visites en milieu carcéral sont parfois traumatisantes du point de vue du visiteur, qui doit d’abord se soumettre à de multiples contrôles de sécurité, notamment le scanner à ions (qui détecte la présence de drogues, mais donne souvent des résultats faux positifs). En cas de problème, le visiteur risque de ne pas être admis, au désarroi de la personne incarcérée.

L’absence de mon fils me pèse chaque fois que nous célébrons quelque chose en famille. Malgré l’ambiance festive, les rires et les bons petits plats lors des rassemblements familiaux, c’est la quintessence du bonheur qui nous échappe, mais personne n’ose en parler ouvertement.

Bien que la famille et les amis lui envoient des cartes d’anniversaire ou nous demandent de ses nouvelles, ils hésitent à aborder un sujet aussi triste au risque d’alourdir l’atmosphère. Après seize ans d’absence, les uns et les autres finissent par s’habituer à l’éloignement d’un membre de la famille, et la situation se banalise sur l’« échelle sismique » de la vie de famille.

Ces jours-ci, quand j’envisage l’avenir, je me demande si mon fils pourra bientôt opérer un virage dans sa vie. Réussira-t-il à convaincre les autorités de la sincérité de ses remords et de sa volonté de ne plus jamais récidiver? Jugera-t-on qu’il mérite d’être remis en liberté sous condition et réinséré dans la collectivité, où il pourra amorcer le long processus de guérison et de réparation des dommages causés par cette longue incarcération? Saura-t-il reprendre sa place au sein de notre famille, à qui il a manqué atrocement, mais qui a réussi à s’adapter entre-temps?

Amour et soutien pour épauler les familles

Assaillie quotidiennement par ces questionnements, j’ai la chance de bénéficier du soutien de mon entourage. Lorsque mon fils a d’abord été confronté au système de justice – et toute la famille dans son sillage –, je me suis retrouvée sur une route sans balises. Même si j’étais bien présente dans ma collectivité, je n’avais personne qui puisse réellement comprendre ce que ressent une mère dont le fils est en prison.

Même si j’étais bien présente dans ma collectivité, je n’avais personne qui puisse réellement comprendre ce que ressent une mère dont le fils est en prison.

 

En novembre 2010, j’ai fait la connaissance d’une autre mère dont le fils était incarcéré, par l’entremise d’une experte et militante communautaire rattachée au Conseil des Églises pour la Justice et la Criminologie, et aussi travailleuse en intervention d’urgence auprès de la John Howard Society (JHS). Nous nous sommes rencontrées pour la première fois en décembre 2010 dans les bureaux de la JHS : trois mères partageant leur réalité commune et leurs buts.

Cette mise en commun de nos expériences a mené à la création de l’organisme Mothers Offering Mutual Support (MOMS), un groupe de soutien à l’intention des femmes. La toute première rencontre officielle de « MOMS » a eu lieu le 15 décembre 2010. Nous nous réunissons dans les locaux de la JHS, le premier jeudi de chaque mois. La JHS nous offre gracieusement l’accès à ses locaux, ce qui nous procure un cadre privé.

Notre organisme compte désormais 45 membres, qui se disent extrêmement reconnaissantes de pouvoir, par ces rencontres, sortir un peu du trou béant dans lequel elles sont tombées quand leur enfant a été condamné à l’emprisonnement pour des motifs criminels. Nos rencontres visent à favoriser l’entraide et à trouver des avenues concrètes et constructives pour progresser. Les nouvelles venues au sein du groupe peuvent même compter sur le soutien et les conseils d’autres mères dont le fils a obtenu sa libération conditionnelle ou définitive.

De l’extérieur des murs, toute famille aimante est appelée à jouer un rôle important auprès du détenu pour lui témoigner de l’affection, le soutenir financièrement et le représenter le mieux possible, dans le but d’atténuer les conséquences durables de l’incarcération. Par l’entremise de l’organisme MOMS, nous nous entraidons pour mieux soutenir nos enfants en incarcération.

De l’extérieur des murs, toute famille aimante est appelée à jouer un rôle important auprès du détenu pour lui témoigner de l’affection, le soutenir financièrement et le représenter le mieux possible, dans le but d’atténuer les conséquences durables de l’incarcération.

