Andrew Sofin

Andrew Sofin, psychothérapeute agréé ainsi que thérapeute conjugal et familial, exerce en cabinet privé à Montréal. Il se consacre principalement à la thérapie de couple et familiale. Il porte le titre de thérapeute conjugal et familial enregistré (RMFT) de

l’Association canadienne pour la thérapie conjugale et familiale (ACTCF), est boursier en clinique de l’American Association for Marriage and Family Therapy (AAMFT) et membre de l’International Family Therapy Association (IFTA). Il est actuellement président de l’ACTCF et fondateur du Belmont Center, ainsi que des organismes Couples Retreat Ocean Coral et Couples Retreat in Montreal. Il a également cofondé l’Institut de thérapie de crise brève et l’organisme The Private Practice Consultants. Il est en outre professeur invité à l’Université de Guelph, où il donne un cours dans le cadre du Advanced Certificate in Couple and Family Therapy Studies program (programme d’études en vue de l’obtention d’un certificat supérieur en thérapie conjugale et familiale). Il possède plus de 25 ans d’expérience en gestion dans le secteur sans but lucratif, l’entrepreneuriat en santé mentale, la pratique privée, les programmes de traitement en établissement et les milieux hospitaliers à Boston et à Montréal.

À propos de l’organisme : L’ACTCF est une association professionnelle composée de personnel clinicien et enseignant ainsi que de membres de la communauté de la recherche spécialisés en thérapie relationnelle et systémique. L’ACTCF réglemente et supervise la certification des membres (RMFT) ainsi que la formation continue, établit des normes d’agrément pour les programmes d’études supérieures en thérapie conjugale et familiale, en plus d’observer un code de déontologie et des normes de pratique.

Amy Robichaud

Amy est la fille de Lore, la petite-fille de Rae et l’arrière-petite-fille de Rita.

Elle est actuellement PDG du centre Les mères comptes Canada et a été auparavant directrice générale de la fondation Dress for Success Vancouver, directrice de l’engagement à la Minerva Foundation for BC Women, et consultante en développement et en gouvernance auprès d’organismes tels que la RBC Fondation, le Centre mondial du pluralisme et l’Association canadienne pour la santé mentale.

La volonté d’Amy de trouver des moyens concrets pour favoriser l’équité, l’inclusion économique et la prospérité de l’ensemble de la population influence tout ce qu’elle entreprend, y compris son travail bénévole. Elle exerce actuellement son second mandat à la présidence du Comité consultatif des femmes de la Ville de Vancouver, apportant son expertise au Conseil et au personnel en vue de renforcer l’accès et l’inclusion des femmes et des filles pour leur permettre de jouer un rôle actif dans les services de la Ville et la vie citoyenne. Elle a aussi occupé le poste de présidente de la fondation Dress for Success Canada et a reçu le prix Femmes de mérite du YWCA de Vancouver en 2023. Elle est membre du Banff Forum et de l’organisme WNORTH.

Amy et son mari ont habité dans plusieurs régions à travers le Canada et résident aujourd’hui avec bonheur et humilité sur les terres non cédées, ancestrales et traditionnelles des nations xʷməθkʷəy̓əm, Sḵwx̱wú7mesh et səlilwətaɬ, avec leurs animaux de compagnie et leur bibliothèque verdoyante.

À propos du centre Les mères comptent Canada

Les mères comptent Canada (MCC) est un organisme national qui se consacre à l’émancipation des mères à faible revenu et isolées sur le plan social en proposant des programmes novateurs, fondés sur des données probantes, qui favorisent l’éducation des jeunes enfants, renforcent les liens parents-enfants et facilitent l’intégration communautaire. Grâce à divers partenariats et actions de sensibilisation, le centre s’efforce de briser les cycles de la pauvreté et de l’isolement, en veillant à ce que les mères et leurs enfants réalisent leur plein potentiel et s’épanouissent dans des communautés accueillantes et inclusives. Lorsque les mères s’accomplissent, les enfants prospèrent et les communautés se fortifient.

Matthew Johnson 

Matthew Johnson est professeur de sciences familiales au Département d’écologie humaine de l’Université de l’Alberta. Ses recherches portent sur le développement des relations de couple et il est chercheur principal de la Edmondon Transitions Study (Étude sur les transitions d’Edmonton).

Maude Pugliese

Maude Pugliese est professeure agrégée à l’Institut national de la recherche scientifique (Université du Québec) au sein du programme en études des populations et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en expériences financières des familles et inégalités de patrimoine. Elle est également directrice scientifique du Partenariat de recherche Familles en mouvance, qui regroupe des dizaines de personnes engagées dans la recherche et la pratique afin d’étudier les changements qu’ont connus les familles et leurs répercussions au Québec. Maude est également directrice de l’Observatoire des réalités familiales du Québec/Famili@, un organisme de mobilisation des connaissances qui s’emploie à diffuser les recherches les plus récentes sur les questions familiales au Québec, en des termes accessibles à un large public. Ses travaux de recherche actuels portent sur la transmission intergénérationnelle du patrimoine et des pratiques de gestion des finances, les inégalités de genre en matière d’actifs et de dettes, ainsi que sur l’influence des nouveaux régimes intimes (séparation, remariage, cohabitation, polyamour, etc.) sur les idéaux et les tendances quant à l’accumulation de richesses.

Gaëlle Simard-Duplain 

Gaëlle Simard-Duplain est professeure adjointe au Département de sciences économiques de l’Université Carleton. Ses travaux de recherche portent sur les facteurs qui ont une incidence sur la santé et la situation sur le marché du travail. Elle s’intéresse particulièrement à la relation entre les politiques et l’atténuation ou l’exacerbation des inégalités chez les familles, à la fois dans la dynamique au sein des ménages et dans les mécanismes de transmission intergénérationnelle. Pour ce faire, elle a principalement recours à des sources de données administratives, parfois liées à des données d’enquête ou à des méthodes de recherche quasi expérimentales. Gaëlle est titulaire d’un doctorat en sciences économiques de l’Université de Colombie-Britannique.

Andrea Doucet

Andrea Doucet est titulaire de la Chaire de recherche du Canada (niveau 1) sur l’égalité entre les sexes, le travail et les soins, professeure de sociologie et d’études sur les femmes et le genre à l’Université Brock, et professeure associée à la fois à l’Université Carleton et à l’Université de Victoria (Canada). Elle a publié de nombreux ouvrages sur les politiques soins/travail, les politiques en matière de congé parental, la paternité et les soins, la division entre les sexes et le travail rémunéré et non rémunéré des parents. Elle est l’autrice de deux éditions du livre primé Do Men Mother? (Presses de l’Université de Toronto, 2006, 2018), coautrice de deux éditions du livre Gender Relations : Intersectionality and Social Change (Oxford, 2008, 2017), et coéditrice du livre Thinking Ecologically, Thinking Responsibly: The Legacies of Lorraine Code (SUNY, 2021). Elle écrit actuellement sur les soins socio-écologiques et les liens entre les congés parentaux, les congés liés aux soins et les services de base universels. Parmi ses récentes collaborations de recherche, elle a notamment participé à un projet sur l’expérience de la maternité chez les jeunes Noires avec Sadie Goddard-Durant et divers organismes communautaires canadiens; à un projet axé sur les approches féministe, écologique et autochtone en matière d’éthique de soins et de travail de soin, avec Eva Jewell et Vanessa Watts; ainsi qu’à un projet sur l’inclusion et l’exclusion sociales dans les politiques de congé parental, avec Sophie Mathieu et Lindsey McKay. Elle est directrice de projet et chercheuse principale du Programme canadien de partenariats de recherche du CRSH, Réinventer les politiques soins/travail, et co-coordinatrice du International Network on Leave Policies and Research.

Deborah Norris

Titulaire de diplômes supérieures en sciences familiales, Deborah Norris est professeure au Département d’études de la famille et de gérontologie de l’Université Mount Saint Vincent. Son intérêt persistant envers l’interrelation entre le travail et la vie de famille a amené Deborah à s’investir très tôt dans l’élaboration de programmes d’éducation à la vie familiale au Centre de ressources pour les familles des militaires (CRFM) de la Base des Forces canadiennes (BFC) d’Halifax. Les connaissances acquises au cours de ses échanges avec les participantes et participants aux programmes ont été les étincelles qui ont déclenché chez elle un inébranlable engagement à en apprendre davantage sur la vie des familles des militaires, qui ont été le fil conducteur de ses recherches tout au long de sa carrière. S’inspirant des théories écologique et critique, le programme de recherche de Deborah se veut pratique, collaboratif et interdisciplinaire. Elle a dirigé des études portant sur la résilience chez les familles des militaires et des vétéranes et vétérans; l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle chez les familles des militaires; la relation bidirectionnelle entre les blessures de stress opérationnel et la santé mentale et le bien-être des familles des vétéranes et vétérans; les programmes de psychoéducation familiale pour les familles des militaires et des vétéranes et vétérans; et la transition entre la vie militaire et la vie civile. Elle a collaboré avec des spécialistes du milieu universitaire, des scientifiques du ministère de la Défense nationale (MDN), des membres du personnel d’Anciens Combattants Canada (ACC) ainsi que d’autres parties prenantes. Récemment, elle a élargi son programme de recherche afin de mettre l’accent sur les effets que peut avoir le stress opérationnel sur les familles du personnel de la sécurité publique.

