Gaby Novoa

18 février 2021

Le 22 février 2021, c’est le jour de la Famille choisie, soit l’occasion de célébrer les relations significatives entre les membres de la communauté LGBTQ+ à l’échelle nationale1, 2. Les familles formées par choix, et de façon délibérée, jouent un rôle fondamental dans la vie de nombreuses personnes LGBTQ+, alors que s’y inscrivent des relations étroites procurant soins, affirmation et sentiment d’appartenance.

Les études démontrent que la marginalisation due à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre d’une personne est liée à des taux plus élevés de rejet familial, de problèmes de santé mentale, de toxicomanie et d’exposition à la violence chez les personnes LGBTQ+, comparativement à leurs homologues hétérosexuels et/ou cisgenres3. Ces vulnérabilités sont encore plus importantes chez les personnes présentant une identité intersectionnelle sur le plan notamment de la race, de la classe sociale, de la religion ou des capacités/incapacités. Les familles choisies, les amitiés et les liens communautaires positifs sont donc essentiels, puisque les relations sociales sont des facteurs clés du bien-être et de la résilience4.

Les familles choisies se heurtent à davantage d’obstacles bien qu’elles remplissent des rôles sensiblement similaires à ceux des familles biologiques

La Fondation Émergence, un organisme à but non lucratif du Québec qui s’emploie à soutenir et à servir la communauté LGBTQ+ par l’éducation et la sensibilisation, fait valoir l’importance de la famille choisie5. Julien Rougerie, chargé de programmes pour l’organisme, soutient que les rôles au sein des familles choisies et biologiques sont souvent identiques : fournir de l’amour, du soutien, des soins et des relations.

Toutefois, la différence pour les familles qui ne sont pas unies par les liens du sang est que leurs rôles sont souvent entravés par davantage d’obstacles, à commencer par le manque de reconnaissance formelle de leurs liens comme étant valides ou « légitimes ». À titre d’exemple, des recherches ont montré que les personnes âgées LGBTQ+ vivant dans des maisons de soins de longue durée ne parviennent pas toujours à obtenir les accès ou les autorisations nécessaires pour voir leurs proches lorsque les protocoles et les règlements en vigueur ne s’appliquent pas à ceux et celles dont le statut familial ne cadre pas avec l’image traditionnelle que l’on se fait de la famille et des membres qu’elle comporte. De plus, la crainte de révéler son orientation sexuelle peut conduire une personne à taire l’identité de son partenaire ou de son conjoint. Lorsque les institutions, comme les systèmes de soins de santé ou de soins de longue durée, ne reconnaissent pas ces diverses formations familiales, elles bloquent la voie aux soins et à des liens pourtant essentiels.

Une étude a révélé qu’en dehors de leur partenaire, 59 % des adultes gais/lesbiennes et bisexuels âgés de 50 ans et plus se tournent de prime abord vers leurs amis en cas d’urgence, alors que seulement 9 % d’entre eux contactent plutôt un « membre de la famille »6. M. Rougerie souligne que les personnes âgées LGBTQ+ souffrent souvent de l’éloignement de leur famille biologique ou de la rupture avec celle-ci, alors qu’elles ont grandi dans un contexte socioculturel et politique ouvrant la porte à davantage de stigmatisation et de sanctions autour d’une sexualité « hors norme ». La dépendance et l’interdépendance avec la famille choisie revêtent donc une signification particulière chez les personnes âgées LGBTQ+, pour qui les aidants à un âge avancé sont souvent des membres de leur famille choisie.

La famille choisie et le bien-être sont interreliés

En prévision du jour de la Famille choisie, l’Institut Vanier a demandé aux personnes s’identifiant en tant que LGBTQ+ d’exprimer ce que signifient de tels liens à leurs yeux. Un grand nombre de réponses et de réflexions ont mis en relief les notions de réconfort, de sécurité et de force :

« Ma famille choisie prend de plus en plus d’importance dans ma vie. Elle me donne l’impression de vivre une certaine fraternité, de la confiance et de la camaraderie. Elle permet de bâtir des réseaux qui sont solides, comme le sont les points d’attache et les spirales d’une toile d’araignée. »

  

« Pour moi, la famille choisie est la communauté de soutien dont on s’entoure. Ce sont les relations les plus étroites qu’on entretient – quelle que soit leur nature – et qui font qu’on se sent vraiment chez soi. »