 

Certes, nos réunions ne nous soustraient pas à la dure réalité de l’incarcération, mais nous pouvons nous aider mutuellement à vivre un jour à la fois. Nous avons fait des démarches pour que le système judiciaire facilite la réinsertion et l’éducation en misant sur le bien-être physique et mental des détenus, et en accompagnant nos fils et nos filles tout au long de leur peine pour mieux préparer leur avenir. Dans le cadre de ces démarches, nous avons eu l’occasion d’aborder la question des droits de la personne avec divers représentants gouvernementaux et leaders communautaires. Notre vécu et notre point de vue comme mères sont utiles pour orienter les politiques et les programmes, et nous constatons que le public est de plus en plus conscientisé à l’égard de ces questions, ce qui est encourageant.

Évidemment, à cause des préjugés et craignant pour leur sécurité, certaines mamans et leur famille hésitent à parler publiquement de ces enjeux, mais elles n’en sont pas moins épuisées par les nuits blanches et maladivement inquiètes pour leur enfant. Faudrait-il au surplus prêter flanc aux propos insensibles ou négatifs qui s’ajouteraient à la honte et à l’inquiétude?

Nous nous réunissons régulièrement parce que, en tant que mères touchées par l’incarcération, nous voulons partager notre expérience et verbaliser ce choc, cette douleur, ce déchirement. Ensemble, nous cherchons l’énergie nécessaire pour mieux comprendre et privilégier les meilleures approches susceptibles de préserver l’espoir et la santé, pour nous-mêmes et nos proches. Ces êtres chers en milieu carcéral méritent un traitement juste et humain, et c’est à cela que nous travaillons résolument, unies par notre condition de familles confrontées à l’incarcération.

 


Farhat Rehman est cofondatrice de l’organisme Mothers Offering Mutual Support (MOMS), un groupe de soutien pour femmes dont l’un des proches a été incarcéré.

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Publié le 14 mars 2017

La maternité aujourd’hui : La réalité particulière des femmes handicapées physiquement

Lesley A. Tarasoff

Il n’existe que très peu d’études sur la grossesse, l’accouchement, la naissance et la maternité chez les femmes handicapées physiquement*, ou même chez les femmes handicapées sans distinction. Si les femmes en général subissent diverses pressions socioaffectives les incitant à avoir des enfants, des études ont fait ressortir toutefois que, pour les femmes handicapées, la situation se présente bien différemment puisqu’on aurait surtout tendance à leur faire sentir qu’il vaut mieux ne pas avoir d’enfants. De fait, dès que tombe le diagnostic d’un handicap, il n’est pas rare que les femmes et jeunes filles soient pour ainsi dire « préparées à ne pas être mères ». Malgré ces pressions, la réalité est telle que de nombreuses femmes handicapées physiquement connaissent aussi la maternité. À vrai dire, même s’il est difficile d’établir précisément la proportion de mères parmi les femmes handicapées physiquement ou à mobilité réduite au Canada, des données colligées aux États-Unis donnent à penser que le rapport est à peu près le même que chez les femmes non handicapées.

Dans le cadre d’un projet de recherche à longue échéance dans la région du Grand Toronto, on a interviewé plusieurs femmes d’horizons divers ayant un handicap physique ou une mobilité réduite, et ce, afin de mieux connaître leur expérience périnatale, c’est-à-dire la période qui couvre la grossesse, l’accouchement, la naissance et le début de la maternité. En se fondant sur les constatations préliminaires de ce projet ainsi que sur différentes données issues d’autres études, le présent article pose un regard sur la réalité unique des femmes handicapées physiquement durant la période périnatale.

Les femmes en général subissent diverses pressions socioaffectives les incitant à avoir des enfants. Toutefois, selon certaines études, on a tendance à faire sentir aux femmes handicapées qu’il vaudrait mieux ne pas en avoir.

Il est vrai que de nombreuses idées fausses circulent généralement quant aux femmes handicapées physiquement, notamment que celles-ci ne peuvent pas ou ne devraient pas devenir mères. En fait, ces femmes sont souvent la cible de « micro-agressions » sur la question de la reproduction et de l’incapacité. Le concept de micro-agression a d’abord servi à définir certains comportements envers les groupes raciaux ou ethniques minoritaires « sous forme d’offenses brèves et stéréotypées, volontaires ou non, qui se manifestent par des paroles en apparence anodines, des comportements particuliers ou d’autres éléments circonstanciels, et dont le ton hostile, désobligeant ou négatif est perçu comme un affront ou une insulte par le destinataire (individuel ou collectif) ».