Shelley Clark

Shelley Clark, démographe et professeure lauréate du prix James-McGill en sociologie, mène des recherches sur le genre, la santé, les dynamiques familiales et les périodes transitoires de la vie. Après avoir obtenu son doctorat à la Princeton University en 1999, Shelley a travaillé à titre d’adjointe de programme du Population Council à New York (1999-2002) et de professeure adjointe à la Harris School of Public Policy de la University of Chicago (2002-2006). À l’été 2006, elle a intégré le Département de sociologie de l’Université McGill, où elle est devenue en 2012 la directrice fondatrice du Centre de recherche sur la dynamique des populations. Une grande partie de ses recherches au cours des 20 dernières années se sont intéressées à la manière dont les adolescentes et adolescents d’Afrique subsaharienne effectuent leurs principales transitions vers l’âge adulte alors qu’il y sévit une épidémie persistante de VIH/sida. D’autres travaux ont permis de mettre en relief les vulnérabilités sociales, économiques et sanitaires des mères célibataires et de leurs enfants en Afrique subsaharienne. Récemment, Shelley s’est lancée dans un nouveau programme de recherche visant à évaluer les inégalités entre les régions rurales et urbaines ainsi que les dynamiques familiales aux États-Unis et au Canada. Ses découvertes soulignent la diversité des structures familiales dans les régions rurales ainsi que les conséquences d’un accès limité à la contraception sur la fécondité et la santé reproductive des femmes de ces régions.

Denise Whitehead

Denise Whitehead est professeure agrégée et présidente du Département des études sur la sexualité, le mariage et la famille, ainsi que des départements de sociologie et de droit de l’Université St. Jerome’s, au sein de l’Université de Waterloo. Denise est avocate de formation (Osgoode Hall, Barreau de l’Ontario) et sociologue (Ph. D. en relations familiales et en développement humain, Université de Guelph). Elle mène des travaux de recherche sociojuridiques sur les pratiques et les politiques en matière de séparation et de divorce qui touchent l’ensemble des membres du système familial. Ses cours abordent un large éventail de sujets, notamment les parents et les enfants, la formation et la dissolution des relations, le droit de la famille, les politiques familiales, les conflits dans les relations étroites et la prestation de soins.

La complexité et les répercussions des cas familiaux très conflictuels

Rachel Birnbaum, Ph. D., RSW, LL. M., et Nicholas C. Bala, L.S.M., B.A., J.D., LL. M.

21 janvier 2021

Bien que la plupart des parents qui vivent une séparation parviennent à gérer la garde de leurs enfants sur une base consensuelle, parfois avec l’aide d’avocats ou de médiateurs, le nombre de différends très conflictuels qui doivent être réglés par les tribunaux de la famille du Canada connaît une hausse importante. Nous présentons ici quelques résultats préliminaires de notre projet de recherche sur les cas familiaux très conflictuels en Ontario.

Ce projet de recherche est le fruit d’une collaboration entre des professionnels de la justice familiale, des agences de protection de l’enfance et le Bureau de l’avocat des enfants. Le projet entend favoriser la compréhension des cas très conflictuels et vise à formuler des recommandations afin d’aider le système de justice familiale et les professionnels à mieux y répondre.

Augmentation du nombre de décisions judiciaires en langue anglaise liées à des cas « très conflictuels »

Une partie de la recherche a été consacrée au repérage et à l’étude de décisions judiciaires publiées au cours de la dernière décennie. Nous avons consulté divers jugements familiaux publiés en langue anglaise, dont les cas étaient qualifiés par les juges de « très conflictuels ». En Ontario, le nombre de ces cas est passé de 35 à 144 au cours de la décennie 2009-2019.

Si une partie de cette augmentation peut être attribuée à une sensibilisation accrue des juges aux répercussions de tels conflits et à une plus grande volonté de ceux-ci de confronter les parents à leur propre réalité, on assiste manifestement à une augmentation de l’incidence réelle de ces cas, comme le rapportent également d’autres pays.

Bien que nos recherches n’abordent pas directement les causes de cette augmentation, l’incidence croissante des troubles de la personnalité pourrait en être un facteur. L’utilisation de plus en plus importante des médias sociaux, des SMS et de l’Internet pourrait également y jouer un rôle. Le fait que les pères s’impliquent davantage dans la parentalité, aussi bien au sein des familles unies qu’après une séparation, représente dans l’ensemble une évolution socialement positive, mais le nombre croissant de cas de partage des responsabilités parentales multiplie également les possibilités d’interactions entre les ex-conjoints, dont le degré d’hostilité l’un envers l’autre est parfois élevé.

Quelles qu’en soient les causes, la tendance se manifeste clairement, et il en ressort de nombreux défis pour le système judiciaire, en plus des préjudices causés aux enfants qui sont exposés à des conflits parentaux.

Les différents types de cas très conflictuels nécessitent des approches différentes

Afin que les tribunaux, les avocats et les cliniciens puissent traiter les cas très conflictuels de manière adéquate et élaborer des plans dans l’intérêt véritable des enfants, il est important de distinguer les différents types de cas très conflictuels.

Dans la majorité des cas, les deux parents contribuent de manière significative au conflit et peuvent donc être tous deux responsables d’une mauvaise communication. Mais dans une minorité considérable de cas, la responsabilité principale est de toute évidence attribuable à l’un d’entre eux, notamment dans les cas de violence conjugale, ou lorsqu’un comportement aliénant est adopté par un seul parent. Il est également important de reconnaître les cas où l’un des parents connaît d’importants problèmes de santé mentale ou de toxicomanie.

On constate une tendance croissante des parents impliqués dans un cas très conflictuel à faire intervenir les services de protection de l’enfance et la police dans leurs différends à la suite d’une séparation. Or, bien que ces organismes puissent jouer un rôle essentiel dans la protection des personnes vulnérables, en particulier des enfants, ils enquêtent de plus en plus fréquemment sur des cas dont les faits demeurent très contestés, et où les parents, et souvent les professionnels qui leur viennent en aide, notamment les thérapeutes, proposent des versions fort différentes des événements.

En outre, des défis supplémentaires se posent lorsque les procédures adoptées par la famille, les services de protection de l’enfance et le système de justice criminelle se font concurrence. Il est donc nécessaire d’améliorer la coordination et la communication entre les différents acteurs afin d’obtenir des réponses à la fois plus efficaces et plus efficientes.

Les travailleurs sociaux soulignent la complexité des cas très conflictuels

Dans le cadre de ce projet de recherche, des groupes de discussion ont été organisés avec 53 travailleurs de la protection de l’enfance et cliniciens du Bureau de l’avocat des enfants. Près de la moitié des participants ont indiqué que les cas très conflictuels étaient plus difficiles à gérer que les cas sur lesquels ils travaillaient sur une base régulière.

De nombreux travailleurs de la protection de l’enfance considéraient ces cas plus stressants que ceux impliquant des allégations de maltraitance et de négligence sans séparation parentale, et qualifiaient ceux-ci de chaotiques, compliqués, difficiles, émotifs, épuisants, effrayants, éprouvants, toxiques et vindicatifs. Ces travailleurs sociaux soulignaient que ces cas étaient difficiles pour l’ensemble des professionnels concernés, y compris pour les juges et les avocats.

Les parents impliqués dans ces cas démontrent souvent de faibles aptitudes pour la communication (p. ex. certains crient, argumentent ou se montrent violents) et pour la résolution de problèmes, ce qui entraîne d’autres malentendus et conflits susceptibles de nuire à leur capacité de travailler de manière coopérative à titre de coparents de leurs enfants.

Voici ce qu’exprimait un participant au sujet des parents impliqués dans les cas très conflictuels : « Je les trouve très rarement aptes à réfléchir à la façon dont leur propre comportement peut affecter l’enfant ». Un autre répondant faisait remarquer que ces cas impliquaient trop souvent « des parents qui parlent en mal de l’autre parent à l’enfant, et qui sont incapables d’entretenir des conversations ciblées par courriel ou par SMS afin d’assurer une planification favorisant le bien-être de l’enfant ».

Ce projet de recherche se penche sur les cas familiaux très conflictuels qu’il explore sous différents angles afin de mieux comprendre leurs dynamiques complexes. Il a toutefois été réalisé avant la pandémie de COVID-19 et le confinement qui en a découlé. Or, nous craignons que la pandémie n’ait entraîné plus de tensions entre les parents et exacerbé la violence conjugale. Il apparaît donc nécessaire d’étendre cette recherche afin de tenir compte de l’évolution des circonstances.

Rachel Birnbaum, Ph. D., RSW, LL. M., est professeure en travail social, nommée conjointement au sein des programmes d’études sociales et sur la petite enfance (programmes interdisciplinaires) et de travail social du King’s University College, pour l’Université Western Ontario, et chercheuse principale de ce projet..

Nicholas C. Bala, L.S.M., B.A., J.D., LL. M., de la Faculté de droit de l’Université Queen’s, est cochercheur de ce projet.

Les chercheurs offrent leurs sincères remerciements à la Fondation du droit de l’Ontario pour son soutien dans le cadre de ce projet.

Cet article a d’abord été publié dans The Lawyer’s Daily (28 octobre 2020) et a été réimprimé avec la permission des auteurs.

L’IMPACT DE LA COVID‑19 : Les relations de couple au Canada

Ana Fostik, Ph. D.

9 octobre 2020

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Lorsque les milieux professionnels et les écoles ont fermé en mars 2020 en vue d’atténuer la propagation de la COVID-19, la vie de famille dans l’ensemble du Canada a été grandement bouleversée. Ce contexte particulier a intensifié la tension au sein des couples, alors que bon nombre d’entre eux se sont retrouvés confinés ensemble 24 h/24, 7 j/7 – parfois avec des enfants – tout en devant rapidement adapter leur domicile afin de partager des espaces de travail et/ou d’apprentissage. Compte tenu de ces ajustements à la fois importants et imprévus par rapport à la vie professionnelle et familiale, en plus des incertitudes et des craintes persistantes liées au coronavirus lui-même, certains se sont demandé si les effets de la COVID-19 pourraient entraîner une hausse des taux de séparation et de divorce.