 

« La famille choisie est sincère, saine, sécuritaire, forte, pleine de ressources, d’émotions, d’habitudes. C’est une communauté, une création qu’on partage (par l’alimentation notamment), une communion et un rituel. » 

 

« Pour moi, la famille choisie, c’est un groupe de personnes vers lesquelles on peut se tourner quand on est confronté à des difficultés ou qu’on a quelque chose à célébrer, des personnes sur qui on peut compter sans qu’elles portent de jugement, surtout lorsqu’il s’agit d’orientation sexuelle et de questions qui touchent les fréquentations ou l’identité de genre. Il ne s’agit pas vraiment d’être toujours ensemble ou même d’être les meilleurs amis, mais plutôt de savoir qu’on peut se confier à quelqu’un et trouver du réconfort auprès de lui, et être certain qu’on nous aime pour ce qu’on est EN PLUS DE notre côté queer, et non pas malgré lui. »

 

« La famille choisie signifie qu’il reste toujours une place, et que celle-ci est pour toi. » 

 

« Pour moi, la famille choisie, c’est réclamer quelque chose que tu n’avais pas auparavant. » 

 

« Avoir une famille choisie est une extension de l’amour qu’on a envers soi. Choisir de m’entourer de personnes qui m’aiment et me soutiennent est la meilleure façon de me reconnaître et de me valoriser. »

  

« La famille choisie est comme une grande réunion de famille, mais sans chaises inconfortables, sans ambiance pénible (chargée de secrets) et sans règles tacites étranges sur ce qu’on peut ou ne peut pas dire. Il s’agit plutôt d’un ensemble de personnes qui entrent et sortent de ma vie. Je me tourne vers eux et ils sont là pour moi. Tout n’y est pas rose : ils m’apprennent des choses difficiles (notamment comment éviter la jalousie et comment faire mon deuil). Dans les bons moments comme dans les moments difficiles, je me sens privilégié d’avoir la famille que j’ai choisie. » 

 

« La famille choisie est un lieu sans jugement. Un endroit où on se sent en sécurité et fidèle à soi-même. C’est un endroit “où on n’a pas besoin de se faire tout petit, de faire semblant ou de jouer la comédie”7. »

 

« La famille choisie est celle qui vous aide à maintenir un climat de paix dans lequel vous pouvez vous montrer sous votre vrai jour. »

 

« Pour moi, une famille choisie est avant tout une famille liée par la confiance et une sorte de loyauté toute simple parce qu’elle reconnaît et anticipe le changement et la croissance. » 

 

[traductions]

Nos sincères remerciements à ceux et celles qui ont accepté de partager leurs réflexions.

Gaby Novoa, Carrefour du savoir sur les familles au Canada, Institut Vanier de la famille


Notes

  1. Friends of Ruby – un organisme de soutien axé sur le bien-être progressif des jeunes LGBTQI2S par le biais de services sociaux et d’aide au logement – a lancé le jour de la Famille choisie en février 2020. Lien : https://www.friendsofruby.ca/
  2. Nathan Battams, « Entretien avec Lucy Gallo au sujet des jeunes LGBTQI2S et du jour de la Famille choisie », L’Institut Vanier de la famille (février 2020). Lien : https://bit.ly/3bbphlz
  3. Jonathan Garcia et autres, « Social Isolation and Connectedness as Determinants of Well-Being: Global Evidence Mapping Focused on LGBTQ Youth » dans Global Public Health (octobre 2019). Lien : https://bit.ly/3p8BCMg
  4. Ibidem
  5. Fondation Émergence. Lien : https://bit.ly/3aeMS5F
  6. Fondation Émergence, « Assurer la bientraitance des personnes aînées lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans » (2018). Lien : https://bit.ly/3psjb5n
  7. Les mots cités sont une traduction des paroles de la chanson « Family » de Blood Orange.

Programme de développement durable à l’horizon 2030 – Objectifs de développement durable (ODD)

En 2015, le Canada et les 192 autres États membres des Nations Unies, réunis lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, ont adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030, un cadre général de mesures reposant sur 17 objectifs de développement durable (ODD) qui tient compte des dimensions sociales, économiques et environnementales du développement durable.

La présente ressource, sous forme d’article de blogue, est associée aux ODD suivants (cliquez sur les icônes pour consulter d’autres textes de l’Institut Vanier portant sur l’objectif concerné) :