Parmi les micro-agressions liées à l’incapacité ou discriminatoires pour les personnes handicapées figurent notamment l’exclusion, les connotations de rejet, les insinuations dénotant que la personne représente un fardeau, les présomptions, la pitié ou l’étonnement (par exemple, constater qu’une personne handicapée est elle aussi capable d’accomplissements).

À ces croyances et préjugés discriminatoires fondés sur la capacité physique s’ajoutent souvent ce que l’on pourrait qualifier de « micro-agressions liées à la reproduction » à l’endroit des femmes handicapées qui sont enceintes ou déjà mères. Il peut s’agir de manifestations directes (comme indisposer une femme en lui demandant si elle compte avoir un bébé) ou encore indirectes (comme remercier le ciel qu’elle ait eu un « enfant en santé »). Plusieurs de ces micro-agressions liées à la reproduction reposent en réalité sur la question du privilège génésique, c’est-à-dire le cadre traditionnel ou l’idéal en fonction duquel les femmes peuvent ou doivent devenir mères (sous-entendu : les femmes non handicapées hétérosexuelles de race blanche au sein de la classe moyenne). À cela s’ajoute la croyance voulant que la maternité représente pour la femme la forme de réalisation identitaire la plus accomplie.

L’une des participantes au projet de recherche, qui se prénomme Jane, a accepté de partager son expérience périnatale. Atteinte d’un traumatisme médullaire, elle est mariée, mère de deux enfants et occupe un emploi. Elle considère que son expérience périnatale s’est révélée plutôt positive, surtout grâce à sa grande capacité d’affirmation et à l’équipe extraordinaire de professionnels des soins de santé qui s’est occupée d’elle. Néanmoins, elle avoue avoir vécu certains épisodes négatifs sur le plan social, comme en connaissent souvent les femmes handicapées physiquement en période périnatale. Parfois, il s’agit de comportements ouvertement discriminatoires ou offensants, comme lorsqu’un inconnu lui a lancé en la croisant dans la rue qu’« on ne devrait pas lui donner le droit d’avoir un enfant ». D’autres fois, les micro-agressions sont moins explicites. Ainsi, à l’instar de plusieurs femmes handicapées physiquement, Jane a constaté que plusieurs personnes n’avaient jamais envisagé qu’elle puisse un jour devenir enceinte, ou encore n’osaient pas parler de sa grossesse aussi ouvertement qu’elles l’auraient fait pour une autre femme. En public (comme dans les salles d’attente), Jane raconte que les gens ont souvent semblé un peu surpris (ou étonnés) vis-à-vis de sa grossesse ou de son statut de mère. Elle évoque aussi d’autres micro-agressions sous la forme de comportements différenciateurs, comme lorsqu’on lui a demandé à l’épicerie si elle avait eu sa fille « naturellement ». Elle souligne d’ailleurs l’improbabilité qu’une telle question soit posée à une mère non handicapée.

Les recherches tendent à démontrer que la proportion de mères parmi les femmes handicapées physiquement ou à mobilité réduite est à peu près la même que chez les femmes non handicapées.

Les micro-agressions qui interviennent au carrefour de la reproduction et de l’incapacité se manifestent aussi par le déni de l’identité ou de la personnalité, notamment lorsqu’on demande à la mère : « Est-ce que c’est votre bébé? ». Elles transparaissent aussi dans une sorte de désexualisation de la femme handicapée, comme dans les remarques du genre : « Je n’arrive pas à croire que tu aies eu un bébé! » Jane a parfois essuyé de tels commentaires, et elle avoue que plusieurs des personnes rencontrées tenaient tout simplement pour acquis qu’elle avait eu recours à l’adoption. Du reste, la condescendance figure aussi au nombre de ces micro-agressions, comme quand on entend dire combien il est « inspirant » de voir une femme handicapée qui décide d’avoir un enfant. Enfin, il faut aussi composer avec les insinuations infantilisantes ou réductrices envers ces mères, à qui l’on pose des questions comme : « Avez-vous besoin d’aide avec votre bébé? »

Même si on a tendance à penser que les femmes atteintes d’une lésion de la moelle épinière ne peuvent accoucher que par césarienne, les recherches ont démontré que l’accouchement vaginal n’était pas impossible. « Tout le monde pense encore que j’ai eu une césarienne », affirme Jane, ce qui prouve la persistance de cette idée reçue.