Des millions de familles ont dû demeurer à la maison pendant plusieurs semaines en raison de la pandémie de COVID-19. Or, pour de nombreux parents d’enfants d’âge scolaire, cela impliquait qu’ils scolarisent eux-mêmes leurs enfants tout en continuant de travailler à domicile, en plus de devoir partager les ressources (p. ex. : bureaux de travail, bande passante Internet). D’autres ont pour leur part dû faire face au chômage ou à une baisse de revenus, et se sont retrouvés à passer beaucoup plus de temps que d’habitude avec leur partenaire ou leur conjoint. Chez les couples hétérosexuels, l’inégalité des rôles entre les sexes au sein du ménage a également pu être amplifiée dans un contexte où ils passent plus de temps ensemble : des conflits sur la répartition du travail rémunéré et non rémunéré ont pu ainsi survenir, et ce, particulièrement chez ceux qui doivent scolariser leurs enfants à la maison tout en continuant à travailler à domicile.

Le contexte de la pandémie a diverses répercussions sur les couples

Les recherches ont démontré que les périodes de stress peuvent accroître les tensions dans les relations de couple, alors que les difficultés économiques ont été identifiées comme une source de conflit au sein de ceux-ci (couples mariés et en cohabitation)1. Ainsi, étant donné que la pandémie a eu des incidences sur le marché du travail et les finances familiales dans tout le pays, la dissolution des couples pourrait connaître une hausse.

Lorsqu’interrogée sur les conséquences possibles de la pandémie sur la stabilité des relations de couple, Céline Le Bourdais, professeure émérite en sociologie de la chaire James McGill, soutient que les effets sur les couples peuvent être négatifs, mais qu’ils peuvent également être positifs2. Ainsi, chez ceux qui disposaient de peu de temps ensemble avant l’adoption des mesures de santé publique et des restrictions en matière de mobilité, celle-ci suggère qu’il pourrait y avoir un effet positif sur leur relation, dans la mesure où la pandémie amènerait les deux partenaires à travailler à domicile – à condition qu’ils aient tous deux accès aux ressources adéquates et à l’espace nécessaire pour s’y adonner. Pour d’autres, toutefois, le confinement à la maison dans ce contexte incertain pourrait avoir créé de nouvelles tensions ou eu pour effet d’intensifier d’anciens conflits.

Cela pourrait notamment être le cas des couples et des familles dont l’espace à la maison est restreint, ainsi que de ceux qui ont de faibles revenus. Mme Le Bourdais souligne également que la pandémie pourrait avoir compliqué la vie de couple des personnes « vivant chacun chez soi », c’est-à-dire les couples dont les membres vivent dans des logements séparés (soit 9 % des personnes de 25 à 64 ans en couple en 2017)3. Le défi aurait en outre été encore plus grand pour les couples dont les membres demeuraient dans des régions différentes entre lesquelles les mouvements étaient limités en vertu des mesures de santé publique.

Selon Benoît Laplante, professeur de démographie familiale à l’Institut national de la recherche scientifique de Montréal, « les tensions vont augmenter dans les couples, c’est certain. Est-ce que ça va se manifester rapidement par des ruptures dans des conditions où il est difficile de déménager, de se trouver un nouvel appartement, difficile de mettre sa maison en vente? C’est embêtant4 .» En d’autres termes, si l’augmentation du stress et des conflits au sein du ménage peut accroître la probabilité que les couples envisagent une séparation ou un divorce, les conditions socioéconomiques peuvent pour leur part compliquer la logistique associée à la dissolution de leur union.

Chômage et instabilité au sein du couple : une relation complexe

L’une des principales conséquences des mesures de confinement est l’augmentation fulgurante des taux de chômage – du jamais-vu pour les générations actuelles – touchant 14 % des adultes sur le marché du travail en mai 20205. Des recherches antérieures ont mis en relief un effet en apparence contradictoire du chômage sur la stabilité des unions : en moyenne, les risques de séparation d’un couple augmentent lorsque l’un des partenaires se retrouve au chômage. (Chez les couples hétérosexuels, cela se produit plus souvent lorsque c’est le partenaire masculin qui se retrouve au chômage.) Toutefois, alors que notre société connaît dans l’ensemble des taux de chômage élevés, on constate que les taux de séparation et de divorce stagnent, voire diminuent.

Des recherches effectuées dans 30 pays d’Europe et aux États-Unis entre 2004 et 2014 ont clairement montré que lorsque les hommes de couples hétérosexuels se retrouvent au chômage, les risques qu’ils divorcent augmentent6, 7. Des recherches réalisées aux États-Unis entre 1980 et 2005 ont pour leur part révélé que les taux de chômage selon les États étaient associés de façon négative à la séparation et au divorce (en tenant compte de plusieurs caractéristiques de chacun des États et des effets de la période)8. Ainsi, à mesure que le chômage dans les États augmentait, les taux de séparation et de divorce diminuaient.

Lors de l’étude d’une période légèrement différente (de 1976 à 2009), mais toujours aux États-Unis, Mmes Hellerstein et Sandler Morrill ont quantifié l’effet négatif du chômage sur le taux de divorce selon les États et constaté qu’une augmentation de 1 point de pourcentage du chômage était associée à une diminution du taux de divorce de 1 %9.

Des résultats similaires ont été obtenus lors de l’étude de 29 pays d’Europe entre 1991 et 2012 : une augmentation du chômage a été associée à une diminution du taux de divorce dans ces pays (en tenant compte de plusieurs variables, tant sur le plan individuel qu’à l’échelle du pays), bien que l’effet ne soit pas très important – celui-ci n’étant lié qu’à environ 1,2 % du taux de divorce moyen au cours de cette période10. Par ailleurs, dans le cadre d’une autre étude portant sur les tendances au Canada entre 1976 et 2011 chez les personnes de 25 à 64 ans, une telle association entre les taux de chômage et le divorce et la séparation n’a pas pu être établie.

Plusieurs séparations et divorces sont retardés en périodes de difficultés économiques

Ce qui de prime abord peut sembler paradoxal – à savoir la baisse des taux de divorce lors de conjonctures économiques difficiles, alors que les couples seraient soumis à un stress accru – pourrait être en partie dû au coût que représente le divorce ou aux aspects connexes à la fin d’une relation de couple.

Une étude ayant analysé l’effet du niveau de revenus sur la probabilité des divorces aux États-Unis entre 1979 et 2009 a révélé que plus les revenus augmentaient, plus le taux de divorce dans chaque État augmentait également11. Des données plus récentes concernant les États-Unis montrent que les taux de divorce au pays ont diminué pendant la Grande Récession de 2008 : au cours de la période de 2009 à 2011, les chercheurs ont estimé qu’environ 4 % des divorces qui auraient autrement été enregistrés n’ont pas eu lieu – toutefois, par la suite, les taux de divorce sont revenus à leur niveau précédent12. Cela pourrait indiquer que les divorces sont simplement reportés lors de moments difficiles financièrement, sans pour autant être évités13. Les chercheurs présument donc que les coûts associés au divorce (p. ex. : les frais de justice, le besoin d’un nouveau logement ou la perte de revenus au sein du ménage) sont trop élevés lorsque la situation économique se révèle moins favorable pour que de nombreuses personnes envisagent une séparation ou un divorce14.

Au cours de la Grande Dépression de 1929, on a également assisté à une baisse des taux de divorce (entre 1930 et 1933) et à une augmentation subséquente de ceux-ci (de 1934 jusqu’au milieu des années 1940)15, ce qui, selon le sociologue et démographe de la famille Andrew Cherlin, peut être interprété comme un simple report pour des raisons économiques16. En effet, les taux de divorce au cours d’une année donnée sont influencés par le moment auquel le divorce est envisagé; par conséquent, toute baisse des taux de divorce observée pourrait simplement indiquer un report des séparations lors de périodes plus difficiles sur le plan économique17, les individus étant confrontés à l’incertitude quant à leurs perspectives économiques et financières futures. Une étude sur les liens entre les cycles économiques et les taux de divorce aux États-Unis de 1978 à 2009 a conclu que les effets négatifs des récessions sur le divorce dans ce pays étaient effectivement temporaires plutôt que permanents18.

Les données empiriques confirment donc un lien entre l’économie et l’attitude face au divorce : lorsque l’économie stagne ou connaît un ralentissement, les taux de divorce et de séparation en font autant. C’est particulièrement le cas dans les pays où les taux de divorce étaient déjà élevés avant le ralentissement économique19. Cela peut indiquer que la perception qu’ont les gens de la situation économique influence leur décision de divorcer ou de se séparer, même s’ils ne sont pas directement touchés par ledit bouleversement économique20.

Une nouvelle recherche afin de faire la lumière sur la complexité des répercussions sur la vie de famille

Lorsqu’on lui a demandé comment se portaient les couples au Canada, M. Laplante a répondu : « Il est très difficile de le savoir… » Bien que les conflits puissent être appelés à s’intensifier, cela ne signifie pas nécessairement qu’un plus grand nombre de personnes se sépareront ou divorceront, du moins à court terme, alors que les couples au Canada ont été confrontés au même type de tensions économiques qu’aux États-Unis pendant la récession de 2008. Il insiste sur le fait qu’aux États-Unis, moins de couples se sont séparés au cours de cette période, ceux-ci étant nombreux à ne pas avoir eu les moyens de le faire, certains partageant notamment une hypothèque.

Afin de mieux comprendre le phénomène, M. Laplante travaille sur un projet qui devrait lui permettre d’évaluer si les changements dans la composition des ménages, y compris le départ d’un conjoint ou d’un partenaire, ont été plus importants après le mois de mars 2020 qu’au cours des années précédentes au Canada. Il compare son initiative à celle qui consiste à estimer la surmortalité pendant la période associée à la COVID-19 en vue d’évaluer l’ampleur de la pandémie. Ainsi, il évaluera si « un nombre plus important ou une diminution du nombre de ruptures » peut être observé au Canada au cours de la période de pandémie, comparativement aux années précédentes.

Les relations, comme celles que vivent les familles, sont diverses et complexes, et les couples ont dû s’adapter et réagir à un contexte unique et en constante évolution tout au long de l’année 2020, parfois tout en élevant des enfants. Bien qu’il soit encore trop tôt pour avoir une idée précise de l’impact global de la pandémie de COVID-19 sur les taux de séparation et de divorce au Canada, de nouvelles recherches continueront à guider ceux qui s’emploient à étudier, à servir et à soutenir les familles.

Ana Fostik, Ph. D., Institut Vanier, en détachement de Statistique Canada

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Notes

  1. J. Halliday Hardie et A. Lucas, « Economic Factors and Relationship Quality Among Young Couples: Comparing Cohabitation and Marriage » dans Journal of Marriage and Family, vol. 72, no 5 (2010), p. 1141-1154.
  2. C. Le Bourdais (17 juin 2020). Communication personnelle [courriel].
  3. Statistique Canada, « Histoire de famille : les couples vivant chacun chez soi » dans Infographies, no 11-627-M au catalogue de Statistique Canada. Lien : https://bit.ly/2GJDIl1
  4. B. Laplante (26 mai 2020). Entretien individuel [entretien individuel]. Révisé dans un souci de clarté.
  5. Statistique Canada, « Enquête sur la population active, mai 2020 » dans Le Quotidien (5 juin 2020). Lien : https://bit.ly/2I0RL6D
  6. P. Gonalons-Pons et M. Gangl, Why Does Unemployment Lead to Divorce? Male-Breadwinner Norms and Divorce Risk in 30 Countries (CORRODE Working Paper #6) [Frankfurt: Goethe University, 2018]. Lien : https://bit.ly/2F2QE5f (PDF)
  7. H. Ariizumi, Y. Hu et T. Schirle, « Stand Together or Alone? Family Structure and the Business Cycle in Canada » dans Review of Economics of the Household, vol. 13, no 3 (2015), p. 135-161.
  8. P. Amato et B. Beattie, « Does the Unemployment Rate Affect the Divorce Rate? An Analysis of State Data 1960–2005 » dans Social Science Research, vol. 40, no 3 (2011), p. 705-715.
  9. J. K. Hellerstein et M. Sandler Morrill, « Booms, Busts, and Divorce » dans The B.E. Journal of Economic Analysis & Policy, vol. 11, no 1 (2011).
  10. R. González-Val and M. Marcén, « Divorce and the Business Cycle: A Cross-Country Analysis » dans Review of Economics of the Household, vol. 15, no 3 (2017), p. 879-904.
  11. A. Chowdhury, « ’Til Recession Do Us Part’: Booms, Busts and Divorce in the United States » dans Applied Economics Letters, vol. 20, no 3 (2013), p. 255–261.
  12. P. N. Cohen, « Recession and Divorce in the United States, 2008–2011 » dans Population Research and Policy Review, vol. 33, no 5 (2014).
  13. B. Ambrosino, « Recent U.S. Divorce Rate Trend Has ‘Faint Echo’ of Depression-Era Pattern », Johns Hopkins University (2014). Lien : https://bit.ly/2Pgln0h
  14. Amato et Beattie, « Does the Unemployment Rate Affect the Divorce Rate? An Analysis of State Data 1960–2005 ».
  15. R. Schoen et V. Canudas-Romo, « Timing Effects on Divorce: 20th Century Experience in the United States » dans Journal of Marriage and Family, vol. 68, no 3 (2006), p. 749-758.
  16. Ambrosino, « Recent U.S. Divorce Rate Trend Has ‘Faint Echo’ of Depression-Era Pattern ».
  17. Schoen et Canudas-Romo, « Timing Effects on Divorce: 20th Century Experience in the United States ».
  18. J. Schaller, « For Richer, If Not for Poorer? Marriage and Divorce Over the Business Cycle » dans Journal of Population Economics, vol. 26, no 3 (2013), p. 1007-1033.
  19. González-Val and Marcén, « Divorce and the Business Cycle: A Cross-Country Analysis ».
  20. T. Fischer et A. C. Liefbroer, « For Richer, for Poorer: The Impact of Macroeconomic Conditions on Union Dissolution Rates in the Netherlands 1972–1996 » dans European Sociological Review, vol. 22, no 5 (2006), p. 519-532. Lien : https://bit.ly/36Dai2U

 

Entretien avec Rachel Margolis sur les tendances en matière de divorce au Canada

Nathan Battams

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(10 février 2020) Les familles canadiennes ont considérablement évolué au fil des générations, et ce fut également le cas pour les modèles d’union (p. ex. : le mariage, la vie en union libre) et de désunion (p. ex. : la séparation et le divorce) qui touchent les familles et leur bien-être. Bien qu’un nombre de plus en plus important de recherches sur la famille documentent l’impact que le divorce peut avoir sur les individus et leur famille, notre compréhension de cette évolution a été grandement affectée par le manque de données statistiques sur l’état civil accessibles au public au cours de la dernière décennie au Canada.

Rachel Margolis, Ph. D., professeure agrégée au sein du Département de sociologie de l’Université Western Ontario et panéliste lors de la Conférence sur les familles au Canada 2019, s’est entretenue avec Nathan Battams, gestionnaire des communications de l’Institut Vanier, afin de discuter de l’évolution du paysage des données au Canada, un sujet qu’elle évoque dans sa récente étude publiée dans Demographic Research portant sur les récentes tendances en matière de divorce et l’utilisation des données administratives pour combler le manque de données sur le divorce.


Parlez-moi de votre dernière étude sur le divorce au Canada, et de ce qui vous a amenée à traiter du sujet…

Cette étude, qui a été financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), porte sur un problème auquel je réfléchis depuis longtemps déjà. Au fil des ans, pendant que je me consacrais à mon étude tout en enseignant la démographie, j’ai souvent été confrontée au fait que nous ne disposons plus de mesures nationales sur le mariage et le divorce au Canada depuis 2008, l’année où Statistique Canada a cessé d’analyser et de recueillir les données statistiques sur l’état civil. Mes collaborateurs, Youjin Choi, Feng Hou et Michael Haan, ont tous collaboré avec moi à ce projet afin d’en apprendre davantage sur les récents changements en matière de divorce.

La véritable motivation pour mener cette étude était d’approfondir notre compréhension des changements démographiques au Canada.

C’est un enjeu important, car les données sur le mariage et le divorce fournissent des mesures importantes et uniques pour l’étude des familles et de la vie de famille. Ces données permettent de comprendre les tendances en matière de fécondité, car les unions formelles sont le contexte dans lequel naissent la plupart des bébés. Ces données permettent également de comprendre les finances familiales, puisque les unions formelles sont le moteur de l’accumulation de richesses, et elles peuvent d’ailleurs nous en apprendre beaucoup sur les ressources et les dispositions familiales, comme le logement et la prestation de soins. La véritable motivation pour mener cette étude était d’approfondir notre compréhension des changements démographiques au Canada.

Par le passé, les renseignements sur le mariage et le divorce au Canada étaient recueillis et gérés par un système qui s’appelait Statistiques de l’état civil. La plupart des pays disposent de statistiques de l’état civil, sous une forme ou une autre, qui servent à recueillir des données démographiques sur des sujets comme le mariage, le divorce, les naissances et les décès, bien que certains pays aient récemment délaissé ce mode de collecte de données pour explorer d’autres stratégies. Aux États-Unis, le National Center for Health Statistics (NCHS) a cessé de collecter des données sur le divorce et le mariage en 1996, lorsque l’on a constaté qu’il était possible de recueillir de telles données plus facilement et de façon moins coûteuse par le biais d’enquêtes, que l’on utilise maintenant pour collecter des renseignements sur les taux de mariage et de divorce.

Et bien que Statistique Canada n’ait publié aucunes données sur les tendances en matière de mariage et de divorce depuis 2008, aucune autre source de données n’a été instaurée, contrairement à ce qui a été fait aux États-Unis. La décision de cesser la publication de ces données a été prise pour diverses raisons, notamment des contraintes budgétaires, certains problèmes liés à la compatibilité des données entre les provinces et territoires, ainsi qu’une sous-utilisation de ces donnée en ligne. Mais en l’absence de toute autre source, le Canada ne dispose d’aucunes données sur le mariage et le divorce depuis une décennie.

La première carence en matière de données que cette étude a cherché à combler était de savoir si d’autres types de données pouvaient répondre à ce manque. Bien que certains chercheurs aient déjà utilisé des données administratives pour étudier l’effet des changements d’état civil dans d’autres domaines, nous n’avons pas vraiment évalué la qualité de ces mesures à l’égard du divorce1.

Deuxièmement, nous ne disposons d’aucunes données nationales sur l’évolution du taux de divorce au Canada depuis la fin de la collecte des données statistiques sur l’état civil en 2008. Depuis, la recherche sur le divorce au Canada repose sur les renseignements relatifs à l’état matrimonial ou conjugal actuel des individus, ce qui ne permet pas d’obtenir le taux de divorce. Il est important de suivre ce dernier, car il est très évocateur de l’évolution de la situation au fil du temps. L’état matrimonial actuel n’est pas un indicateur efficace de divorce, car plusieurs personnes qui divorcent finissent par établir une nouvelle union ou se remarier. Notre étude a utilisé des données administratives anonymes tirées des dossiers fiscaux pour parvenir à estimer le taux de divorce – et c’est la première à le faire.