En effet, de plus en plus d’études indiquent que les femmes handicapées physiquement sont souvent aussi fertiles que les autres, et qu’elles peuvent effectivement devenir enceintes et donner naissance par accouchement vaginal. D’autres recherches – moins nombreuses – portent plus particulièrement sur la grossesse des femmes handicapées physiquement. Certaines de ces études supposent que ces futures mères vivent parfois plus durement les symptômes habituels de la grossesse, et que celle-ci peut « modifier temporairement ou définitivement » l’évolution de l’incapacité.

Or, les incidences périnatales associées à l’incapacité physique des femmes varient selon la nature et la gravité de leur handicap. « Je voudrais bien prétendre que ma grossesse s’est déroulée le plus normalement du monde, admet Jane, mais je dois reconnaître que ma situation supposait probablement plus de risques de complications à certains égards ». Elle se souvient, par exemple, d’avoir connu une réduction de sa mobilité au fil de sa grossesse, même si les professionnels de la santé n’avaient pas tendance à en tenir compte à juste titre. De fait, certaines études révèlent que les professionnels de la santé n’en savent généralement pas beaucoup sur les liens entre l’incapacité et la grossesse. Comme le raconte Jane, les infirmières qui s’occupaient d’elle n’étaient pas très au courant des options possibles pour lui poser un cathéter.

Comme Jane, plusieurs des femmes handicapées physiquement ayant participé à l’étude affirment avoir ressenti de la frustration devant le manque d’information périnatale disponible, et s’être souvent senties isolées parce qu’elles pouvaient difficilement partager cette réalité avec d’autres femmes. « J’ai trouvé très frustrant de voir qu’il existait si peu d’études. Lorsque j’avais une question, personne ne pouvait me fournir de réponse, explique-t-elle. On me répondait toujours à peu près la même chose : on ne sait pas vraiment, on n’est pas certains. » Outre le manque d’information disponible, plusieurs femmes handicapées physiquement déplorent les lacunes en matière d’accessibilité dans plusieurs établissements de soins. Ainsi, Jane cite certains exemples, comme des toilettes ou des douches inaccessibles ou trop étroites pour son fauteuil roulant.

Que l’on soit handicapé ou non, tout le monde a besoin d’aide à un moment ou un autre, et rares sont les gens qui élèvent un enfant en parfaite autonomie.

L’étude de l’expérience périnatale des femmes handicapées physiquement soulève diverses questions, notamment sur l’individu lui-même, sur le sens de la « normalité », sur la signification de l’accessibilité ou encore sur la définition de l’autonomie. Comme tous les autres, les parents handicapés sont des gens créatifs et qui savent s’adapter. C’est pourquoi certains de ces parents s’en remettent à des formes d’aide et de soutien non traditionnelles pour réussir à assumer leur rôle efficacement, puisque les ressources et les mesures de soutien structurées ne sont pas toujours existantes ou accessibles. Au final, que l’on soit handicapé ou non, tout le monde a besoin d’aide à un moment ou un autre, et rares sont les gens qui élèvent un enfant en parfaite autonomie.

Par ailleurs, certaines mères handicapées physiquement soulignent que la parentalité leur a permis de mettre l’accent sur d’autres aspects de leur vie plutôt que sur leur incapacité, notamment sur les liens filiaux qui se manifestent, ainsi que sur la créativité et l’imagination dont savent faire preuve les enfants. C’est ce qui fait dire à Jane que « devenir maman est sans doute la meilleure chose qui me soit arrivée, parce que mon handicap a cessé d’être le centre d’attention, tant de mon point de vue que pour les autres. Mes parents se soucient désormais beaucoup moins de ma propre santé : ils demandent surtout comment vont les enfants… »

Jane souligne entre autres que ses limites physiques l’ont menée à privilégier d’autres activités avec son fils pour resserrer les liens et s’amuser avec lui :

« [Mon fils] sait très bien que c’est moi qui m’occupe des activités artistiques à la maison. Je me charge du volet créatif… Alors il voit bien que nous avons [mon mari et moi] des rôles distincts… J’adore les activités qui font appel à l’imagination, et je crois que c’est important pour son développement et son apprentissage. Ma confiance de parent s’améliore grandement quand je vois que j’ai cette capacité ou cette aptitude de faire ces choses-là avec lui. D’ailleurs, les éducatrices à la garderie nous ont dit qu’il avait une imagination très fertile… »

D’autres mères parmi les participantes évoquent aussi des relations similaires avec leur enfant, et expliquent de la même façon que la maternité leur a donné une plus grande confiance en elles.