Une troisième lacune est que nous ne disposons pas d’information sur l’évolution de la courbe des âges reliée au divorce au Canada depuis 2008. Nous savons toutefois que des changements importants se produisent dans des pays comparables au nôtre, comme les États-Unis, et d’autres pays d’Europe. Nous savons que le taux de divorce chez les 50 ans et plus – que l’on qualifie souvent de « divorce gris » – a doublé aux États-Unis au cours des années 1990 et 2000. Plusieurs raisons expliquent la situation, mais il est probable que les tendances qui se dessinent au sein de la génération américaine du baby-boom s’appliquent également à cette même génération au Canada. Mais, en l’absence de données, nous ne pouvons pas confirmer si le Canada a également connu une « révolution du divorce gris ».

Qu’est-ce que votre étude a permis de constater à l’égard du divorce au Canada?

D’abord, nous avons constaté qu’il était possible de mesurer, somme toute assez bien, le taux de divorce au Canada à l’aide des données administratives, en établissant une comparaison avec les données statistiques sur l’état civil d’avant 2008. En extrapolant les données pour les années suivant 2008 à l’aide de cette approche, nous observons une baisse du taux de divorce annuel entre 2009 et 2016. Au début des années 2000, le taux de divorce annuel se chiffrait à environ 10 divorces pour 1 000 femmes mariées, et il a diminué à partir de 2006, pour atteindre 6 divorces pour 1 000 femmes mariées en 2016.

Deuxièmement, nous avons observé un changement dans la répartition selon l’âge chez les personnes qui divorçaient. Au début des années 1990, la plupart des divorces au Canada étaient accordés à des personnes dans la vingtaine et la trentaine. Globalement, 51 % de tous les divorces ont été consentis à des femmes de 20 à 39 ans, 42 % à des femmes de 40 à 59 ans et seulement 7 % à des femmes de 60 ans et plus. Au cours des 20 dernières années, il est devenu plus fréquent que les divorces surviennent plus tard. Par exemple, en 2016, seulement 28 % des divorces ont été accordés à des femmes de 20 à 39 ans, 57 % à des femmes de 40 à 59 ans et 15 % à des femmes de 60 ans et plus. Le divorce est donc devenu de plus en plus courant à un âge plus avancé.

De moins en moins de gens se marient et ceux qui le font sont plus susceptibles d’appartenir à des groupes où le taux de divorce est inférieur.

Troisièmement, on a observé des changements dans le taux de divorce, autant chez les jeunes Canadiens que chez les plus âgés. Le taux de divorce chez les adultes dans la vingtaine et la trentaine a diminué d’environ 30 % au cours de la dernière décennie. Les recherches menées dans d’autres pays permettent d’expliquer la situation, à savoir que de moins en moins de gens se marient et que ceux qui le font sont plus susceptibles d’appartenir à des groupes où le taux de divorce est inférieur (les personnes très scolarisées et bénéficiant de nombreuses ressources); ils sont par conséquent moins susceptibles de divorcer dans ce groupe d’âge, et ceux qui se marient forment des mariages potentiellement plus forts que par le passé2. Même si le taux de divorce selon l’âge est plus élevé chez les jeunes femmes, il a diminué au cours de la période touchée par notre analyse.

Par ailleurs, le taux de divorce chez les personnes plus âgées au Canada a légèrement augmenté dans les années 1990 et 2000, mais pas dans les mêmes proportions qu’au cours de la « révolution du divorce gris » des États-Unis, et cette augmentation semble aujourd’hui s’être résorbée. Aux États-Unis, le taux de divorce chez les personnes de 50 ans et plus a doublé entre 1990 et 2010, passant de 4,87 à 10,05 divorces pour 1 000 personnes mariées3. Nous avons observé que l’augmentation comparable qui a eu lieu au Canada entre 1991 et 2008 passait de 4,02 à 5,17 divorces pour 1 000 personnes mariées au cours de cette période (augmentation de 25 %). Depuis 2008, nous n’avons décelé aucune nouvelle augmentation du taux de divorce chez les personnes âgées au Canada.

Le taux de divorce chez les personnes plus âgées au Canada a légèrement augmenté dans les années 1990 et 2000, mais pas dans les mêmes proportions qu’au cours de la « révolution du divorce gris » des États-Unis.

Notre quatrième constatation a été de comparer les tendances canadiennes en matière de divorce à ce qui a été observé aux États-Unis. Nous avons constaté que les tendances liées au divorce au Canada sont semblables aux tendances américaines. Le taux de divorce était relativement stable dans les années 1990 et au début des années 2000, puis il a diminué plus récemment (voir figure 1). Cependant, une différence importante est que le taux de divorce au Canada s’élève à environ la moitié de celui des États-Unis. Par exemple, pour la majeure partie des années 1990 et du début des années 2000, le taux de divorce américain se chiffrait à environ 20 divorces pour 1 000 femmes mariées, alors que le taux canadien était d’environ 10 divorces pour 1 000 femmes mariées. Plus récemment, le taux de divorce aux États-Unis s’élevait à 16,7 divorces pour 1 000 femmes mariées en 2016, et le chiffre comparable au Canada était de 6,22.

Dans l’ensemble, nous avons constaté que les données fiscales nous ont fourni des indications précieuses sur les tendances récentes en matière de divorce au Canada, ainsi que sur la possibilité d’utiliser les données administratives pour combler le manque de données sur le divorce. Cependant, nous avons également relevé des mises en garde importantes concernant la qualité des données recueillies au cours des dernières années, car le taux de couverture des personnes divorcées dans les données fiscales a diminué dans une certaine mesure (c.-à-d. que le nombre de divorces a été sous-estimé dans les données fiscales par rapport aux statistiques sur l’état civil). Cette situation pourrait s’avérer problématique, car elle pourrait nous amener à sous-estimer de plus en plus le divorce dans les données fiscales au fil du temps, et il pourrait devenir difficile de déterminer dans quelle mesure la diminution des divorces au cours des dernières années pourrait être attribuable à une diminution de la qualité des données.

En songeant à l’avenir, en tant que chercheuse sur la famille, comment compléteriez-vous la phrase « Ne serait-ce pas formidable si… »?

Afin de combler les lacunes qui existent en matière de données, le Canada et d’autres pays s’appuient de plus en plus sur les données administratives plutôt que sur les données d’enquête pour en apprendre davantage sur leur population. Il y a de nombreuses raisons à cela et ce n’est pas nécessairement négatif, mais il nous faut être attentifs aux différents problèmes qui peuvent survenir à propos de la qualité des données – et c’est ce que nous avons constaté lorsque nous avons utilisé les données fiscales pour étudier les tendances en matière de divorce.

Donc, pour répondre à cette question, je dirais « Ne serait-ce pas formidable si nous pouvions ajouter des questions relatives au mariage et au divorce au cours de la dernière année dans le cadre d’une grande enquête annuelle au Canada pour laquelle on obtient généralement un taux de réponse élevé? » Une enquête ayant un échantillon suffisamment important, comme l’Enquête sur la population active de Statistique Canada ou le questionnaire détaillé de recensement, serait un véhicule efficace et fiable pour la collecte de ces données.

Nous pouvons également nous inspirer de nos voisins du Sud, qui ont ajouté des questions sur les récents changements d’état civil à leur enquête American Community Survey en 2008. Cela pourrait fournir des indications sur l’évolution du mariage et du divorce ainsi que du pourcentage de mariages se terminant par un divorce – il s’agit de renseignements précieux pour les chercheurs, les décideurs, les prestataires de services et tout autre intervenant s’intéressant aux familles canadiennes.

Rachel Margolis, Ph. D., est professeure agrégée au sein du Département de sociologie de l’Université Western Ontario et collaboratrice à l’Institut Vanier de la famille.

Nathan Battams est gestionnaire des communications pour l’Institut Vanier de la famille.

Consultez l’étude sur Demographic Research (libre accès) :

Rachel Margolis, Ph. D., Youjin Choi, Ph. D., Feng Hou, Ph. D., et Michael Haan, Ph. D., « Capturing Trends in Canadian Divorce in an Era Without Vital Statistics » dans Demographic Research, vol. 41, article 52 (20 décembre 2019). Lien : https://bit.ly/39lHEBD

Pour en apprendre davantage sur Rachel Margolis :

  • Rachel Margolis, La santé des grands-parents et le bien-être de la famille, L’Institut Vanier de la famille. Lien : https://bit.ly/37Y5LpV
  • Rachel Margolis et autres, « Use of Parental Benefits by Family Income in Canada: Two Policy Changes », dans Journal of Marriage and Family, vol. 81, no 2 (13 novembre 2018). Lien : https://bit.ly/2RTPSuN
  • Rachel Margolis et Laura Wright, « Healthy Grandparenthood: How Long Is It, and How Has It Changed? », dans Demography, vol. 54 (10 octobre 2017). Link: https://bit.ly/36W9ClM
  • Rachel Margolis, « The Changing Demography of Grandparenthood », dans Journal of Marriage and Family, vol. 78, no 3 (14 mars 2016). Lien : https://bit.ly/380Ow7c
  • Rachel Margolis et Natalie Iciaszczyk, « The Changing Health of Canadian Grandparents», dans Canadian Studies in Population, vol. 42, nos 3-4, p. 63-76. Lien : https://bit.ly/36TLNv1

Notes

  1. Cette étude ne portait pas sur la séparation. Par rapport au nombre de personnes divorcées, le nombre de personnes légalement séparées mais non divorcées est faible, et la plupart des séparations se terminent par un divorce. De plus, le taux de séparation ne constitue pas une mesure démographique conventionnelle.
  2. Phillip N. Cohen, « The Coming Divorce Decline », dans Socius: Sociological Research for a Dynamic World, vol. 5 (28 août 2019). Lien : https://bit.ly/2RK7J7j
  3. Susan L. Brown et Lin I-Fen, « The Gray Divorce Revolution: Rising Divorce Among Middle-Aged and Older Adults, 1990–2010 », dans The Journals of Gerontology: Series B, vol. 67, no 6 (2012). Lien : https://bit.ly/2UdlDAB

La « parentalité virtuelle » après la séparation et le divorce

Rachel Birnbaum, Ph. D., RSW, LLM

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L’augmentation fulgurante que l’on observe dans l’utilisation des technologies de communication, comme les messages textes, la messagerie instantanée, les courriels, les sites de réseautage social, Skype, FaceTime et les webcams, a engendré plusieurs nouvelles façons pour les parents d’entretenir leurs liens avec leurs enfants et de gérer les responsabilités familiales après la séparation et le divorce. Parallèlement, le recours accru à ces méthodes a également créé un nouvel espace de discussion et de débat à propos des risques et des avantages de ce type de « parentalité virtuelle ». Des enjeux comme la sécurité et la vulnérabilité, la capacité d’utiliser la technologie, ainsi que la protection de la vie privée et de la confidentialité – à la fois pour l’enfant et pour chaque parent – font partie des nombreux sujets à prendre en considération pour les professionnels en justice familiale qui recommandent le contact virtuel et les tribunaux qui prononcent des ordonnances pour ce type de contacts entre parents et enfants.

Le recours à la technologie pour maintenir les liens familiaux après la séparation et le divorce

Malgré la vaste utilisation des téléphones intelligents et des technologies de communication en ligne, peu d’études font allusion à l’impact éventuel d’un tel contact « virtuel » sur les enfants et leurs parents après la séparation et le divorce, et à la nature de celui-ci.

Selon les données de recherche actuelles, le recours à la technologie a un impact positif dans la vie de plusieurs parents, car elle leur permet de demeurer en contact avec leurs enfants. Toutefois, certains aspects négatifs ont également été soulevés, comme la tristesse d’être un « parent virtuel », la difficulté à gérer les tensions en gardant les communications privées par rapport à l’autre parent et en évitant de s’immiscer dans les activités quotidiennes du ménage de l’autre parent.

Une étude a révélé que les enfants et les jeunes préféraient les contacts en personne et éprouvaient de la difficulté à maintenir le contact, peu importe le type de technologie virtuelle employée (p. ex. : Skype, courriels, textos, FaceTime). Les facteurs évoqués à cet égard comprennent les problèmes liés à la ligne téléphonique, le manque d’instantanéité des communications par courriel et les décalages horaires dans les cas d’éloignement géographique.

Les résultats de ces études mettent en relief à la fois les forces et les difficultés rencontrées par les parents et les enfants qui utilisent la technologie pour maintenir leurs relations après la séparation et le divorce. Toutefois, le portait dépeint par ces études n’est pas complet, car il n’établit aucune distinction entre les parents qui communiquent bien entre eux et ceux qui entretiennent des communications plus conflictuelles pour diverses raisons, comme des difficultés à résoudre les problèmes, le manque de confiance et les cas possibles de violence familiale après la séparation et le divorce.

Un aperçu plus complet de la « parentalité virtuelle »

Une étude réalisée en 2018 a permis de voir la situation sous un nouvel angle en intégrant la perspective de professionnels du droit et de la santé mentale, qui ont été interrogés à propos de leur opinion et de leur expérience par rapport à l’utilisation de la technologie virtuelle après la séparation et le divorce. Les résultats se sont avérés partagés, plus particulièrement chez les familles très conflictuelles qui n’arrivent pas à collaborer ainsi que dans les cas où il y a intrusion durant le temps de parentage de l’ancien partenaire lors des contacts virtuels parent-enfant.

Dans le cadre d’un programme de recherche plus vaste portant sur la participation des enfants aux questions liées à la séparation et au divorce, deux études de suivi financées par le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) ont été réalisées sur l’utilisation de la technologie virtuelle pour entretenir le contact entre les parents et les enfants après la séparation et le divorce. Dans le cadre de la première étude, 166 professionnels de la justice familiale (p. ex. : professionnels de la santé mentale et avocats) ont été interrogés à propos de leur expérience globale en matière de technologie en ligne et de leur opinion sur la technologie virtuelle comme moyen de contact parent-enfant.

Deux questions importantes ont permis de dégager des perspectives uniques sur les expériences vécues avec la technologie virtuelle après la séparation et le divorce :

  • Selon les professionnels de la justice familiale, quels sont les avantages et les difficultés associés à l’utilisation de la technologie comme moyen de contact parent-enfant?
  • Quels sont les types de conflits, le cas échéant, mentionnés par les adultes et les enfants suivant l’utilisation de tout type de technologie en matière de contacts parent-enfant?

La deuxième étude s’intéressait aux mêmes sujets selon le point de vue des parents et des enfants, et visait à faire la lumière sur la manière dont les familles d’aujourd’hui entretiennent et gèrent les relations après la séparation et le divorce.

Selon les données de recherche actuelles, le recours à la technologie a un impact positif dans la vie de plusieurs parents, car elle leur permet de demeurer en contact avec leurs enfants.

Malgré la taille restreinte de l’échantillon dans les deux cas, ces études sont les seules à ce jour à tenir compte des différentes perspectives (p. ex. : professionnels en santé mentale, avocats, enfants et parents) tout en adoptant une approche de recherche mixte (p. ex. : sondages et entrevues) afin de faire le point sur les opinions et le vécu des enfants et des parents qui ont recours aux communications virtuelles pour maintenir le contact après la séparation et le divorce.

Avantages et difficultés associés aux contacts virtuels selon les enfants et les parents

L’un des thèmes récurrents dans la conversation avec les parents à propos des avantages était que le contact virtuel pouvait atténuer les conflits entre les parents. L’un des répondants a d’ailleurs mentionné ceci : « Cela réduit le nombre de conflits qui peuvent survenir, ce qui a tendance à se produire lors des échanges… » [traduction] Comme dans le cas des recherches précédentes, les parents ont indiqué que la technologie avait facilité le contact avec leurs enfants :

« … depuis que nous avons commencé à utiliser cette technologie [FaceTime], tout est différent, car elle peut enfin me voir, je peux la voir, nous pouvons discuter… Si je suis à l’extérieur pour le travail, je peux lui faire voir l’endroit où je me trouve, et ça lui donne l’impression qu’elle est là avec moi. » [traduction]
Malgré cet avantage, les parents ont également dénombré de nombreuses sources de conflits, qui varient de mineures (p. ex. : lorsque le parent résident interrompt un moment de contact de l’enfant avec le parent non résident) à plus graves, concernant la sécurité (p. ex. : le parent non résident qui a accès à la maison du parent résident) et la confidentialité (l’un des parents a affirmé qu’ils « n’apprécient pas tellement que leur enfant soit en ligne lors d’une communication ouverte, car la vie privée n’est jamais entièrement respectée et qu’ils s’inquiètent que des photos de l’enfant soient prises et envoyées quelque part » [traduction]).

Les questions d’entrevue portant sur le vécu des enfants ont également permis de dégager un précieux aperçu de l’utilisation de la technologie virtuelle comme moyen de contact parent-enfant après la séparation et le divorce. Des impressions de proximité avec le parent non résident ont été relevées, de même qu’une certaine réserve au sujet du contact virtuel. « Je suis vraiment content de voir mon père », aurait dit un enfant, « mais j’aimerais le sentir près de moi aussi. » [traduction] Un autre enfant a également exprimé ce même désir de voir le parent non résident : « Une chose que je n’aime pas à propos de cela [contact virtuel] est que je ne peux pas vraiment le voir en personne… c’est triste, même si ça fait du bien en même temps. » [traduction]

Si l’utilisation de la technologie pour maintenir le contact parent-enfant peut présenter des avantages, elle suscite aussi des préoccupations en matière de sécurité et de protection de la vie privée.

Les questions d’intrusion dans le temps de contact et dans la vie privée ont également été soulignées (« Ma mère me demande toujours comment ça se passe et combien de temps je serai en ligne avec mon père. »), ainsi que la question de disponibilité du parent non résident (« Je suis censé l’appeler [avec FaceTime] les lundis et mercredis; la plupart du temps, je ne peux pas vraiment le faire, alors cela crée des problèmes pour mon père, qui se met en colère. »).

Risques et avantages du « contact virtuel » selon les professionnels de la justice familiale

Des professionnels de la justice familiale ont également été interrogés afin de relever les avantages et les difficultés associés à l’utilisation des technologies de communication comme moyen d’entretenir le contact entre les parents séparés ou divorcés et leurs enfants. Voici un aperçu de certains commentaires sur les risques et les avantages :

« Lorsqu’elle est utilisée adéquatement, la technologie est un outil qui peut s’avérer utile pour permettre la communication et les contacts, mais elle présente également un risque accru lorsqu’elle est utilisée de façon inappropriée et sans supervision, plus particulièrement pour les jeunes ou les enfants vulnérables qui se retrouvent confinés – délibérément ou par inadvertance – dans les conflits de leurs parents. » [traduction]

« Je crois qu’elle est utile pour maintenir une relation parent-enfant lorsque l’un des parents habite loin de l’endroit où l’enfant réside. » [traduction]

« Difficulté : les problèmes liés à la vie privée. Avantage : la connexion en temps réel. » [traduction]

« La technologie permet de démontrer la capacité du parent à collaborer et à prendre des décisions raisonnables pour le meilleur intérêt de l’enfant. Il arrive également – quoique rarement – qu’on l’utilise pour établir une déclaration antérieure incohérente. Les avantages sont importants, puisque l’éloignement physique peut contribuer à calmer les clients qui vivent une situation très conflictuelle. Parallèlement, certains clients essaient à tort d’utiliser la technologie pour tendre des pièges à l’autre parent ou pour entreprendre ce qu’ils considèrent comme une manœuvre stratégique à l’égard du litige. » [traduction]
Expériences des parents et des enfants signalées aux professionnels de la justice familiale

Pour examiner l’enjeu du conflit parental qui permet ou qui empêche l’établissement du contact virtuel, on a demandé à tous les professionnels de la justice familiale d’indiquer à quelle fréquence, le cas échéant, leurs clients adultes et enfants ont évoqué la présence de conflits (p. ex. : préoccupations à propos de la vie privée, de la sécurité, de la confidentialité) au cours d’un contact virtuel sur une application comme Skype, FaceTime et WhatsApp.