Enfin, plusieurs des mères s’inquiètent des interactions de leurs enfants avec les camarades de classe lorsque ces derniers apprendront que leur mère est handicapée. « Les enfants sont parfois durs… Je ne voudrais pas qu’on se moque de lui à cause de moi. » L’une des mères participantes est atteinte d’une affection congénitale qui limite sa mobilité, lui cause de l’arthrite et des douleurs chroniques, en plus d’affecter sa vue et son ouïe. Elle souligne pourtant que son incapacité lui permet de mieux éduquer son jeune garçon : « Je ne veux pas qu’il se moque de qui que ce soit, alors j’essaie de lui faire comprendre que tout le monde est différent. »

La réalité que vivent les femmes handicapées physiquement durant la période périnatale, notamment leur parcours parental, est une source d’enseignement pour toutes les familles et leurs enfants. Cette initiative de recherche à long terme contribuera à élaborer de nouvelles ressources pour les femmes handicapées physiquement et les professionnels des soins de santé, en plus de mettre en relief certaines des expériences positives qui surviennent durant la période périnatale. Ainsi, ce processus qui vise à consolider les mesures de soutien consistera en bonne partie à recueillir les témoignages de femmes comme Jane, et à documenter la réalité qu’elles dépeignent.

 


Lesley A. Tarasoff est candidate au doctorat en santé publique à l’Université de Toronto. Ses recherches portent sur la santé génésique et sexuelle. Elle s’intéresse particulièrement aux femmes handicapées physiquement et aux femmes ayant une identité sexuelle minoritaire. Pour plus de renseignements à propos de sa recherche, visitez le site www.latarasoff.com.

Lectures recommandées :

Lesley A. Tarasoff, « “We Don’t Know. We’ve Never Had Anybody Like You Before”: Barriers to Perinatal Care for Women with Physical Disabilities » dans Disability and Health Journal, vol. 10, n° 3 (juillet 2017). Lien : http://bit.ly/2fmk65C.

Lori E. Ross et autres, « Pregnant Plurisexual Women’s Sexual and Relationship Histories Across the Life Span: A Qualitative Study » dans Journal of Bisexuality (11 août 2017). Lien : http://bit.ly/2wfhZaN.

Lesley A. Tarasoff, « Experiences of Women with Physical Disabilities during the Perinatal Period: A Review of the Literature and Recommendations to Improve Care » dans Health Care for Women International, vol. 36, n° 1 (juillet 2013). Lien : http://bit.ly/2hqbiQE.

Mise à jour : Un rapport communautaire basé sur cette recherche sur l’expérience des femmes handicapées physiquement a été publié en septembre 2017. L’article « Becoming Mothers: Experiences of Mothers with Physical Disabilities in Ontario » est maintenant disponible au téléchargement sur le site Web de Lesley.
RESSOURCES

Judith Rogers, The Disabled Woman’s Guide to Pregnancy and Birth, New York, Demos Medical Publishing, 2006.

Corbett Joan O’Toole, « Sex, Disability and Motherhood: Access to Sexuality for Disabled Mothers » dans Disability Studies Quarterly, vol. 22, n° 4 (2002).

Lisa I. Iezzoni, Jun Yu, Amy J. Wint, Suzanne C. Smeltzer et Jeffrey L. Ecker, « Prevalence of Current Pregnancy Among US Women with and without Chronic Physical Disabilities » dans Medical Care, vol. 51, n° 6 (juin 2013).

Alette Coble-Temple, Ayoka Bell et Kayoko Yokoyama, The Experience of Microaggressions on Women with Disabilities: From Research to Practice and Reproductive Microaggressions and Women with Physical Limitations, présentations au congrès annuel de l’American Psychological Association (août 2014).

Derald Wing Sue, Jennifer Bucceri, Annie I. Lin, Kevin L. Nadal et Gina C. Torino, « Racial Microaggressions and the Asian American Experience » dans Cultural Diversity and Ethnic Minority Psychology,  vol. 13, n° 1 (2007).

Ayoka K. Bell, Nothing About Us Without Us: A Qualitative Investigation of the Experiences of Being a Target of Ableist Microaggressions (thèse de doctorat, 2013). (Document consulté à partir de ProQuest Dissertations and Theses (dissertation/no de thèse 3620204)).