Les parents ont indiqué aux professionnels de la justice familiale que la plupart des conflits surviennent principalement lorsque l’autre parent écoute leur conversation avec l’enfant (60 %); lorsque l’autre parent prétend que l’enfant est occupé à autre chose à l’heure déterminée (35 %); lorsque l’enfant n’est pas disponible pour recevoir l’appel à l’heure déterminée (41 %); et lorsque l’autre parent affirme qu’il ne sait pas comment utiliser ou configurer la technologie (4 %).

Lorsqu’on leur demande de citer tout autre type de conflits mentionnés par les parents, ces professionnels ajoutent que certains conflits découlent également des coûts d’utilisation de la technologie et du fait de déterminer qui doit les défrayer; des préoccupations quant aux régions rurales où la technologie est peu fiable ou trop coûteuse par rapport aux régions urbaines; du parent qui se sert de l’enfant pour harceler le parent qui n’en a pas la garde à propos de questions liées à la pension alimentaire; et de certains parents qui refusent que leur enfant utilise la technologie par souci de sécurité et de confidentialité.

Les résultats de ce sondage sont semblables à ceux de l’enquête réalisée en 2018 par Saini et Polak, qui ont constaté que, malgré les avantages signalés par les professionnels de la justice familiale concernant l’utilisation de la technologie pour maintenir le contact parent-enfant après la séparation et le divorce, il importe également de tenir compte de certaines difficultés, comme des préoccupations relatives à la vie privée, l’enjeu de la sécurité et les conflits profonds de certaines familles qui nécessitent la mise en place de protocoles spécifiques afin d’atténuer ces heurts.

Lorsqu’on les a interrogés à propos de leurs clients enfants, la plupart des avocats et des professionnels en santé mentale s’accordaient à dire que les enfants mentionnaient subir « parfois » des conflits par rapport à l’utilisation de Skype, FaceTime et autres, dont le plus courant était qu’ils étaient occupés et « ne souhaitaient pas discuter à cette heure » (55 %); que l’enfant n’avait pas beaucoup de choses à dire à l’autre parent, qui se mettait alors en colère (45 %); et que le parent résident écoutait leur discussion pendant le contact parent-enfant (39 %).

Lorsqu’on leur demande de citer tout autre type de conflits mentionnés par leurs clients enfants, ils indiquent que certains conflits surviennent lorsque le parent non résident pose à l’enfant des questions à propos du parent résident; lorsque les parents se disputent pendant l’appel; lorsque l’autre parent n’est pas disponible au moment où l’enfant l’appelle; et lorsque le parent non résident envoie un trop grand nombre de messages textes ou des messages au contenu inapproprié à l’enfant, y compris de la violence verbale et psychologique.

Les diverses réalités vécues après la séparation et le divorce

Cette étude est la première à tenir compte de perspectives multiples sur la technologie virtuelle comme moyen de contact parent-enfant après la séparation et le divorce – celle des parents, des enfants et des professionnels de la justice familiale. Les conclusions font ressortir à la fois les risques et les avantages perçus selon les différents points de vue (c.-à-d. la mère, le père, les enfants, le professionnel en santé mentale, l’avocat). Elles mettent aussi en relief la nécessité de mieux orienter la pratique de la justice familiale en cette époque où le contact virtuel parent-enfant est de plus en plus recommandé par les professionnels de la justice familiale et les tribunaux comme moyen de contact entre le parent et l’enfant à la suite d’une séparation.

Les parents ont soulevé un certain nombre de préoccupations lors de leurs discussions avec leur avocat à propos du contact virtuel parent-enfant, principalement en lien avec le fait que l’autre parent écoutait la discussion et qu’ils devaient tous deux être responsables de s’assurer que l’enfant est disponible à l’heure déterminée. Lors des entrevues téléphoniques avec les parents, les plus grandes préoccupations portaient sur la sécurité et le sentiment de vulnérabilité du parent résident pendant le contact virtuel ainsi que sur les questions touchant la vie privée. Par ailleurs, les parents ont également exprimé des inquiétudes quant à l’interdiction d’accéder à la technologie utilisée par le parent non résident et l’enfant, à l’atteinte à la vie privée et à l’impression d’être surveillé (tant le parent résident que le parent non résident), et à l’accès virtuel illimité au domicile du parent résident lors de l’utilisation de la technologie. Cette dernière question préoccupe particulièrement les parents qui connaissent beaucoup de conflits, notamment au sein des familles où l’on soupçonne des problèmes de violence familiale (p. ex. : harcèlement).

Néanmoins, un certain nombre d’avantages ont été soulignés par rapport au contact virtuel, tant dans les discussions des parents avec leurs avocats que dans les entrevues avec les parents. L’avantage le plus important soulevé par tous les parents est que le contact virtuel facilite la continuité de la relation parentale et qu’il peut aider à atténuer les hostilités entre les parents, puisqu’il n’exige aucun contact en personne, à part la nécessité d’organiser l’appel lorsque l’enfant requiert l’aide d’un adulte.

Il est certes important de tenir compte de plusieurs points de vue (p. ex. : celui des enfants, des parents, des avocats, des professionnels de la justice familiale) à propos de cette utilisation de la technologie, mais il demeure essentiel que de nouvelles recherches soient réalisées afin de déterminer l’impact, le cas échéant, de facteurs comme les nuances culturelles, les obstacles à l’utilisation de la technologie (p. ex. : régions rurales par rapport aux régions urbaines) ainsi que la charge et les coûts relatifs (c.-à-d. émotionnels et financiers) pour les parents qui fournissent la technologie. Il est tout aussi important de s’intéresser aux risques pour la sécurité que suppose l’utilisation des outils de communication virtuelle, plus particulièrement dans des cas très conflictuels ou de violence familiale.

Notre compréhension profiterait également du fait que soient énoncées certaines hypothèses sous-jacentes à propos de la parentalité par le biais du monde virtuel. Par exemple, que signifie « parentalité virtuelle » pour les enfants et les jeunes en particulier?

Enfin, les deux études soulèvent d’importantes mises en garde et considérations pour les professionnels de la justice familiale et les tribunaux qui recommandent la technologie virtuelle comme moyen de contact après une séparation. Notamment, il serait important de tenir compte de facteurs comme l’âge de l’enfant et la durée du contact; le niveau d’assistance parentale requis pour faciliter le contact virtuel entre le parent et l’enfant; les possibles besoins spéciaux de l’enfant et le niveau de soutien parental requis; le type et le degré de conflit entre les parents; le type et le degré des problèmes associés à la violence familiale (p. ex. : harcèlement); les coûts financiers; la distinction entre les plans ambitieux et les ententes de parentalité pratiques et réalisables; l’opinion des enfants sur le contact virtuel parent-enfant avant que ne soient rendues les ordonnances du tribunal ou les ententes judiciaires; et les mécanismes à suivre pour établir si et comment le contact virtuel fonctionnera pour les enfants.

Rachel Birnbaum, Ph. D., RSW, LLM, est professeure en travail social, nommée conjointement au sein des programmes d’études sur l’enfance (programmes interdisciplinaires) et de travail social du King’s University College, pour l’Université Western Ontario, à London, en Ontario. Elle a écrit, présenté et mené des recherches sur plusieurs aspects liés à des enjeux de justice familiale, en s’intéressant plus particulièrement à la participation des enfants après la séparation. Elle remercie les enfants, les parents et les professionnels de la justice familiale qui ont pris part à cette étude pour le précieux temps qu’ils ont consacré à exprimer leurs opinions et leur vécu avec la technologie virtuelle à travers les différends parentaux suivant la séparation. Mme Birnbaum tient à remercier également le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) pour son soutien financier dans cet important domaine de recherche d’actualité.

Cet article est une réimpression d’une série de trois articles parus dans The Lawyer’s Daily.

 

Les sources d’information sont fournies dans la version PDF de ce document.

 


Publié le 12 novembre 2019

Faits et chiffres : Divorce, séparation et désunion au Canada

Les familles évoluent sans cesse et il en va de même des relations interpersonnelles qui sont au cœur de la vie de famille. Chaque année, des milliers de Canadiens entretiennent des liens qui sont autant de relations familiales engagées, et certains d’entre eux décident aussi d’élever des enfants ensemble. Or, certains sont forcés de mettre fin à leur relation pour divers motifs, ce qui se traduit par des transitions à la fois uniques et diversifiées, et parfois éprouvantes pour la famille.

Au fil de l’histoire canadienne, les différentes tendances qui ont caractérisé les unions ou les engagements (ainsi que les désunions et les désengagements) ont changé suivant l’évolution du contexte socioéconomique, culturel et légal. Même si les taux de divorce sont demeurés faibles durant la majeure partie du XXe siècle à cause des normes sociales contraignantes et du cadre légal en vigueur, il n’en demeure pas moins qu’une proportion croissante de familles ont connu une séparation, un divorce ou une autre forme de désunion, surtout depuis la libéralisation du divorce en vertu de la Loi sur le divorce de 1968 et des modifications subséquentes, en 1986.