Heather Kuttai, Maternity Rolls: Pregnancy, Childbirth and Disability, Fernwood Publishing, 2010.

Caroline Signore, Catherine Y. Spong, Danuta Krotoski, Nancy L. Shinowara et Sean Blackwell, « Pregnancy in Women with Physical Disabilities » dans Obstetrics & Gynecology, vol. 117, n° 4 (2011).

Suzanne C. Smeltzer et Nancy C. Sharts-Hopko, A Provider’s Guide for the Care of Women with Physical Disabilities and Chronic Health Conditions (2005).


Publié le 3 décembre 2015

Mis à jour le 25 septembre 2017

La réalité des aînés LGBTA+ vis-à-vis des soins de santé

Laura Zuccaro

Mise à jour au 8 septembre 2015

À l’instar de nombreux autres pays du monde, le Canada est confronté au vieillissement de sa population : on y comptait 4,9 millions de personnes de 65 ans ou plus en 2011, dont près de 6 000 centenaires((Statistique Canada, « Âge et sexe – Faits saillants en tableaux, Recensement de 2011 ». Dans Produits de données de 2011. (Dernière mise à jour au 23 novembre 2017.) Lien : http://bit.ly/2xRjj8z)). Parmi ces Canadiens d’un certain âge, plusieurs sont touchés par une maladie chronique ou épisodique, ou encore par une incapacité ou une autre affection nécessitant une fréquentation accrue du système de soins de santé. Or, chez les aînés LGBTA+, le recours aux soins médicaux risque d’être entravé par l’éventuelle discrimination manifestée à leur endroit. Pour ces patients âgés, la principale difficulté consiste à devoir révéler qu’ils ou elles sont lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres ou allosexuels, et de subir de la discrimination à cet égard((Shari Brotman, Bill Ryan et Robert Cormier, « The Health and Social Service Needs of Gay and Lesbian Elders and Their Families in Canada » dans The Gerontologist, vol. 43, no 2 (2003). Lien : http://bit.ly/1ggcMmo)).

Selon Statistique Canada, la fréquentation du système de soins de santé au Canada par les gais, les lesbiennes ou les bisexuels (consultation d’un médecin de famille ou d’autres professionnels de la santé, ou examens de dépistage préventif) varie selon l’identité sexuelle, et leurs choix en matière de santé diffèrent de ceux des hétérosexuels((Michael Tjepkema, « Utilisation des services de santé par les gais, les lesbiennes et les bisexuels au Canada » dans Rapports sur la santé, vol. 19, no 1, no 82-003-X au catalogue de Statistique Canada (mars 2008). Lien : http://bit.ly/2hOVT92)). Bon nombre d’aînés ne parlent jamais de leur orientation sexuelle, sauf si leurs soins en dépendent, et plusieurs prestataires de services évitent aussi cette question au moment de dresser un plan de soins. Les études réalisées par l’Université McGill révèlent que l’approche passive du « ni vu, ni connu » semble prédominante dans le système de soins de santé((Brotman, Ryan et Cormier.)).

Bon nombre d’aînés ne parlent jamais de leur orientation sexuelle, sauf si leurs soins en dépendent, et plusieurs prestataires de services évitent aussi cette question au moment de dresser un plan de soins.

Plusieurs aînés homosexuels bénéficient du soutien de leur famille biologique, de leurs enfants et de leurs petits-enfants, alors que d’autres se tournent vers des amis qu’ils considèrent comme des membres de leur propre famille (on parle parfois de « famille choisie » ou de « parenté volontaire »)((Brotman, Ryan et Cormier.)). Or, puisque la définition élargie de la famille n’est pas toujours bien comprise par les fournisseurs de soins de santé, il n’est pas rare que des conjoints de même sexe préfèrent se présenter comme des amis ou des colocataires pour éviter d’être considérés comme des cas à part. Dès lors, les conjoints LGBTA+ sont souvent mal à l’aise de se témoigner de l’affection, ou éprouvent de la difficulté à se faire reconnaître comme conjoint du bénéficiaire de soins.

Diverses études sur les aînés homosexuels démontrent que ces derniers (ou leurs aidants) sont parfois victimes de discrimination réelle ou par anticipation découlant d’attitudes ou de politiques homophobes ou hétérosexistes dans le système de soins de santé. Par exemple, certains ont évoqué le caractère discriminatoire de certaines pratiques relatives aux heures de visite dans les hôpitaux, notamment lorsque l’on refuse à des aidants LGBTA+ de rester auprès de leur conjoint parce qu’on ne les considère pas comme des membres de la famille. Quant à la discrimination par anticipation, elle survient par exemple lorsqu’un aîné hésite à révéler son orientation sexuelle (voire à solliciter des services de santé) après avoir connu des expériences malheureuses. Quelle que soit la forme de discrimination, les aînés qui en sont victimes hésitent à révéler leur identité homosexuelle et éprouvent de la difficulté à se faire soigner convenablement((Shari Brotman et autres, « Coming Out to Care: Caregivers of Gay and Lesbian Seniors in Canada » dans The Gerontologist, vol. 47, no 4 (2007). Lien : http://bit.ly/2guIer6)).

Pour atténuer les préjugés qui émaillent le système de soins de santé, les recherches menées jusqu’ici laissent entendre que des services spécialisés facilitant l’intégration des gais et lesbiennes et favorisant le dialogue avec les professionnels de la santé permettraient d’accroître considérablement la fréquentation du système de soins de santé par les aînés LGBTA+ au Canada((Shari Brotman et autres.)). On peut notamment envisager l’organisation d’ateliers destinés aux travailleurs de la santé sur les besoins particuliers des aînés homosexuels, l’embauche de travailleurs de la santé gais ou lesbiens, l’adoption d’une terminologie non sexiste relativement à l’identité et à la nature des liens, la prise en compte des questions de confidentialité, ou encore la mise sur pied de groupes de soutien, de centres d’aide téléphonique, de programmes de sensibilisation communautaire ou d’établissements spécialisés (comme le centre Kipling Acres, un établissement de soins de longue durée ouvert à l’homosexualité et desservant les aînés de Toronto). De tels services permettraient de réduire les obstacles qui se dressent entre les aînés LGBTA+ et leurs fournisseurs de soins de santé, et d’améliorer leurs interactions, tant du point de vue du prestataire de soins que du patient lui-même.

Laura Zuccaro est étudiante de deuxième année en médecine à l’Université d’Ottawa.


La première version de cet article est parue dans Transition (vol. 44, no 3) en juillet 2014.

Mise à jour au 8 septembre 2015

Les effets positifs associés à la présence des papas

Nathan Battams

(Mise à jour : 21 mars 2016)

Les Canadiens se préparent à célébrer la fête des Pères. Au pays, la place qu’occupe la paternité au sein de la famille et de la société est quotidiennement remodelée par tous les pères, grands-pères et arrière-grands-pères d’aujourd’hui. Les quelque 8,6 millions de papas sont de plus en plus diversifiés et jouent un rôle accru dans la vie de leurs enfants. Du reste, cette évolution de la paternité entraîne des retombées positives au foyer familial, et ailleurs…

« Il s’agit de l’un des plus importants changements sociaux de notre époque, affirme la directrice générale de l’Institut Vanier de la famille, Nora Spinks. Le modèle de la famille nucléaire que dépeignaient les vieilles séries télévisées est de moins en moins représentatif des familles au Canada, à l’heure où les structures et les relations familiales gagnent en diversité et en complexité. »

Il ne fait aucun doute que la paternité s’est diversifiée au cours des cinquante dernières années. Au Canada, une proportion croissante des pères sont nés à l’étranger et ont importé leur propre conception de la paternité. Par ailleurs, de plus en plus de couples homosexuels élèvent des enfants, et un cinquième d’entre eux sont des hommes. Depuis deux décennies, le nombre de familles monoparentales dirigées par un homme a augmenté. En outre, le nombre de pères autochtones augmente plus rapidement que dans l’ensemble de la population. Bref, l’évolution du profil de la famille au Canada fait en sorte qu’il n’existe pas de « portrait unique » de la paternité.

Traditionnellement, la figure paternelle était celle du personnage distant sur le plan affectif, dont le rôle consistait essentiellement à faire vivre sa famille. Or, cette illustration ne tenait pas compte de la diversité qui a toujours existé. Sur le plan historique, les femmes ont souvent assumé les responsabilités du budget familial et des revenus gagnés, en emploi ou autrement. En 1976, le tiers des familles ayant au moins un enfant âgé de moins de 16 ans pouvaient compter sur deux soutiens; en 2014, cette situation s’appliquait à 55 % de ces familles.