Qu’il s’agisse d’une séparation, d’un divorce ou de la rupture d’un couple en union de fait, les membres de la famille seront éventuellement confrontés à diverses difficultés de nature affective, sociale, légale ou financière. Des études récentes montrent toutefois que les incidences sur les adultes et les enfants – ainsi que la capacité et le délai d’adaptation de ceux-ci – varient largement et se définissent en fonction du contexte qui prévaut après le divorce, et selon l’accessibilité de programmes et de services communautaires ou encore la disponibilité de renseignements, de ressources et de soutien au cours de la période transitoire.

En mai 2018, le gouvernement fédéral a proposé certaines modifications à la Loi sur le divorce afin d’atténuer l’aspect conflictuel des procédures judiciaires à la suite d’une séparation ou d’un divorce. Ces changements, qui doivent servir « l’intérêt supérieur de l’enfant »,visent entre autres à définir ce qu’on entend justement par « intérêt supérieur », à actualiser la terminologie qui était surtout axée sur le côté conflictuel (en privilégiant par exemple des termes comme ordonnance de parentage ou temps de parentage plutôt qu’accès ou garde d’enfant), à formuler des lignes directrices claires pour les situations où l’un des parents souhaite déménager avec un enfant, à faciliter la perception des paiements alimentaires, à consolider l’habileté des tribunaux à encadrer la violence familiale, et à obliger les avocats à proposer à leurs clients des services de résolution des différends familiaux (comme la médiation).

Pour faire écho à l’évolution du contexte social, culturel et légal, notre nouveau feuillet de renseignements repose sur les données de l’Enquête sociale générale1 pour jeter un regard sur la réalité familiale en lien avec les divorces, les séparations et les désunions au Canada.

Quelques faits saillants…

  • En 2017, environ 9 % des Canadiens de 15 ans ou plus étaient divorcés ou séparés (et ne vivaient pas en union libre), par rapport à 8 % en 1997.
  • En 2016, la facture totale en honoraires des avocats interrogés au Canada se situait en moyenne à 1 770 $ pour les cas de divorces non contestés et à 15 300 $ pour les cas de divorces contestés.
  • En 2011, près d’un cinquième des Canadiens (19 %) affirmaient que leurs parents étaient séparés ou divorcés, soit presque deux fois plus qu’en 2001 (10 %).
  • En 2011, les deux tiers (66 %) des Canadiens divorcés disaient ne pas avoir l’intention de se remarier (23 % étaient incertains à cet égard).

 

Téléchargez le document Faits et chiffres : Divorce, séparation et désunion au Canada (PDF)

 


Publié le 19 juillet 2018

 

Notes


  1. Les données les plus récentes à ce sujet remontent à 2011. Ce feuillet de renseignements sera mis à jour à partir des nouvelles données qui seront publiées à l’automne 2018.

Les mères seules et leur famille au Canada : diversité, force et résilience

La fête des Mères approche, et les enfants – petits ou grands – en profiteront pour souligner le dévouement de ces mères et grand-mères, sans oublier les arrière-grands-mères de plus en plus nombreuses! Alors que les mamans sont à l’honneur, on s’inquiète souvent du nombre de mères seules et du bien-être de leur famille.

« Pour beaucoup de gens, le terme mère seule évoque l’image d’une pauvre personne, vulnérable et accablée. On a tendance à les mettre dans le même panier, c’est-à-dire parmi le nombre croissant de ces mères qui peinent à élever seules leurs enfants, rappelle la directrice générale de l’Institut Vanier de la famille, Nora Spinks. Or, il s’agit là d’un stéréotype qui ne tient pas compte des diverses réalités familiales vécues par toutes ces mères seules. Bien souvent, les statistiques ne rendent pas justice à cette diversité, tout comme à la complexité de la vie de famille. »

« En 2011, les familles monoparentales ne représentaient que 16 % des quelque 9,4 millions de familles au Canada, et 80 % d’entre elles étaient dirigées par des femmes, ajoute Mme Spinks. Du reste, même si on est porté à penser que les familles monoparentales sont de plus en plus nombreuses au fil des ans, la réalité est en fait plus nuancée. »

Cette croyance résulte entre autres de la place prépondérante accordée aux statistiques colligées depuis les années 60, alors que régnait le modèle de la famille « traditionnelle » dont les deux parents étaient mariés. Cependant, puisque les structures familiales évoluent au fil du temps, on peut constater que les familles monoparentales n’étaient pas si rares en jetant un coup d’œil un peu plus loin en arrière : en 1931, 12 % des enfants vivaient avec un parent seul, soit à peu près la même proportion qu’en 1981 (13 %).

Cependant, bien que ces chiffres puissent paraître similaires, la réalité des familles de ces différentes époques n’était pas la même. En effet, au cours de la première moitié du XXe siècle, plusieurs des familles monoparentales l’étaient devenues à la suite du décès de la mère à l’accouchement. En 1931, les quatre cinquièmes des enfants de familles monoparentales avaient perdu un parent à la suite d’un décès dans la famille. À la fin du siècle, ce n’était plus le cas que d’un dixième des enfants des familles monoparentales.

Après le baby-boom, c’est plutôt l’augmentation du nombre de séparations et de divorces qui a contribué à accroître la proportion de mères seules, particulièrement à la faveur de la réforme de la loi sur le divorce, en 1968. Cela fait partie des nombreux changements qui ont totalement modifié la vie des femmes au Canada à la même époque : l’introduction de la pilule contraceptive, qui a largement favorisé la planification familiale pour les femmes, et le fait que ces dernières ont été de plus en plus nombreuses à faire des études supérieures et à occuper un emploi, ce qui a contribué à l’augmentation des revenus.

Cette croissance se poursuit toujours et le bien-être économique des femmes continue de s’améliorer. De 1998 à 2008, les revenus des mères seules ont augmenté de 51 % (comparativement à 13 % chez les hommes). Par conséquent, l’écart des revenus a fondu entre les familles monoparentales dirigées par une femme et celles dirigées par un homme : en 1998, le revenu familial des femmes seules ne correspondait qu’à 53 % de celui des hommes, mais il atteignait déjà 70 % en 2008.

De fait, la proportion des mères seules (et de la monoparentalité en général) a toujours varié en importance au fil du temps : les facteurs ne sont pas les mêmes, mais l’évolution constante est une réalité. Les familles savent s’adapter et réagir aux changements, peu importe leur profil ou le nombre de parents qu’on y retrouve.

Par ailleurs, l’étiquette accolée aux « mères seules » entraîne souvent une autre idée fausse, selon laquelle ces mamans seraient démunies. À vrai dire, le terme « seule » suppose tout simplement que ces femmes élèvent une famille sans autre soutien (cette réalité s’applique également à l’expression jumelle « mère seul soutien de famille »).

Bien souvent, ces mamans ne sont pas seules pour élever leurs enfants. Dans certains cas, elles reçoivent notamment l’aide de leur ex-conjoint à cet égard. En 2011, 35 % des parents séparés ou divorcés affirmaient que les décisions concernant la santé, la religion ou l’éducation de leurs enfants étaient prises conjointement ou à tour de rôle. Pour la même année, 9 % de ces parents déclaraient que leurs enfants passaient autant de temps chez l’un ou l’autre parent.

Le soutien peut provenir aussi d’autres membres de la famille. En 2011, 8 % des grands-parents habitaient sous le même toit que leurs petits-enfants, et le tiers d’entre eux vivaient en fait chez un parent « seul ». « C’est donc dire que quelque 600 000 grands-mamans et grands-papas vivent au domicile familial, et plusieurs d’entre eux procurent des soins et du soutien aux deux générations », souligne Mme Spinks.

La cohabitation multigénérationnelle est de plus en plus courante, notamment parmi les familles immigrantes et autochtones. Les générations qui vivent sous le même toit peuvent ainsi partager les coûts, mettre en commun leurs épargnes et se répartir les responsabilités de soins. Les trois quarts des grands-parents vivant au sein d’un foyer monoparental affirment y contribuer financièrement.

Enfin, bon nombre des mères seules bénéficient du soutien d’une personne avec qui elles entretiennent une relation intime stable, même lorsque les partenaires « vivent en couple chacun chez soi » (on parle de couples VCCS). Selon Statistique Canada, 8 % des femmes de 20 ans ou plus (soit 1,9 million de femmes) vivent ainsi une union non cohabitante. Par contre, il n’existe aucune donnée pour savoir combien d’entre elles sont des mères seules.

Bref, les familles sont diversifiées et les formes de soutien qu’elles procurent ou reçoivent le sont tout autant, même si les statistiques ne rendent pas toujours justice à la panoplie de réseaux d’entraide ou de formes de soutien qui existent à cet égard. Les mères seules bénéficient aussi parfois de l’aide d’amis ou de membres de la famille, qu’il s’agisse des soins aux enfants, d’un prêt financier, d’un logement, d’un moyen de transport, de jouets, livres ou autres biens usagés, de repas ou de provisions, ou encore de soutien affectif.

« Il faut savoir faire preuve d’ouverture lorsque l’on aborde le sujet des mères seules d’aujourd’hui. Compte tenu de la diversité et de la complexité de la vie familiale, il faut reconnaître que les familles – quelles qu’elles soient – sont capables de s’adapter et de se montrer fortes et résilientes. Les idées préconçues et les stéréotypes que l’on entretient à l’égard de certaines structures familiales ne mènent qu’à l’incompréhension, affirme Mme Spinks. C’est ce principe même qui guide l’Institut Vanier de la famille depuis sa création il y a cinquante ans, et sur lequel continueront de se fonder nos travaux pendant encore plusieurs années au sujet des familles du Canada. »