De nos jours, les papas sont de plus en plus nombreux à jouer un rôle de premier plan auprès de leurs enfants. Ainsi, une proportion croissante des pères laissent le rôle de « pourvoyeur » à leur conjointe pour pouvoir s’occuper des enfants. En 2014, les familles comptant un père au foyer représentaient 11 % des familles où l’un des parents restait à la maison pour s’occuper des enfants, par rapport à seulement 1 % en 1976.

Qu’ils travaillent ou non, les pères passent tout de même plus de temps avec leurs familles que par le passé. Selon Statistique Canada, les hommes consacraient environ 360 minutes par jour travaillé à leurs enfants en 1986, alors qu’ils passaient plutôt 379 minutes en leur compagnie en 2010. Les trois quarts des répondants parmi les pères au Canada affirment être plus engagés auprès de leurs enfants que ne l’était leur propre père.

Les pères qui choisissent de s’engager davantage dans la vie de leurs enfants ne sont pas l’exception. Dans une étude récente, Ankita Patnaik a procédé à une analyse comparative des congés parentaux offerts au Québec et dans le reste du Canada. Elle a constaté que les hommes n’hésitent pas à prendre des congés de paternité lorsqu’on leur en donne la possibilité. Depuis 2006, le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) permet aux pères de prendre des congés rémunérés non transférables, le Québec devenant ainsi la seule province offrant des congés réservés aux pères.

Selon les constatations de Mme Patnaik, les pères québécois prenaient en moyenne deux semaines de congé avant l’entrée en vigueur du RQAP. Or, depuis la réforme du programme de congés parentaux, les pères québécois prennent généralement la totalité des cinq semaines auxquelles ils ont droit selon le régime de congés de paternité. Alors que 27.8 % des pères québécois ont pris des congés parentaux en 2005, 78.3 % d’entre eux s’en sont prévalus en 2014. Hors Québec, seulement 12 % des nouveaux papas disent avoir pris un congé.

Cette étude révèle aussi qu’au Québec, le congé parental entraîne des « incidences importantes et persistantes » [traduction] en ce qui a trait à la dynamique des genres, et ce, au cours des trois années suivant le congé parental. Ainsi, les pères sont plus enclins à participer aux tâches domestiques, et les mères ont davantage tendance à participer au monde du travail. Au Québec, les papas passent en moyenne une demi-heure par jour de plus au foyer familial.

L’engagement des pères peut entraîner des effets positifs sur le bien-être et le développement de l’enfant. En effet, la recension des écrits réalisée par l’organisme Father Involvement Research Alliance (FIRA) a permis de constater que les pères « très engagés » sont source de nombreux bénéfices. Chez les enfants de telles familles, la résilience et le développement cognitif sont accentués. Ces derniers obtiennent généralement de meilleurs résultats scolaires et manifestent une plus grande satisfaction de vivre ainsi qu’un sain équilibre psychologique.

Même lorsque les parents mariés ou en union de fait décident de se séparer, les pères modernes continuent de s’impliquer dans la vie de leurs enfants. Parmi ces parents, plus du tiers disent que les décisions importantes au sujet de leurs enfants se prennent conjointement ou à tour de rôle. Près du quart d’entre eux (soit 24 %) affirment que leurs enfants passent autant de temps avec leur père qu’avec leur mère, ou vivent principalement au domicile paternel.

Les nouveaux pères consultés dans le cadre d’une étude de 2014 relativement au projet « Pères engagés et égalité des sexes » sont d’avis que leur engagement soutenu a profité à la vie de famille. Plusieurs considèrent qu’accéder à la paternité a été « transformateur », et que cette expérience a influencé leurs relations et leur propre conception de la vie. Ces hommes disent aussi participer davantage aux tâches domestiques, et soulignent que s’occuper des enfants a souvent favorisé l’égalité des sexes au sein du couple. Plusieurs avouent que le soutien communautaire et les liens avec d’autres pères ont aussi favorisé leur propre engagement.

« Aujourd’hui, la paternité prend de multiples visages, mais il ne fait aucun doute que les pères de la génération actuelle sont plus engagés et plus présents dans la vie de famille que par le passé, rappelle Nora Spinks. Ces papas qui partagent désormais le rôle de “pourvoyeur”, qui passent plus de temps en famille et qui n’hésitent pas à prendre des congés parentaux contribuent à donner un nouveau sens à la paternité au Canada. »

 


Nathan Battams est auteur et chercheur au sein de l’Institut Vanier de la famille.